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Préparer la rentrée

Education. Face au projet mortifère de Macron, il faut construire une réponse d’ensemble !

Après le départ d'AOC, précipité par une journée de grève massive dans l'éducation nationale, c'est tout un projet antisocial et réactionnaire que nous devons combattre dès la rentrée scolaire.

RP Éducation

24 février

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Education. Face au projet mortifère de Macron, il faut construire une réponse d'ensemble !

Crédit photo : O Phil Des Contrastes

En pleine vacances scolaires, l’annonce des coupes budgétaires massive dans le secteur de l’éducation font l’effet d’une bombe : 692 millions d’euros de budget à l’Éducation Nationale annulés. La « priorité absolue » du gouvernement est rappelée : pour faire payer la crise aux travailleurs, les services publics sont visés par une véritable saignée, pendant que les ministères de la défense et de l’intérieur sont quasi-épargnés. De quoi alimenter la colère profonde exprimée par la mobilisation commencée dans l’éducation avant les vacances.

Car une semaine après la journée de grève massive du 1er février, avec le départ d’Oudéa-Castera, un premier message est passé : le personnel de l’école n’a aucune leçon à recevoir d’une bourgeoisie qui place ses enfants dans les écoles privés les plus réactionnaires et l’assume avec le plus grand mépris qui soit, alors même que nous payons l’addition des réformes successives de l’éducation, de la dégradation des conditions de travail et d’accueil des élèves, des salaires réels qui ne cesse de baisser sur fond d’inflation persistante.

Mais s’il semble relativement simple d’éviter une entrée en scène aussi catastrophique que celle d’AOC, résoudre la crise de l’éducation sera tout aussi épineux pour sa remplaçante, la très technocrate Nicole Belloubet. Nommée à pic pour enrayer la débandade du ministère de l’éducation, après les sorties méprisantes d’Oudea-Castera et le refus de François Bayrou d’y prendre place, la nouvelle ministre est censée incarner un « recommencement » et renouer avec le « dialogue social ». Mais cela suffira-t-il à calmer la colère qui s’est exprimée le 1er février dernier ?

La grève massive du 1er février : l’expression d’une colère profonde et multiforme du secteur de l’éducation

Prévue depuis plusieurs mois pour exiger l’augmentation des salaires et l’abandon des dernières réformes, attisée par l’attitude méprisante de la ministre, la grève du 1 février a été massivement suivie, avec 47% de grévistes dans le secondaire d’après le SNES-FSU et 55% au niveau du collège - soit des taux de grève équivalents à ceux de 2022 (quand Blanquer se la coulait douce à Ibiza), proche des taux de grève moyens observés pendant la réforme des retraites.

Dans les rues et dans les assemblées générales qui se sont tenues, on retrouvait en tête des revendications le rejet de la mise en place des groupes de niveaux en 6è et 5è, considérée comme une attaque inédite à l’encontre du collège unique au profit d’un renforcement du tri social des élèves et de la dégradation des conditions de travail pour le personnel. Alors que la ministre et ses sorties incarnaient parfaitement la violence de cette école à deux vitesses, sa démission était sur toutes les lèvres.

Autre revendication phare : la question de l’augmentation des salaires, qui pèse d’autant plus chez les travailleur·euse·s précaires de l’éducation, à commencer par les AESH et les AED. Alors que le gouvernement entend répondre à cette préoccupation en renforçant le dispositif du pacte enseignant et en déployant un salaire au mérite pour l’ensemble de la fonction publique, la grève du 1er février a là aussi montré que des secteurs d’enseignants ont exprimé une conscience allant au-delà de l’Education nationale. Cela permet de poser la question des salaires de façon plus large ainsi que les bases pour une unité du secteur allant au-delà des différents statuts, mais aussi avec d’autres secteurs du monde du travail, tels que les agriculteurs, au moment où ces derniers se mobilisaient pour exiger le droit de vivre dignement.

Vers « un plan d’action dans la durée » pour les salaires et contre la réforme du collège ?

Face à cette colère profonde et multiforme qui gronde dans le secteur de l’éducation, alors qu’un bilan amer de la défaite des retraites se fait sentir, les directions des syndicats les plus représentatifs ont pris les devants. En amont de la grève, la direction de la FSU avait organisé un sondage auprès de ses adhérents, dont les résultats sont sans appel : 73% des 6000 sondés expriment la nécessité d’un nouveau jour de grève rapidement ; 64% s’expriment également pour plusieurs jours rapidement ; et 63% s’expriment pour un jour de grève le 19 mars, date appelée par les syndicats de la fonction publique. Une tendance confirmée par les commentaires des enseignants, qui exprimaient principalement une « détermination à continuer vite et fort », « le 19 mars est trop tard », et « la stratégie de grèves perlées ne marche pas ». C’est pourquoi, répondant à sa base après la journée du 1er, le SNES-FSU a immédiatement posé la journée du 6 février comme un nouveau jour de grève, bientôt rejoint par Solidaires et par la CGT Éduc’action.

Peu après, l’ensemble des syndicats de l’éducation ont publié un communiqué intitulé « Pour l’école publique un plan d’action dans la durée », expliquant « qu’une journée de grève ne suffira pas pour gagner », et appelant à différentes modalités d’action avec pour horizon « un rebond fort et durable de l’action en mars pour le service public d’Education et ses personnels ». La perspective posée par les directions syndicales est claire : il s’agit de faire pression pour obtenir « l’ouverture de discussions immédiates sur les salaires ainsi que l’abandon des mesures chocs des savoirs », mesure qui comporte l’instauration des groupes de niveaux.

Mais, alors que le gouvernement vient de prouver une nouvelle fois sa détermination à avancer son agenda réactionnaire pour l’école en confirmant la mise en place des groupes de niveaux, imposer de telles revendications implique un rapport de force conséquent. De ce point de vue, l’échec de la grève du 6 mars, qui avait été appelée à la hâte et sans aucune préparation pour répondre à la colère exprimée le 1er février, montre que le « plan d’action dans la durée » appelé dans un communiqué ne se suffit pas à lui-même. Cela montre que durcir le plan de bataille se prépare et qu’il nous faut prendre en main notre plan de bataille et imposer nos exigences aux directions syndicales. Dès la rentrée, celles-ci se doivent ainsi de préparer et dans tous les établissements une forte journée de grève nationale conséquente le 19 mars, au côté de la fonction publique, ainsi qu’un plan de bataille rompant avec les journées isolées ce qui permettrait de monter en puissance dans la perspective de construire une grève reconductible majoritaire seul à même de faire plier Macron.

Face à l’offensive globale de Macron, la nécessité d’une réponse d’ensemble

Au-delà de la question du plan de bataille, pour mettre un terme à l’offensive du gouvernement, il est nécessaire que les directions syndicales élargissent dès maintenant les revendications du mouvement. En effet, si l’augmentation des salaires et le retrait du choc des savoirs sont deux demandes fondamentales, force est de constater qu’elles sont insuffisantes au regard de la profondeur de la crise que traverse l’école. Car derrière ces deux attaques, c’est tout un projet pour l’éducation, son personnel et son public qui est aujourd’hui posé par le gouvernement et massivement questionné par celles et ceux qui ont manifesté avant les vacances.

De fait, avec la réforme du bac, Parcoursup, la réforme du lycée professionnel, et aujourd’hui la confirmation de la mise en place des groupes de niveaux dès le collège, c’est un véritable tri social qui est en jeu : il s’agit de modeler de plus en plus ouvertement une éducation nationale au service des grandes entreprises afin former une main d’œuvre adaptée au marché, différenciée entre les élèves qui seront sélectionnés pour devenir des cadres et ceux qui, dans leur écrasante majorité, seront orientés vers des études courtes pour un travail peu qualifié.

Un projet antisocial brutal qui, à l’heure où la crise économique, sociale et politique s’approfondit, va de pair avec le renforcement de l’embrigadement des jeunes sur le plan idéologique : SNU, uniforme, Marseillaise dès la primaire et réarmement « moral et civique »… Des annonces que certains collègues comparent souvent à un retour à l’école de la troisième république conçue pour envoyer au front une jeunesse chair à canon qui doit marcher au pas, biberonnée sur les bancs de l’école aux « valeurs républicaines ». Il s’agit clairement de discipliner une jeunesse qui a beaucoup de raisons de se révolter. En particulier, dans la continuité de l’offensive menée contre les jeunes filles musulmanes avec l’interdiction de l’abaya à la rentrée, le gouvernement entend faire payer aux jeunes des quartiers populaires le prix fort des révoltes de juin suite du meurtre policier du jeune Nahel.

Autant d’annonces qui, à l’heure où la macronie traverse une crise politique importante, viennent rappeler ce qui est attendu des enseignants : bien loin de pouvoir garantir une quelconque « égalité des chances », ils devraient obéir et servir docilement la reproduction d’un ordre néolibéral de plus en plus ouvertement injuste et violent dans un système capitaliste pourrissant, qui n’a plus rien à offrir à la jeunesse. Un rôle que le personnel de l’éducation a de plus en plus de mal à supporter, et qui se traduit par une dénonciation récurrente d’une « perte de sens du métier » qui ne se résoudra pas avec des aménagements à la marge : face à l’offensive globale de Macron, il faut une réponse d’ensemble.

Dès la rentrée, préparer la date du 19 mars et ses suites au côté du reste de la fonction publique

Alors que Le Maire annonce une véritable saignée dans le budget de la fonction publique, il devient de plus en plus évident que, ne serait-ce que pour gagner de véritables augmentations de salaires et le retrait du choc des savoirs, un combat plus large va devoir être mené. Face au projet néolibéral de Macron, il faut exiger :

  •  Le retrait immédiat de toutes les attaques antisociales et réactionnaires en cours contre les services publics, à commencer par les mesures de sélection sociale (choc de savoirs, Parcoursup, bac Blanquer) ainsi que les attaques autoritaires et racistes en cours dans l’éducation (SNU, uniforme, interdiction des abayas) qui visent à diviser le personnel et à mettre au pas la jeunesse ;
  •  Contre toute forme de "salaire au mérite" que le gouvernement veut imposer aux fonctionnaires, comme il a commencé à le faire pour les profs avec le "pacte enseignant", des augmentations de salaires pour tous par une revalorisation du point d’indice à hauteur de 400 euros par mois et son indexation sur l’inflation !
  •  Face aux coupes budgétaires monstres dans les services publics au profit d’une économie de crise et de guerre, des moyens massifs sous contrôle des travailleurs pour enfin pouvoir décider de la façon dont nous voulons nous organiser, non plus selon les intérêts de la bourgeoisie, mais bien au service de la majorité.

    Dès la rentrée scolaire, avec cette date du 19 en ligne de mire, il est fondamental de nous retrouver dans les heures d’information syndicales et/ou assemblées générales pour discuter de nos revendications et du plan de bataille que nous voulons mettre en œuvre pour les imposer. Afin de construire une nouvelle journée de grève massive qui pose la question de la reconduction, il faut que ces réunions deviennent le centre de la préparation de la mobilisation en mettant en lien les enseignants avec le reste du personnel (AED, AESH, agents de l’administration, de la restauration et du nettoyage) mais aussi avec les élèves et leurs familles qui subissent ces attaques de plein fouet. C’est ensemble que nous pourrons venir à bout du projet réactionnaire de Macron pour l’éducation, mais aussi commencer à poser, au côté des autres secteurs, les bases d’une nouvelle société.


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