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Fémonationalisme

Viol par un « migrant sous OQTF » : une campagne raciste au service de la loi immigration

Après avoir témoigné chez Zemmour, une jeune femme dénommée Claire est invitée sur tous les plateaux TV pour raconter son viol par un « migrant sous OQTF » et réclamer plus de répression contre les étrangers. Une campagne médiatique fémonationaliste au service du projet de loi immigration.

Gabriella Manouchki

19 décembre 2023

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Viol par un « migrant sous OQTF » : une campagne raciste au service de la loi immigration

Ce lundi, une vidéo est publiée sur le compte X d’Éric Zemmour : dans un format intimiste, Claire, 27 ans, livre le témoignage de son viol survenu le 11 novembre dernier au chef du parti d’extrême-droite Reconquête. « Le samedi 11 novembre, en plein milieu de l’après-midi, un homme m’a suivie dans mon hall d’entrée et m’a sauté dessus. (...) Il a commis un viol sur moi », raconte la jeune femme.

Un récit qui prend rapidement la forme d’un plaidoyer politique pour l’expulsion des immigrés venus d’Afrique : « Il venait de Centrafrique de ce que j’ai pu comprendre », précise la jeune femme, « comme j’ai appris que c’était un OQTF, je suis déjà assez révoltée que l’État n’ait pas fait son travail, je me dis que si ça avait été fait en amont ça ne serait pas arrivé, et le problème c’est qu’aujourd’hui des femmes se font violer toutes les minutes en France et les trois quarts c’est par ce type d’individu... ». Et Zemmour, théoricien du grand remplacement et multi-accusé de violences sexistes et sexuelles, de dérouler son diagnostic : « Ce qui n’est pas logique c’est que cet Africain premièrement soit en France, et deuxièmement ne soit pas encore reparti. (...) Ce qu’il faut au contraire c’est de dire comment on fait pour que ces gens ne soient plus sur le territoire français parce qu’ils n’ont rien à y faire. »

Si la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, où qu’elles surviennent, doit être prise en charge par l’ensemble des organisations féministes, celles-ci ne doivent pas laisser passer cette nouvelle instrumentalisation grotesque, par l’extrême-droite la plus patriarcale, du combat féministe à des fins xénophobes et racistes : alors que le projet de loi immigration est sur le point d’être adopté en commission mixte paritaire, il est urgent de réaffirmer la nécessité d’un féminisme antiraciste et anti-impérialiste.

Une véritable campagne médiatique au service du projet de loi immigration

Les faits, survenus le 11 novembre, ont d’abord été publiés par le journal de droite Le Figaro, ayant suivi l’enquête et dévoilé l’origine du principal suspect dès le lendemain. L’information ayant circulé dans les cercles d’extrême-droite, c’est l’émission TPMP qui s’empare en premier du témoignage en invitant une première fois Claire à venir témoigner dans l’émission du 16 novembre, seulement cinq jours après les faits.

Mais ce lundi, alors que le gouvernement s’apprête à faire passer un projet de loi immigration endurci par la droite et l’extrême-droite, le témoignage de Claire acquiert une autre importance pour les réactionnaires. Après le passage de la jeune femme au micro d’Éric Zemmour, elle sera accueillie dans la même journée successivement sur les plateaux de CNEWS, Europe 1 et BFMTV pour dérouler le même récit. À chaque fois, le même format : des journalistes lui demandent une description sordide de son viol, entrecoupée de visuels sur le « profil » racial et criminel du suspect, et l’interrogent : « Vous en voulez à l’État ? »

Dès lors, la surenchère commence. Ce mardi, c’est Thaïs d’Escuffon, ex-porte-parole de Génération Identitaire, qui est invitée sur le plateau de BFMTV pour commenter le témoignage de Claire. « Il y a beaucoup de responsables, il y a Darmanin qui ne fait rien contre les OQTF et contre cette immigration incontrôlée qui amène avec elle beaucoup trop de dangers pour les femmes. Le premier danger pour les femmes en France c’est l’immigration », martèle-t-elle, avant de fustiger LFI et les organisations féministes de gauche, accusées de « taire » la prétendue origine commune de tous les violeurs de France. Un discours de propagande, convergeant avec celui d’un Ciotti, d’un Bardella ou d’un Zemmour, et relayé de façon coordonnée dans tous les médias à la botte du patronat : il s’agit de dépeindre un gouvernement « laxiste » en matière d’immigration pour faire accepter à la population le laborieux durcissement du projet de loi xénophobe et raciste de Darmanin étudié en commission mixte paritaire.

Une imposture raciste sous les drapeaux du féminisme

Face à cette mascarade, il faut d’abord rappeler le caractère intrinsèquement hypocrite d’une extrême-droite qui entend se faire passer pour un rempart contre les violences sexistes et sexuelles. Lui-même accusé de viol, Zemmour qui fustigeait déjà #MeToo expliquait en 2021 à propos de l’arrestation de Dominique Srauss Khan accusé de viol et de séquestration : « C’est un renversement de mille ans de culture royale et patriarcale française. C’est une castration de tous les hommes français. Le séducteur est devenu un violeur, le conquérant un coupable » Partisan du maintien d’un ordre patriarcal dans le cadre de la famille comme au travail, celui qui explique que les femmes ont « une forme d’intelligence différente » et font « s’évaporer le pouvoir » défend un projet de société dans lequel elles sont soumises et dépendantes des hommes sur le plan économique comme sur le plan corporel, facteurs déterminants dans le phénomène des violences sexistes et sexuelles.

Un projet partagé par Thaïs d’Escuffon, fervente soutien de Reconquête. Alors que, depuis #MeToo, toute une génération se politise à travers la question des violences sexistes et sexuelles, cette militante de 24 ans incarne une tentative de développer en France un courant d’opinion fémonationaliste d’extrême-droite. Sur le modèle de groupes anglo-saxons, il s’agit de gagner une partie de la population politisée sur les questions de genre aux idées réactionnaires en développant un discours raciste sur le caractère prétendument culturel des violences sexistes et sexuelles, qui seraient principalement le fait des personnes d’origine arabe et africaine. Une rhétorique qui, au contraire de ce que tend à montrer #MeToo en dévoilant le caractère universel des violences sexistes et sexuelles, nie l’existence du patriarcat comme système historique de domination des hommes sur les femmes, quelles que soient leur origine ou leur nationalité, et son imbrication dans le cadre d’un système économique mondial dominé par l’impérialisme.

Alors que, dans le cadre d’une séquence politique marquée par la réaction, l’extrême-droite a pignon sur rue, les organisations féministes, syndicales et politiques de gauche n’ont rien à céder à l’anti-féminisme d’Eric Zemmour et Thaïs D’Escuffon. Pour lutter contre cette instrumentalisation audieuse des luttes féministes à des fins racistes, il est central de dénoncer la responsabilité d’un gouvernement qui a pavé la voie aux idées réactionnaires, dès 2019 lorsque Marlène Schiappa réclamait que l’on expulse « tous les étrangers condamnés pour des faits de violence conjugale ou de viol  », et jusqu’à aujourd’hui avec le projet de loi immigration porté par Gérald Darmanin. À rebours du projet fémonationaliste, la lutte féministe est la lutte pour l’émancipation de toutes les femmes, quelle que soit leur couleur de peau, leur origine ou leur religion.

À l’heure où le gouvernement fait passer en force sa loi raciste et xénophobe, il est fondamental de faire front pour lutter contre un projet qui condamne des milliers de personnes immigrées, et en premier lieu les femmes, à la misère et à son lot de violences racistes, sexistes et sexuelles. Parce que nous sommes féministes, à la différence de Thaïs d’Escuffon, nous dénonçons non seulement les violences sexistes et sexuelles sur le sol français, mais aussi les viols systématiques des migrantes aux frontières, les viols utilisés comme arme de guerre y compris par les armées impérialistes, ou encore les politiques qui incitent les femmes à se faire stériliser dans les semi-colonies françaises comme à Mayotte. Nous revendiquons le retrait immédiat du projet de loi immigration, la régularisation de tous·tes les sans-papiers et l’ouverture des frontières, pour l’émancipation de tous·tes les opprimé·es.


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