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Notre classe

Destruction de l'hôpital

« 4 300 lits supprimés en 2021 : il faut inverser la tendance ». Billet de Marie-Laure Charchar

En 2021, la casse de l’hôpital s’est poursuivie. Plus de 4.300 lits d’hospitalisation complète ont été fermés dans les établissements de santé français selon le Drees. Billet de Marie-Laure Charchar délégué syndicale de la CGT blanchisserie du CHU de Bordeaux et militante à Révolution Permanente.

jeudi 29 septembre

Photo : ALAIN JOCARD / AFP

Ce mardi, le gouvernement a annoncé que 4 300 lits d’hospitalisations complètes ont été supprimés en 2021. S’il fallait une preuve supplémentaire que le gouvernement Macron est un véritable fossoyeur de la santé publique, le rapport du Drees ne manque pas de sel. Les quelques 2 700 places d’hospitalisations partielles (donc pour une journée) revendiquées par le gouvernement ne feront cette fois même pas diversion à côté des plus de 25 000 lits supprimés depuis le premier mandat Macron.

Selon la direction statistique des ministères sociaux (Drees), l’année 2021 aurait été particulièrement compliquée, du fait de l’épidémie et de la fermeture de services et de chambres doubles, ainsi que des « contraintes de personnel ne permettant pas de maintenir les lits ». Un constat juste sur la dégradation des services publics hospitaliers, mais dont il reste aussi à pointer le responsable en la personne du gouvernement.

Si le gouvernement sait faire des rapports, « des missions d’informations », il sait surtout dégouter les soignants de leur métier et imposer l’austérité. Entre la vague de démissions à l’hôpital à la suite de la gestion irrationnelle de la crise sanitaire qui a mis à bout les soignants, le mépris affiché par le Ségur de la santé en direction des hospitaliers ou encore la suspension des soignants non-vaccinés, le manque d’effectif n’a jamais été aussi évident. Conséquence, cet été, les messages d’alertes et de surchauffe dans les services se sont multipliés. A Strasbourg, il y a deux semaines, un octogénaire décédait sur son brancard après avoir attendu plus de 22h aux urgences.

D’autant plus qu’il faut ajouter aux problématiques de sous-effectifs, la destruction quasi systémique des services de santé avec la fermeture de maternités, la multiplication de déserts médicaux ou encore la baisse du budget alloué aux associations féministes qui remet en cause constamment l’effectivité du droit à l’avortement en France.

Le gouvernement ne mène aucune politique en faveur de la formation et de l’augmentation des effectifs et des moyens hospitaliers. Au contraire, il renforce la sélection des étudiants en première année de médecine. Récemment, il annonçait même sa volonté d’ajouter une année supplémentaire d’internat pour que les étudiants pallient aux déserts médicaux. Une décision qui provoque à raison un tollé chez les internes qui annoncent « une grande mobilisation » pour octobre. Dans le même temps, le gouvernement pérennise la régulation des services d’urgences, et donc en d’autres termes, la pérennisation du fonctionnement en mode dégradé et en sous-effectif à l’hôpital.

Nous, travailleurs et travailleuses de l’hôpital, ne cessons de dire depuis près d’une décennie maintenant – et certains se sont fait matraquer pour cela : il est urgent d’inverser la tendance imposée par les politiques néolibérales qui remettent en cause l’accès à la santé pour une grande partie de la population, en particulier ses franges les plus précaires. Plus que jamais il est nécessaire d’imposer des revendications à la hauteur de l’ampleur de la crise pour mettre fin à l’hémorragie.

Cela nous impose d’analyser scrupuleusement l’impasse dans laquelle la stratégie des directions syndicales nous a mené : l’éparpillement des dates sans lendemain et la division des mobilisations secteur par secteur au sein même de l’hôpital ont largement participé à la démobilisation ces derniers mois. Si Philippe Martinez s’est félicité de la journée de mobilisation du 22 septembre, « une réussite » qui a réuni 500 personnes à Paris… la démoralisation n’est que plus grande après cette journée dans nos services. Il serait temps de se reconnecter

A l’inverse, il nous faut rassembler toutes les forces qui ont lutté ces dernières années dans une véritable journée de grève afin de remonter le moral et d’insuffler une dynamique de lutte. Les assignations au travail apparaissent comme une entrave majeure au droit de grève tellement le manque d’effectif est grand. Cette journée doit donc dépasser le secteur de la santé, aller chercher le soutien de la population, mais surtout la convergence avec l’ensemble des secteurs en capacité de bloquer des pans entiers de la production, seule façon de garantir un service de Santé public et de qualité. Cela commence ce jeudi 29 septembre qui devrait poser les jalons d’une telle mobilisation autour de revendications qui nous donnent envie de nous battre pour que ce ne soit pas à nous de payer leurs crises.



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