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Politique

Toujours rien de concret

Après un couvre-feu qui « ne suffit pas », Véran prépare le terrain pour un reconfinement

Alors que les services de réanimation se remplissent et que les variants circulent activement dans le pays, faisant craindre à Olivier Véran une « épidémie dans l’épidémie », le gouvernement semble préparer le terrain à un tour de vis supplémentaire. L'hypothèse d'un « confinement hybride » est posée.

jeudi 28 janvier

Crédits photo : AFP

Jeudi 28 janvier, Olivier Véran, ministre de la Santé, a animé un point sur la situation sanitaire en France. L’objectif est clair : informer les Français pour qu’ils comprennent « les décisions qu’il faudra prendre dans les prochains jours ». Il semble désormais acté que le gouvernement va durcir ses mesures restrictives dans les jours à venir, reste à savoir selon quelles modalités. Pourtant, l’exécutif semble y aller à reculons, et prend soin de n’annoncer aucune mesures concrète.

Véran tenait avant tout à expliquer que nous ne vivions pas du tout une « nouvelle vague  ». « Nous ne sommes pas dans une vague épidémique, nous explique le ministre, mais le virus circule à un niveau élevé ». Ainsi, les 20 000 cas positifs par jour, en augmentation de 10% par semaine depuis trois semaines, ne représentent pas un début de vague, mais un « plateau montant ». Une situation alarmante qui pourrait cependant très rapidement prendre un caractère incontrôlée du fait notamment de l’émergence du variant.

Comme Gabriel Attal avant lui, Véran concède que le couvre-feu à 18h, généralisé dans le pays, ne suffit pas à faire reculer le virus. La situation dans les hôpitaux est gérable, mais plus pour longtemps : le ministre explique qu’il y a actuellement plus de cas graves hospitalisés que de gens guéris qui quittent l’hôpital, et que les services de réanimations accueillent aujourd’hui 3 100 malades du Covid, soit presque les chiffres du mois d’octobre.

C’est donc, à demi-mots, un aveu d’échec. Pourtant, Véran continue de temporiser, alors que la situation est d’autant plus inquiétante que les variants circulent aujourd’hui activement en France. On détecte plus de 2 000 patients atteints de ces variants en France par jour, chiffre plus qu’alarmant quand on sait qu’ils sont susceptibles d’engendrer une vague épidémique très forte, encore plus importante que les pics précédents.

Parmi les succès du gouvernement, Véran cite la vaccination, comme Jean Castex, qui se félicitait d’avoir dépassé le million de vaccinés en France. Il ne s’agit en réalité pas de vaccins, mais de doses. En effet, plus d’un million de personnes ont reçu une première dose de vaccin, et attendent encore la deuxième, qui leur garantira à terme une immunité satisfaisante. Pour le moment, ces première doses ne protègent pas assez les fameux vaccinés français pour qu’on s’en félicite, et le gouvernement entretient sciemment l’opacité sur ce point pour que sa gestion paraisse plus efficace qu’elle ne l’est.

Alors que Macron préférait temporiser en début de semaine, l’annonce du confinement s’avère désormais une question de temps, ses modalités sont encore en discussion. Pour autant, le gouvernement cherche depuis quelques jours à préparer le terrain pour que ce nouveau confinement soit le résultat d’une forme de concertation. Bien qu’il soit une nouvelle fois le résultat probable des Conseils de Défense, c’est le parlement qui est mis en scène, tandis que les partenaires "sociaux" n’ont jamais été aussi impliqué. Une manière comme une autre de faire porter le poids de la décision sur le spectre le plus large possible d’acteurs.

Cette mise en scène illustre en quelque sorte le très faible consentement de la population au regard notamment des deux précédents confinements. Comme nous l’écrivions précédemment, « à force de mesures restrictives et de couvre-feux à répétition sans la moindre embellie sur le terrain sanitaire, [la population] s’exaspère de la stratégie gouvernementale et dont témoigne la chute du consentement à un troisième confinement. ».

La population ressent en effet une exaspération et une détresse légitimes, face à un gouvernement qui semble sacrifier notre vie sociale, nos loisirs et notre santé sur l’autel du patronat. Comment faire autrement, quand le gouvernement fait preuve de tant de mauvaise foi ? Quand Olivier Véran explique que le risque de contamination dans les transports est limité, lorsque les masques sont bien portés, les distances respectées et du gel hydroalcoolique mis à disposition, on ne peut ressentir que de la colère, tant ce tableau est éloigné de la situation des usagers exposés au virus depuis des semaines. C’est la gestion pro-patronale et liberticide de la crise sanitaire qui alimente la défiance qui peut aujourd’hui exister envers la nécessité de faire face à l’urgence sanitaire.

Face aux variants et à l’incurie du gouvernement, pour protéger notre santé et nos vies, il est urgent d’agir. Et nous devons prendre nos affaires en main ! Il est urgent de se mobiliser sur nos lieux de travail et d’études pour mettre en place un confinement, malheureusement nécessaire, sous contrôle des salariés et de leurs syndicats. Seule une mobilisation massive et à la base permettra d’imposer nos conditions pour mettre un frein à l’épidémie : le maintien des salaires pour toutes et tous, une campagne de vaccination efficace et transparente, des garanties sanitaires pour les travailleurs et travailleuses en première ligne, et un plan d’investissement et d’embauches d’urgence pour les hôpitaux !




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