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Couvre-feu étendu : Castex généralise sa gestion policière de la crise sanitaire, près de 5 000 amendes

Alors que la deuxième vague du virus est en cours et que plusieurs hôpitaux sont déjà saturés, Jean Castex a annoncé l'extension du couvre-feu à une quarantaine de départements supplémentaires. Le gouvernement généralise son couvre-feu répressif, tandis que les soignants, débordés et épuisés, attendent toujours des moyens pour l'hôpital.

jeudi 22 octobre

 Crédits photo : Ludovic MARIN POOL/AFP 

Ce jeudi à 17h, le Premier ministre Jean Castex annonçait en conférence de presse la mise en place d’une extension des mesures déjà en place. Le couvre-feu, qui concernait déjà huit métropoles, va être étendu à 38 départements supplémentaires. Ainsi sont concernés l’Ain, les Alpes-Maritimes, l’Ardèche, les Ardennes, l’Ariège, l’Aube, l’Aveyron, le Bas-Rhin, le Calvados, la Corse du Sud, la Côte d’Or, la Drôme, le Gard, la Haute-Corse, la Haute-Loire, la Haute-Savoie, la Haute-Vienne, les Hautes-Alpes, les Hautes-Pyrénées, l’Ille et Vilaine, l’Indre-et-Loire, le Jura, le Loiret, la Lozère, le Maine-et-Loire, la Marne, la Meurthe-et-Moselle, l’Oise, le Pas-de-Calais, le Puy de Dôme, les Pyrénées-Atlantiques, les Pyrénées-Orientales, la Saône-et-Loire, la Savoie, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Var et le Vaucluse. De plus, la Polynésie, colonie francaise, est aussi concernée.

Dans l’ensemble, ce seront 46 millions d’habitants qui seront concernés par cette généralisation du couvre-feu. Il s’appliquera de 21h à 6h du matin, heures pendant lesquelles seules les personnes disposant d’une attestation prouvant qu’ils ont une raison impérieuse de sortir pourront circuler. La mesure durera au moins 6 semaines et entrera en vigueur ce vendredi à minuit.

Déjà mis en place à Paris, Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Saint-Etienne, Aix-Marseille, Rouen et Grenoble, le résultat sanitaire de ces mesures de « confinement nocturne » ne sont pour l’heure pas connu. Ce qu’il en ressort cependant, c’est que le caractère policier est assumé par le gouvernement qui cherche à inscrire dans les esprits la nécessité d’un saut répressif face à l’irresponsabilité individuelle.

Mais surtout, cette mesure à dominante répressive est le dernier recours du gouvernement, qui a laissé l’épidémie se développer en prenant des mesures très minimales depuis la fin du confinement et ce afin de préserver les profits du grand patronat.

La première vague avait déjà amplement démontré les conséquences catastrophiques des années d’austérité subies par l’hôpital public. Pourtant, du « Ségur de la Santé » n’est ressortie aucune mesure à la hauteur des revendications des soignants, qui réclamaient pour mettre fin aux problèmes structurels de l’hôpital des hausses réelles de salaires ainsi que des moyens matériels et humains. Ce manque de moyens devient criant alors que la deuxième vague est en train de frapper le pays et que des hôpitaux sont déjà saturés, notamment à Roubaix, dans la région lyonnaise, ou à Clermont-Ferrand.

Ainsi, face à la volonté gouvernementale et patronale de faire passer les profits des grandes entreprises avant les services publics et la santé de la population, il ne reste plus que la gestion répressive de la crise sanitaire – et les discours faisant retomber la responsabilité de la propagation de l’épidémie sur les individus et leur vie sociale. Or, les données de Santé Publique France montrent que les principaux clusters se situent dans les lieux de travail, suivis des écoles et des universités. Si cela ne représente pas l’ensemble des contaminations, il est clair que le gouvernement n’a décidé d’agir que sur celles qui pourraient avoir lieu dans la sphère privée, interdisant de fait une très grande partie des contacts sociaux.

De plus, comme l’explique Michèle Legeas, enseignante à l’Ecole des Hautes Etudes en santé publique, interviewée par 20 Minutes, « c’est plus une mesure de police qu’une mesure sanitaire. Quand on impose un couvre-feu, on veut empêcher les gens de se déplacer pour se rassembler dans des lieux privés. Avec une telle mesure le gouvernement voudrait que les gens se mettent eux-mêmes en confinement au sein de leur sphère privée, mais sans arrêter l’économie ».

Le gouvernement a en effet prouvé de nombreuses fois que s’il applique l’austérité à l’hôpital, il n’est pas avare quand il s’agit de répression. Ainsi, comme l’a déclaré Jean Castex ce jeudi, ce sont près de 5 000 amendes qui ont déjà été dressées depuis samedi dernier. Ce sont aussi 325 millions d’euros supplémentaires qui sont alloués au budget du ministère de l’Intérieur tandis que les syndicats de policiers étaient reçus à l’Élysée. De plus, toute cette politique autoritaire prend place dans un contexte de discours sécuritaire et islamophobe accru de la part du gouvernement, qui instrumentalise le terrible attentat de Conflans pour justifier sa politique.

Pour juguler l’épidémie, ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un couvre-feu imposé de force et encore moins d’attaques contre nos droits démocratiques. Il est urgent de se munir d’une véritable stratégie sanitaire, pour chercher à rompre réellement la propagation de l’épidémie, le tracer-tester-isoler mis en œuvre de manière catastrophique par le gouvernement ayant été un échec. Une stratégie qui passera aussi par des moyens massifs attribués à l’hôpital public ; mais aussi de dénoncer avec force le saut répressif du gouvernement.




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