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8 mars

USA, Russie, Argentine… L’avortement, un droit à défendre à l’international !

La montée des tensions militaires et de l’extrême droite menacent directement le droit à l’avortement dans de nombreux pays. Sous le capitalisme, les droits des femmes et des minorités de genre sont toujours des droits à défendre !

Eve Lagre

8 mars

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USA, Russie, Argentine… L'avortement, un droit à défendre à l'international !

En cette journée de lutte internationale pour les droits des femmes, un constat s’impose : le droit a l’avortement est à l’international un enjeu central dans les luttes féministes et LGBT. Dans le monde, moins de la moitié des Etats autorisent le recours à l’IVG sur demande et sans restriction. Lorsqu’il est autorisé, le droit à disposer de son corps est toujours susceptible d’être remis en cause, sous le coup des crises, des guerres, et sous la pression des forces réactionnaires.

Les capitalistes savent pertinemment qu’interdire l’avortement n’empêche pas les avortements. Il implique simplement la mort et la mutilation pour les personnes qui n’ont pas les moyens de partir à l’étranger ou d’avorter clandestinement dans des conditions sûres. Le droit à choisir d’enfanter est un enjeu de la lutte des classes pour l’assurer comme un droit élémentaire à toutes et tous. Une lutte qui se mène dans plusieurs pays où il est particulièrement attaqué.

Argentine : plus jamais nous ne retournerons dans la clandestinité !

Récemment, le 6 mars, Javier Milei, le président argentin d’extrême droite, a prononcé un discours dans lequel il dénonce l’avortement comme un homicide et les « foulards verts » comme des « assassins ». Ultra-libéral il est naturellement ultra-opposé aux libertés des femmes et des minorités de genre.
Ces foulards verts étaient ceux que brandissaient les centaines de milliers de femme de la « marée verte » qui se sont mobilisées contre les féminicides sous le mot d’ordre Ni una menos (Pas une de plus) et ont arraché le droit à un avortement légal, sûr et gratuit à la fin de l’année 2020.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi, 245.000 avortements ont pu avoir lieu. Le nombre de naissances concernant les filles de 10 à 14 ans a baissé de 43%. Voilà ce sur quoi veut revenir Milei.

Pourtant, avant même l’arrivée de Milei au pouvoir, de nombreux obstacles au droit à l’avortement demeuraient. D’abord le prix des médicaments qui a explosé avec l’inflation, qui s’élevait pour l’année 2022 à 220%. Ensuite, l’introduction dans le texte de loi par les péronistes (famille politique du gouvernement précédent d’Alberto Fernandez et de son ministre de l’Economie, Sergio Massa, défait au second tour par Milei) de l’objection de conscience a permis à de nombreux centres de santé de refuser de pratiquer l’avortement. Ainsi, dans la province de Cordoba, on estime à 75% le nombre d’hôpitaux et de centres de santé où l’avortement n’est pas pratiqué.

La Loi Omnibus de Milei (qui a subi un revers important au Parlement) prévoyait déjà des modifications de la loi en parlant « d’enfant à naître » ou évoquant la protection de la vie « dès la conception ». Il menace désormais de repénaliser l’avortement : 3 à 10 ans de prison pour les médecins qui le pratiqueraient, 1 à 3 ans de prison pour les personnes qui avortent.

Ce projet est inséparable de la régression sur toute la ligne que Milei impose aux classes populaires argentines au nom du FMI. Une expérimentation politique que Macron et les médias libéraux observent attentivement pour la reproduire ailleurs. Ce 8 mars va revêtir un caractère de lutte contre l’ensemble des attaques de Milei.

USA. L’avortement, argument de campagne pour Genocide Joe

La cassation de l’arrête Roe v. Wade par la Cour Suprême étasunienne, laissant libre chaque Etat de légiférer sur le droit à l’avortement a ouvert la porte à un cataclysme réactionnaire. L’avortement a été interdit dans quatorze Etats. Avant même cette remise en cause, des groupes de pression obscurantistes religieux menaient des actions, parfois armées, contre des centres IVG ou d’intimidation contre les femmes qui s’y rendaient. Désormais, ces groupes bloquent des routes pour empêcher l’accès de personnes qui souhaitent avorter dans un Etat où il est encore possible de le faire.

Cette attaque brutale contre l’avortement s’inscrit dans un contexte de remise en cause des droits des personnes LGBT, à l’image la loi « Don’t say gay » adoptée en Floride à l’initiative du Républicain Ron de Santis. L’extrême droite américaine se déchaîne, notamment à l’école, contre l’éducation sexuelle et les droits LGBT, expression sur ce continent de la campagne anti-wokiste agitée par l’extrême droite européenne.

L’avortement a été au cœur des élections de mi-mandat en 2022. Selon certains sondages, il s’agissait même du second motif de préoccupation des électeurs, derrière l’inflation. Le Parti Démocrate s’est présenté comme le parti de la défense du droit à l’avortement, bien que durant ses différents mandats et dans les provinces qu’il dirige depuis des années, rien n’a été fait jusqu’alors pour garantir ce droit. Lors de son lancement de campagne, Joe Biden tente de jouer de nouveau la carte de la défense de l’avortement. Alors que des centaines de milliers d’électeurs démocrates le surnomment désormais « Genocide Joe » pour son soutien inconditionnel au massacre colonial à Gaza, Biden veut s’affirmer comme un moindre mal face à la hantise d’un second mandat de Trump.

Les trois dernières années prouvent pourtant que ni les droits reproductifs, ni des conditions de vie et de travail dignes ne sont possibles en faisant confiance au second pilier de l’impérialisme américain qu’est le Parti Démocrate.

Russie. Poutine restreint l’avortement pour envoyer plus de monde à la boucherie

La Russie post-soviétique a hérité d’une des législations les plus anciennes sur l’avortement. La Révolution de Février 1917, initiée par une grève d’ouvrières du textile à Petrograd (actuel Saint-Pétersbourg) fait voler en éclat la législation tsariste et l’avortement est dépénalisé de fait. Mais c’est en 1920 que la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie, premier Etat ouvrier de l’histoire devient le premier Etat au monde à autoriser l’avortement ! Le droit à l’avortement est bien une conquête que les masses ont arraché par la victoire révolutionnaire. Il faudra la terreur de la contre-révolution stalinienne pour leur retirer en 1936.

Finalement, après la mort de Staline, l’avortement est rétabli : avant 12 semaines sans conditions, jusqu’à 22 semaines pour un large panel de raisons, notamment sociales (un droit plus favorable que la plupart des législations d’Europe de l’Ouest). Ce droit a été sans cesse raboté depuis la restauration capitaliste. Désormais, seul le viol peut être invoqué comme raison valable au-delà de 12 semaines. En 2013, Poutine a fait interdire la publicité (c’est-à-dire l’information de santé publique) de l’avortement.

L’invasion russe de l’Ukraine a déclenché une vaste campagne contre les droits reproductifs et contre les droits LGBT, en particulier contre les personnes trans, un parallèle saisissant avec l’ennemi américain. L’Etat russe et les intellectuels à sa botte alertent régulièrement sur un risque démographique, rendu d’autant plus urgent pour le militarisme russe que Poutine envoie ses soldats se faire massacrer par dizaine de milliers dans sa guerre de conquête.

La fin de l’année 2023 a donné lieu à un renforcement de la législation anti-avortement en Russie. L’oblast de Tver ou la République de Mordovie ont ouvert le bal en rendant illégale l’« incitation » à l’avortement. De nombreuses autres autorités locales se sont engouffrées dans la brèche pour raccourcir le délai légal pour avorter ou notamment faire cesser les avortements dans les cliniques privées. Il faut désormais se tourner vers l’hôpital public où les temps d’attente sont prohibitifs, quand des journées anti-avortement ne sont pas directement instaurées par la direction des hôpitaux. En octobre, la vente de contraceptifs et de pilules abortives, jusque-là relativement faciles d’accès, a été restreinte.

Cette politique s’inscrit dans une volonté de retour aux « traditions familiales », et une dénonciation ouverte des avancées révolutionnaires mises en place par les ouvrières de Russie, il y a désormais cent ans. En revanche, la filiation avec le stalinisme est évidente, notamment lorsque Poutine ressort les médailles de la bureaucratie soviétique : fin 2022, il décorait ainsi des « mères-héroïnes », réservé aux mères de 10 enfants ou plus !

Nationalisme et natalisme marchent main dans la main pour préparer les populations à la guerre. C’est dans ce contexte que la plupart des pays d’Europe entament leur réarmement, notamment « démographique » comme le revendique Emmanuel Macron.

C’est la lutte des classes qui peut garantir l’avortement

Ces trois pays ne sont que quelques exemples du front de lutte international ouvert pour assurer, non seulement en droit mais aussi en fait, un avortement légal, sûr et gratuit dans le monde entier. Sous le capitalisme, l’avortement est un droit à reconquérir et à assurer sans cesse. Au Royaume-Uni, l’emprisonnement au printemps 2023 d’une femme ayant avorté au-delà du délai légal a relancé des mobilisations pour une dépénalisation réelle de l’avortement. En Irlande, malgré une victoire arrachée en 2018, l’accès effectif à l’avortement n’est toujours pas acquis. En Allemagne, si la pression du mouvement féministe a permis d’en finir avec une loi héritée du nazisme qui interdisait la publicité du droit à l’avortement, ce droit n’est pas encore totalement dépénalisé et l’objection de conscience reste un obstacle à sa pleine mise en œuvre dans un Etat où de nombreuses cliniques privés sont gérées par des associations religieuses. En France, 130 centres IVG ont fermé en quinze ans selon le Planning Familial.

Sous le capitalisme, les droits des femmes et des minorités de genre ne sont jamais acquis, quand bien même ils figurent dans la loi ou la constitution. Face à un capitalisme en crise qui plonge les gens dans la misère, coupe dans les budgets des services publics et renforce les groupes réactionnaires, ces droits sont particulièrement menacés. Ils sont directement visés par les formations d’extrême droite qui progressent en Europe : les néo-franquistes de Vox en Espagne, l’AfD en Allemagne, le RN et Reconquête en France ou Giorgia Meloni, la première ministre italienne.

Face aux projets militaristes des capitalistes, les militantes de Du Pain et des Roses ont organisé des cortèges dans de nombreuses villes en ce 8 mars pour rappeler que « nos utérus ne sont pas des armes de guerre ! » et lutter pour des moyens massifs sous contrôle des travailleur·euse·s de la santé et de l’éducation, pour garantir le droit à la contraception, à l’IVG, à la PMA et à la transition pour toutes et tous. C’est par une lutte d’ampleur dans les lieux de travail, de vie et d’étude, par des grèves, que de tels droits pourront être conquis.


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