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Politique

Colonialisme sanitaire

« Le rhum ne guérit pas tout » : racisme en direct sur LCI à propos de la vaccination aux Antilles

Le 1er août sur le plateau de LCI le médecin Hervé Boissin s’exprime sur le faible taux de vaccination en Martinique : selon lui, « c’est culturel », il accuse les martiniquais de vouloir soigner le Covid avec du rhum et du vaudou. Une analyse raciste qui s'inscrit dans la droite lignée de la gestion coloniale de la crise sanitaire dans les territoires d’outre-mer.

mercredi 4 août

Crédits photo : LCI

Invité à s’exprimer sur le faible taux de vaccination de la Martinique, où seulement 16% de la population a été complètement vaccinée, le docteur Hervé Boissin a tenu un discours ouvertement raciste sur LCI, en imputant à la « culture » martiniquaise une irresponsabilité vaccinale. Selon lui, « c’est culturel, y’a d’autres sources d’information, je ne vais pas revenir sur les vaudous mais ça existe toujours dans ces territoires » et « beaucoup de problèmes viennent de la culture et le rhum ne guérit pas tout ».

Et cette rhétorique raciste s’inscrit en fait dans la droite lignée de la propagande gouvernementale. La semaine dernière, c’est Sébastien Lecornu qui tenait ce discours aux journalistes de Libération. Le Ministre des Outre-Mer justifiait ainsi l’échec de la campagne vaccinale aux Antilles par des “réticences culturelles ou religieuses” de la part de la population.

S’il existe bel et bien une certaine défiance des populations ultra-marines envers le vaccin, c’est d’abord d’une défiance envers la parole gouvernementale qu’elle découle, et sûrement pas de croyances vaudous ou d’une alcoolémie supposée. Elle s’explique en premier lieu par la succession de mensonges étatiques répétés tout au long de la crise sanitaire - le Covid qui ne serait qu’ « une gripette » jusqu’en mars 2020, les masques inutiles jusqu’à l’été de la même année, etc... Une confiance sapée aussi en France d’ailleurs, où les discours anti-vaccin se mélangent aussi à l’opposition au pass sanitaire. Mais aux Antilles qui sont avant tout des colonies françaises, cette défiance vis-à-vis de l’État impérialiste est encore plus marquée, notamment par les scandales sanitaires qui ont touché ces territoires comme celui de la chlordécone, où l’État a délibéremment mis en danger la vie de centaines de milliers d’antillais pendant des décennies pour préserver les intérêts des grands groupes exploitants de bananes.

Mais la défiance de la population envers le vaccin n’est pas non plus le seul facteur de la faible couverture vaccinale aux Antilles. En effet, même alors que selon ce même Hervé Boissin « il y a un accès au soin facilité », la campagne vaccinale déployée, calquée sur le modèle métropolitain, n’est pas du tout adaptée à la configuration du territoire : comme le fait remarquer l’ARS de la Guyane, dans des territoires vastes et peu denses la présence de grands centres de vaccinations est peu efficace car elle oblige à des longs déplacements, qui équivalent parfois à plusieurs jours de pirogue. Et c’est sans mentionner l’état des infrastructures sanitaires et des équipements de santé dans les territoires dits d’Outre-mer qui a tout à envier à la métropole, bien que le système de santé y soit déjà malmené.. Tout au long de la crise du Covid, il a été possible d’observer l’état de délabrement des hôpitaux et les pénuries de personnels, de matériels médical, d’oxygène...

Cette gestion coloniale se reflète sur la situation sanitaire catastrophique de ces territoires. Les taux d’incidence en Guadeloupe et en Martinique ont explosé au cours des dernières semaines pour atteindre respectivement des taux de 750 et 1068 cas pour 100 000 habitants : soit une augmentation de 1500% au cours du dernier mois. En Martinique 100% des lits de réanimation sont occupés par des patients Covid. Mais l’unique réponse gouvernementale à la crise en cours est autoritaire et répressive : non seulement le système de vaccination et de prévention n’est pas repensé mais, à la place, sont à nouveau déployé des mesures de confinement et de couvre-feu strictes pour le mois d’août, qui viennent s’ajouter à toutes les mesures liberticides que comportent le pass sanitaire, qui sera aussi imposé dans les DOM-TOM. 

Le manque de moyens, l’absence de plan de prévention et de réelles mesures qui ne soient pas purement autoritaires et répressives condamnent donc les territoires d’Outre-mer à des situations sanitaires catastrophiques. Si « le rhum ne guérit pas tout », c’est certain que la fin de la gestion impérialiste et coloniale de la crise sanitaire par l’État français et les puissances occidentales serait une bonne première étape. Pour cela, les travailleurs des Antilles comme de la métropole doivent s’organiser pour exiger et mettre en place leur propre stratégie sanitaire pour sortir de cette crise.




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