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Impérialisme

Expansionnisme militaire : la Hongrie valide l’intégration de la Suède et renforce l’OTAN

Ce lundi, le Parlement hongrois a ratifié l’intégration de la Suède à l’OTAN. L’ultime étape d’un long processus qui marque un nouveau saut dans l’expansion du plus important instrument militaire des puissances impérialistes.

Irène Karalis

26 février

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Expansionnisme militaire : la Hongrie valide l'intégration de la Suède et renforce l'OTAN

Photo : compte X de Viktor Orbán

Ce lundi, le Parlement hongrois a ratifié l’intégration de la Suède à l’OTAN à 188 voix pour et 6 voix contre. Ce vote constitue l’ultime étape d’un long processus commencé en mai 2022 suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et marqué par de longues négociations avec la Turquie et la Hongrie.

En effet, Recep Tayyip Erdoğan s’était positionné contre cette intégration dans le but d’obtenir le plus de concessions possible de la part du pays scandinave. Une politique à double tranchant dans la mesure où il aurait pu compromettre sa position au sein de l’alliance militaire, mais qui a fini par porter ses fruits : grâce à ses manœuvres, Erdoğan a notamment pu avancer dans son offensive contre les militants kurdes et le PKK, obtenant de la Suède qu’elle livre plusieurs réfugiés kurdes aux autorités turques. Ce chantage a également permis à Erdoğan de débloquer la vente des avions de chasse américains F-16 que Joe Biden refusait jusqu’alors. Finalement, en juillet, Erdoğan a donné son feu vert à l’intégration de la Suède qui a ensuite été ratifiée par le Parlement turc en janvier dernier.

La Hongrie était donc le dernier pays à s’opposer à l’intégration de la Suède dans l’Alliance. Viktor Orbán a en effet tenté d’imiter la politique d’Erdogan en faisant traîner le plus longtemps possible le processus d’adhésion, mettant notamment en cause les accusations portées par la Suède contre son gouvernement réactionnaire, accusé de « dérive autoritaire ». En réalité, pour Orbán, il s’agissait de se positionner en interlocuteur incontournable auprès des puissances occidentales tout en ménageant ses rapports avec la Russie de Poutine. C’est en ce sens également que la Hongrie a cherché à bloquer l’adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne et refusé dans un premier temps de voter une aide de 50 milliards d’euros pour le gouvernement Zelenskyy. Sur le plan intérieur, cette attitude a servi à « maintenir sa popularité à la maison », selon un chercheur à l’université Ca’Foscari de Venise.. Finalement, le Parlement hongrois, dans lequel le Fidesz, le parti de Viktor Orbán est majoritaire, a fini par ratifier l’adhésion de la Suède à l’OTAN après une visite du premier ministre suédois Ulf Kristersson à Budapest vendredi dernier qui a signé la fin d’un « long processus pour rebâtir la confiance ». Cette décision s’est accompagnée de l’annonce de l’achat par Budapest de quatre avions de combat à la Suède.

En devenant le 32e membre de l’alliance transatlantique, dix mois après son voisin finlandais, le pays scandinave rompt avec sa posture de neutralité apparente. En réalité, cela fait plus de 30 ans que la Suède participe aux opérations militaires de l’Alliance, que ce soit en Irak, au Kosovo ou encore en Afghanistan. Avec son armée de 50 000 soldats, ses 90 avions de chasse et sa flotte de guerre en mer Baltique, la Suède vient renforcer une OTAN en pleine expansion. Comme l’explique Robert Dalsjö, analyste à l’Agence suédoise de recherche pour la défense : « C’est la dernière pièce du puzzle de la carte de l’OTAN en Europe du Nord qui se met en place. » En effet, il s’agit d’une véritable avancée pour l’OTAN, qui, grâce à l’intégration de la Suède, pourra dominer la mer Baltique et encercler l’enclave russe de Kaliningrad, QG de la flotte de la Baltique et abritant la base navale de Baltiïsk, tout en gagnant le territoire crucial que représente l’île de Gotland, le « porte-avions insubmersible » de la Baltique. Cela permettra simultanément d’accentuer son contrôle du Golfe de Finlande, d’où les sous-marins russes partent depuis la base navale de Kronstadt, ainsi que de la mer de Kattegat entre la Suède et le Danemark, transformant la Baltique en un « lac otanien ».

L’intégration de la Suède dans l’OTAN représente une offensive majeure dans sa stratégie d’encerclement de la Russie ; une stratégie agressive qui est en partie responsable de la guerre en Ukraine, avec l’incorporation de la plupart des pays de l’ex-bloc soviétique dans le Traité. Ainsi, bien loin de garantir davantage la sécurité des Suédois, la politique expansionniste de l’OTAN représente un véritable danger pour l’Europe. Cet élargissement, conjugué avec la remilitarisation des pays de l’Union Européenne, est un nouveau témoignage de la surenchère « va-t-en-guerre » actuelle.

Comme nous l’écrivions dans un précédent article, cette expansion de l’OTAN n’augure rien de bon pour les travailleurs et les classes populaires : « L’OTAN, c’est aussi la guerre en Afghanistan et en Libye. Bien loin d’être un outil de défense de la « démocratie », comme l’expliquent ses défenseurs, il s’agit d’un outil au service des intérêts de l’impérialisme américain et ses alliés européens, prêt à déstabiliser des régions entières pour les défendre. Dans ce contexte, alors que l’union de l’OTAN, bien que retrouvée, reste fragile, son renforcement actualise la nécessité de construire des alternatives à l’avenir de guerres et de misère que tentent de nous imposer les classes dirigeantes. »


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