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Politique

Liberté d'expression ?

Répression : un professeur suspendu pour avoir critiqué le ministère suite à la mort de Samuel Paty

Depuis le 22 octobre, un enseignant du Jura est suspendu pour s’être exprimé contre les manœuvres hypocrites derrière l’hommage qu’a rendu l’Éducation Nationale à Samuel Paty, le 15 octobre dernier. Loin d’être un cas isolé, cette affaire fait fortement écho aux méthodes répressives employées par l’Institution, lorsque ses enseignants osent la critiquer.

mercredi 1er décembre 2021

Crédits photo : BERTRAND GUAY/AFP

« D’ordinaire, on ne suspend un fonctionnaire que lorsqu’il représente un danger pour lui-même ou pour les autres. Or je me demande quel danger je peux représenter, notamment pour mes élèves ! » Ce témoignage est celui de Jean-Christophe Peton, professeur de Lettres au lycée du Bois de Mouchard dans le Jura, suspendu pour avoir mis en cause l’Education Nationale dans l’affaire de l’assassinat de Samuel Paty. Le journal l’Express publiait ce mardi le témoignage de l’enseignant, revenant sur l’enchaînement des faits et dénonçant les techniques répressives de son rectorat et du Ministère.

Le 14 octobre dernier, après un message annonçant une minute de silence en hommage à Samuel Paty par le proviseur de son lycée, Jean-Christophe Peton s’est adressé à tous ses collègues en répondant à cet appel. Dans ce message, il revient sur les faits, rappelant que la liberté d’expression est une liberté fondamentale et qu’un an après les faits cette minute de silence est essentielle. Cependant, il dénonce en parallèle dans cette réponse, les manœuvres de l’Institution à travers cet hommage, et plus généralement le rôle qu’elle a joué dans l’affaire Paty. « Avant d’être égorgé, Samuel Paty a été abandonné par sa hiérarchie, l’Education nationale et ses sbires, et même tancé (réprimé) pour avoir montré des caricatures qui pouvaient heurter X ou Y ou Z. Cette minute de silence, il faut la faire pour lui, évidemment. Mais ne soyons pas dupes de l’hypocrisie de l’institution et de ses relais » écrit-il dans le mail en question.

Cette réponse envoyée par Pronote sera suivie d’un tweet par l’enseignant, qui souhaitait dénoncer cette hypocrisie de manière plus large, tout en interpellant à ce sujet le recteur de son académie, Jean-François Chanet. Cependant, les conséquences de ce tweet et de sa réponse ont dépassé ce que pouvait bien imaginer l’enseignant. Le 22 octobre, il est convoqué par le rectorat pour « diffusion d’un message contenant des propos inappropriés sur Pronote » - une convocation qui suit le signalement effectué par le proviseur de son lycée. C’est lors de cette entrevue que Jean-Christophe Peton a appris sa suspension « pour une durée maximale de quatre mois, à titre conservatoire, sous prétexte qu’un fonctionnaire ne peut critiquer son institution, ni sa hiérarchie », explique-t-il.

En réalité, cette suspension est un moyen de faire taire l’enseignant, qui a l’instar de l’avocate de Samuel Paty, qui dénonçait déjà la part de responsabilité des institutions dans le meurtre de l’enseignant, ne fait que mettre en lumière l’hypocrisie du gouvernement dans la gestion de cette affaire.

A juste titre, l’enseignant dénonce ainsi dans son témoignage : « tandis que l’Education nationale rend hommage d’une main à Samuel Paty "mort pour la liberté d’expression" selon les propres mots du ministre Jean-Michel Blanquer, de l’autre main elle muselle et sanctionne les enseignants qui osent justement exercer ladite liberté d’expression ».

La répression qui s’abat sur Jean-Christophe Peton n’est pas un cas isolé. Les attaques et la répression contre les enseignants de l’Education Nationale se sont accentuées, notamment depuis le début du ministère Blanquer et du gouvernement Macron, qui ont accumulé les réformes désastreuses pour l’Education nationale. Cette affaire s’inscrit notamment à la suite de celle des réprimés de Melle l’an dernier, où quatre enseignants ont été durement réprimés pour avoir contesté le passage en force d’une réforme dont personne ne voulait. Une répression qui s’était concrétisée par une exclusion temporaire, une mutation, une rétrogradation d’échelon, et un blâme, et dont ont aussi été victimes des enseignants d’autres académies, comme celle de Bordeaux. Depuis 2019, la loi sur « l’école de la confiance », renforçant le devoir « d’exemplarité » des membres de la communauté éducative permet en effet de sanctionner des « faits portant atteinte à la réputation du service public ». Elle renforce ainsi l’arsenal répressif à disposition du ministère et permet de multiplier les pressions sur les enseignants. Des manœuvres qui ne sont pas sans rappeler ce que subit aujourd’hui l’enseignant du lycée du Bois de Mouchard.



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