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Politique

40.000 cas et des milliers d’amendes plus tard... toujours rien pour l’hôpital !

Le gouvernement continue sa gestion policière de l'épidémie en délaissant l'hôpital et les revendications des soignants. Les clusters sont dans les entreprises mais le gouvernement continue le bricolage sanitaire pour limiter la casse avec comme ligne rouge de ne jamais faire payer le patronat. Pendant ce temps l'épidémie continue son envolée.

samedi 24 octobre

Crédits photo : Ludovic Marin / AFP

Les chiffres quotidiens de Santé Publique France pour la journée de jeudi annoncent un peu plus de 40.000 nouveaux cas positifs au Sars-Cov2 en 24 heures. Un record depuis que des tests sont réalisés, puisque les statisticiens estiment qu’avant le confinement au mois de mars, jusqu’à 100.000 personnes pouvaient être contaminés par jour. Ainsi, si la diffusion du virus est ralentie par le port du masque, l’utilisation de gel hydro-alcoolique et par la distanciation dans certains lieux, et n’est pas aussi fulgurante qu’en février-mars, l’accélération de ce qui est régulièrement appelée une deuxième vague est chaque jour plus palpable. Cette semaine, 10.000 personnes ont été hospitalisées dont 1627 sont entrées en réanimation. En Ile-de-France, ce sont plus de 60 % des lits de réanimation qui sont déjà occupées, et selon les scénarios, ce chiffre pourrait grimper entre 70 et 90 % selon l’AP-HP d’ci à 10 jours. Le taux d’occupation nationale pourrait alors flirter avec les 50 %.

Toute cette situation était largement prévisible lors du déconfinement. Le virus continuait à circuler en France. Seuls quelques charlatans médiatiques prêts à tout pour obtenir un peu de temps à l’antenne ou une mention de leur nom dans les tabloïds étaient prêt à annoncer que le virus était devenu moins contagieux et moins mortel. Sur la base de son arrivée en décembre pour une situation incontrôlable en mars, il semblait plausible d’imaginer une situation qui dérape en septembre/octobre. Un peu de sursis arraché par l’expérience, par les réflexes acquis par l’ensemble de la population mais des efforts gâchés par les impératifs de profitabilité de la bourgeoisie et de son VRP présidentiel. Maintenant que le couvre-feu se généralise, que la rumeur circule de son durcissement, on peut se demander ce qui, en six mois, a été fait pour que la solution moyenâgeuse du confinement (insulte à la médecine moderne) ne soit pas à reproduire. Six mois n’ont pas suffi à Macron et son armée de bureaucrates start-upeurs, boucher des services publics, à passer du Moyen-Âge à Pasteur. Tout manque, les lits, les moyens humains, les moyens financiers, la qualité de certains matériels sont une insulte constante au travail des soignants. Les soignants sont dans un état de fatigue physique et mentale inquiétant alors même que le pic, qui pourrait être à prévoir pour les premiers jours de novembre dans certaines régions, n’est pas encore passé.

« Ce qui me fait vraiment peur, c’est l’état des soignants, et particulièrement des infirmières et des aides-soignants, confie Elie Azoulay à Mediapart dans une enquête à l’hôpital Saint-Louis. Soigner rend malade. Non seulement parce que beaucoup attrapent le Covid et que le taux de positivité dépasse les 15 % parmi le personnel, mais parce que beaucoup sont sous somnifères ou antidépresseurs. »

On disposait en France de 5000 lits de réanimation avant la crise du Covid, un peu plus de 700 ont été créés de manière pérenne après le confinement. En avril, leur capacité avait été poussée jusqu’à 10.000 et il semblerait que la capacité maximale soit de 12.000. Mais ce chiffre est obtenu en poussant les murs jusqu’à la dernière limite et en déprogrammant massivement les autres opérations. Une pratique qui ne peut qu’entraîner d’autres complications du système de santé, moins de prévention, et à la fin, d’autres morts, victimes collatérales du Covid certes, mais surtout de la destruction de l’hôpital public et du refus des dominants d’y mettre un centime de trop. Très concrètement, le corps médical constate aujourd’hui que les cas avancés de cancer se multiplient car les gens osent moins se rendre chez le médecin (par peur du virus) et sont donc dépistés moins tôt. Le décalage de certains services car le gouvernement a laissé l’épidémie devenir incontrôlable entraînera le même résultat. Déprogrammer comme au mois de mars condamnerait de nombreuses personnes.

Si pendant la première vague, il est donc resté un nombre conséquent de lits vides, il ne faut pas négliger que des transferts de malades ont pu être organisés, alors que de nombreux départements étaient quasiment épargnés par l’épidémie. Ce n’est désormais plus le cas. Par ailleurs plusieurs lits attendent de pouvoir être utilisés, faute de personnel qualifié. Et si le temps de formation est certes important pour des aides-soignants, ou des réanimateurs (quoique des compléments de formation pour des membres du corps hospitalier ne prennent pas 7 ans d’études comme se dédouanent les avocats de la casse de l’hôpital), aucune grande campagne d’embauche et de formation n’a été lancée dans ces six derniers mois. Imaginez, attaquer le chômage sans donner d’argent au patronat, aucun manuel d’économie de Macron ne prévoit ce cas de figure. Et si les hôpitaux cherchent à recruter, les conditions de travail actuelles découragent naturellement bon nombre de potentiels candidats.

Il est clair pour autant que la solution ne réside pas dans la simple absorption en réanimation d’une avalanche de cas de Covid, mais bien en évitant ces cas. Hier soir, en déplacement dans un hôpital du Val-d’Oise, Macron a affirmé, sans frémir : « Nous étions dans l’anticipation ». La rentrée scolaire et universitaire parlent contre le Président. Les universités ont toutes ouvertes en présentiel, et il a fallu passer de nombreux cours en « distanciel » pour freiner le nombre de clusters qui augmentaient vertigineusement. De son propre aveu, Macron déclare avoir été dans l’anticipation pour déconfiner et potentiellement reconfiner. Moins évident le fait de chercher à ne pas avoir à le faire. Pour cela, il aurait fallu faire payer le grand patronat. Que la crise économique soit payée par les riches, poser la question du tabou du profit : quand l’économie est en danger l’évidence même pour les dominants et leurs relais médiatiques est que ce soit aux travailleurs de payer. Face à l’aggravation du chômage de masse qui se profile, ponctionner les profits et les richesses des dominants pour répartir le temps de travail entre toutes et tous, sans baisse de salaire. Réduire les activités non-essentielles en période de pandémie, car s’il est des soins non-essentiels en temps de Covid que dire de certains services ou productions. Cela ne signifie pas plus de chômage mais bien rediriger la force de travail vers les secteurs en souffrance, et imposer une réglementation sanitaire très protectrice en mettant à l’abri de la contamination au travail (les entreprises, les écoles et les facs fournissent l’immense masse des clusters en France) les personnes les plus fragiles. Il s’agit de l’antithèse du couvre-feu métro-boulot-dodo imposé par le gouvernement, sûrement renforcé dans les semaines qui viennent mais sans jamais mordre sur le travail ! A force de devoir gratter sur les heures non-travaillés, Macron en arrivera-t-il à imposer le couvre-feu pendant la pause repas pour une reprise à 13 heures pour le bureau ou l’usine ?

La différence avec le mois de mars dans le traitement hospitalier relève donc en fait avant tout et quasi-exclusivement d’un gain d’expérience pour le personnel hospitalier. Car la réponse aux besoins ne suit toujours pas. Dans la même enquête de Médiapart, déjà citée, une autre membre de l’équipe de réanimation de Saint-Louis témoigne : « « Cette fois, c’est différent. On sent que c’est de nouveau en train de nous tomber dessus, mais on n’aura pas la mobilisation générale de mars-avril. Tout ce qu’on demandait alors, on l’avait ! On n’avait jamais vu cela dans l’hôpital public. Mais aujourd’hui, on n’a pas plus de moyens, on n’a pas les ventilateurs, on n’est toujours pas assez nombreux. » L’enthousiasme pour les héros en blouse blanche est vite retombé quand il s’est avéré qu’ils n’étaient pas assez bonne poire pour se faire applaudir en silence et porter à bout de bras l’auto-satisfaction des gouvernants enfin sortis du pire au mois de mai. Très vite, on a raillé les hospitaliers râleurs, pas décidés à laisser leurs conditions de travail se faire massacrer pour quelques billets au Ségur. Mais ces dernières semaines, les éditorialistes se remettent à flatter les indispensables héros qu’on avait écarté à coups de médailles en plastique. Hier soir, Macron a rappelé les applaudissements de 20 heures. Il a appelé ses « concitoyens » à « aider à nos soignants » et à reprendre conscience de leur importance. Il était le seul à l’avoir oublié.

Finalement pour Macron, le problème n’a rien à voir avec les moyens, il y en aurait suffisamment. Il en manque par contre constamment pour la police, les vrais héros de la bourgeoisie, qui répriment les classes populaires contre le Covid... Pour Macron et ses amis libéraux, le vrai problème de la santé, c’est "l’organisation". L’hôpital public a été construit « il y a 60 ans » a-t-il voulu rappeler, sous-entendant la nécessité de faire un grand coup de neuf (son régime anti-démocratique et policier date à peu près de la même époque). Ou comment amener doucement, la nécessité de réformes néo-libérales. Les libéraux ont toujours ce mot à la bouche quand ils trouvent une nouvelle proie. La Grèce avait un problème d’organisation, le Liban doit se réorganiser : tels sont les préparatifs pour l’intervention du FMI et la saignée des impérialistes. Les capitalistes français raisonnent de la même manière avec les services publics. Pourtant, les problèmes d’organisation, issus des besoins criants, s’ils ont été comblés de bric et de broc au mois de mars, c’est grâce à la volonté des travailleuses et des travailleurs de la santé, à leur capacité d’innovation. Une preuve de plus s’il en fallait qu’il n’y a qu’entre leurs mains que l’hôpital pourra faire face à la crise sanitaire, en prenant massivement aux capitalistes de quoi financer à hauteur des besoins.




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