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Analyse

Adhésion de la Suède à l’OTAN : le parlement turc donne son feu vert

Ce mardi, le Parlement turc a ratifié l’adhésion de la Suède à l’OTAN, quelques mois après qu’Erdoğan ait donné son feu vert à son entrée dans l’Alliance. Cette nouvelle intégration marque un saut de plus dans l’expansion de l’OTAN vers l’Est et un renforcement de la plus grande machine de guerre au monde.

Irène Karalis

25 janvier

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Adhésion de la Suède à l'OTAN : le parlement turc donne son feu vert

Ce mardi, le Parlement turc a ratifié l’adhésion de la Suède à l’OTAN à 287 voix pour et 55 voix contre, quelques mois après que Recep Tayyip Erdoğan ait donné son feu vert à l’intégration du pays scandinave, mettant fin au blocage qu’il exerçait depuis plusieurs mois. Le président turc s’était en effet positionné contre cette intégration dans le but d’obtenir le plus de concessions possibles de la part du pays scandinave.

Une politique à double tranchant, dans la mesure où s’il avait poussé cette politique encore plus loin, il aurait pu risquer de saboter sa position au sein de l’alliance militaire, dans un contexte où la Turquie est déjà surveillée de près par les puissances occidentales en raison de ses liens avec Moscou et du rôle qu’elles est suspectée d’avoir joué pour aider les compagnies russes à contourner les sanctions occidentales.

La fin d’un chantage fructueux pour la Turquie

Pour la Turquie, cette politique aura porté ses fruits. Le président turc a en premier lieu utilisé la candidature de la Suède pour avancer dans son offensive contre les militants kurdes et le PKK, exigeant de la Suède qu’elle extradie ou impose des mesures répressives contre eux. La Suède a ainsi accepté de livrer plusieurs réfugiés kurdes aux autorités turques en juin 2022, condamné un Kurde à quatre ans et demi de prison pour « tentative de financement du terrorisme » et modifié les lois antiterroristes suédoises pour cibler les militants kurdes. Le chantage d’Erdoğan a également accouché d’un renforcement de la coopération économique entre les deux pays ainsi qu’à une promesse de la part du pays scandinave de soutenir la candidature de la Turquie à l’Union Européenne.

Plus encore, ce chantage a permis à Erdoğan de débloquer la vente des avions de chasse américains F-16, que Joe Biden refusait jusqu’à présent de permettre. Début décembre, la Turquie avait ajouté comme condition à la ratification de l’intégration de la Suède dans l’OTAN l’approbation « simultanée » par le Congrès américains de cette vente. Selon le New York Times, ce mercredi, Joe Biden a envoyé une lettre à quatre membres du Congrès pour leur demander de l’accepter rapidement, pour un montant de 20 milliards de dollars. Enfin, les négociations d’Erdoğan ont également permis à ce dernier de se positionner comme un dirigeant incontournable pour les puissances occidentales, afin de flatter son électorat nationaliste.

Orbán tente d’imiter Erdoğan

Reste désormais l’accord de la Hongrie pour pouvoir intégrer pleinement la Suède à l’OTAN. Si Viktor Orbán, le premier ministre hongrois, a affirmé que son gouvernement « soutenait la candidature suédoise » et a promis de continuer « à appeler le Parlement à boucler la ratification à la première occasion possible », il est plutôt évident que l’exécutif hongrois tente d’imiter la politique d’Erdoğan et de faire traîner le plus longtemps possible le processus d’adhésion. En cause notamment, les accusations portées par la Suède contre le gouvernement réactionnaire d’Orbán, accusé de « dérive autoritaire ».

À l’instar de la position de la Hongrie vis-à-vis de l’intégration de l’Ukraine à l’Union Européenne, Orbán tente de se positionner en interlocuteur incontournable auprès des puissances occidentales tout en ménageant ses rapports avec la Russie de Poutine. Une politique que la Suède n’a pas eu l’air d’apprécier, le ministre suédois des Affaires étrangères ayant répondu à l’invitation de la Hongrie à négocier qu’il n’y avait « pas de raison » de discuter.

Un nouveau pas dans l’expansion de la plus grande machine de guerre au monde

Immédiatement, Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, a salué la décision du Parlement turc, qualifiant la Suède de « partenaire solide et compétent dont l’appartenance à l’OTAN renforce autant les États-Unis que l’alliance ». En devenant le 32e membre de l’alliance transatlantique, dix mois après son voisin la Finlande, le pays scandinave rompt avec sa posture de neutralité apparente. En réalité, cela fait plus de 30 ans que la Suède participe aux opérations militaires de l’Alliance, que ce soit en Irak, au Kosovo ou encore en Afghanistan. Cette intégration constitue un nouveau pas dans l’expansion de l’OTAN. Pour la Suède, cela signifie qu’elle pourra désormais bénéficier de la protection de l’article 5, qui implique qu’une attaque contre un membre de l’Alliance est considérée comme une attaque dirigée contre tous ses membres. Elle pourra également bénéficier du parapluie nucléaire que lui fournira l’Alliance, alors que le pays est non nucléarisé.

Pour l’OTAN, il s’agit d’une véritable avancée : elle fait de la mer baltique une voie navigable dominée par l’OTAN, permettant à cette dernière d’avoir le contrôle des pays les plus vulnérables, dont la Lituanie, frontalière à la Russie et à la Biélorussie. L’intégration de la Suède permet notamment à l’OTAN d’encercler le port russe dans l’enclave de Kaliningrad et donc de contrôler la voie du Nord. La Suède a d’ailleurs signé un accord avec les États-Unis leur donnant accès aux bases militaires de l’île de Gotland, située en face de l’enclave russe. Par ailleurs, l’intégration de la Suède, quelques mois après celle de la Finlande, apporte des ressources militaires non négligeables à l’Alliance. Si l’armée suédoise est petite, elle est bien équipée, a réintroduit la conscription et a voté une hausse annuelle de ses dépenses de défense de 28% en 2024 pour parvenir au pourcentage exigé par l’OTAN de 2% du PIB national.

Occupant le rang 13e plus grand exportateur d’armes dans le monde, la Suède apporte un matériel militaire important à l’Alliance, ce que n’a pas manqué de noter le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, qui a salué l’intégration prochaine du pays, rappelant que « la Suède a des forces très capables et expérimentées ». En effet, comme le notent Les Échos : « Avec la France, la Suède est le seul pays européen qui a construit une industrie de défense nationale indépendante, capable de produire de façon autonome toutes les armes nécessaires, des avions de chasse Gripen aux sous-marins et drones navals en passant par les missiles antichars Nlaw. » Dans le même sens, Tobis Billström, ministre suédois des Affaires étrangères, a affirmé : « La capacité à défendre l’Europe du Nord sera améliorée. Nous disposons de bonnes capacités en matière de sous-marins, de forces aériennes, d’espace et de cybernétique, ce qui est très bien accueilli par l’OTAN. »

Pour les travailleurs et la jeunesse du monde entier, le renforcement de la plus grande machine de guerre impérialiste au monde n’augure rien de bon. À sa création en 1949, l’OTAN avait pour objectif de préserver les intérêts de l’impérialisme américain et de faire face à l’avancée soviétique par le biais d’un système de « défense collective » dans lequel les États signataires du traité acceptaient de défendre n’importe lequel des membres en cas d’attaque par une puissance étrangère. Sa politique a consisté à s’étendre toujours plus vers l’Est, intégrant au fur et à mesure toujours plus de pays et d’anciens membres du bloc de l’Union soviétique, jusqu’à ce que la Russie se retrouve acculée et envahisse l’Ukraine.

Mais l’OTAN, c’est aussi la guerre en Afghanistan et en Libye. Bien loin d’être un outil de défense de la « démocratie », comme l’expliquent ses défenseurs, il s’agit d’un outil par au service des intérêts de l’impérialisme américain et ses alliés européens, prêt à déstabiliser des régions entières pour les défendre. Dans ce contexte, alors que l’union de l’OTAN, bien que retrouvée, reste fragile, son renforcement actualise la nécessité de construire des alternatives à l’avenir de guerres et de misère que tentent de nous imposer les classes dirigeantes.


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