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Argentine. Sur fond d’attaques anti-sociales, Milei cherche à lancer une nouvelle loi Omnibus

Après l’échec de la première loi Omnibus, Milei cherche à faire passer de nouveau sa loi auprès des gouverneurs. Ce plan d’austérité a lieu dans un contexte de crise économique majeure, tandis que les directions syndicales restent passives et négocient avec le patronat malgré la combativité montrée par différents secteurs dans la rue.

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Argentine. Sur fond d'attaques anti-sociales, Milei cherche à lancer une nouvelle loi Omnibus

Crédits photo : La Izquierda Diario

Cela fait 100 jours que Milei est au pouvoir, et aucun de ses projets majeurs ne sont passés au Congrès. Le président d’extrême-droite retente sa chance après l’échec de la Loi Omnibus, point central de son offensive autoritaire et anti-ouvriers, et cherche par tous les moyens à faire passer ses attaques envers le monde du travail. La loi Omnibus XS, une refonte de la Loi Omnibus au rabais, est donc en cours de négociation.

Les gouverneurs et Milei, un accord à trouver

Pour faire passer le texte de loi et trouver une forme de gouvernabilité, Milei doit trouver un accord avec les gouverneurs, qui contrôlent une partie du pouvoir législatif. Bien que la majorité des gouverneurs soutiennent le projet ultralibéral et austéritaire du gouvernement, ils ne parviennent pas à se mettre d’accord sur comment la mettre en place. La nouvelle Loi Omnibus prévoit des coupes budgétaires dans des domaines sensibles des provinces, comme les salaires des enseignants, les subventions aux transports et l’aide aux caisses de retraite, ce que les gouverneurs refusent de voter. Pourtant, comme le souligne le journal argentin Letra P, « sans accord fiscal convenu, il sera difficile que la loi omnibus XS puisse avancer. (…) Il doit y avoir un accord simultané sur les deux sujets ou tout restera au point mort ».

Les tensions entre Milei et les gouverneurs sont pourtant loin d’avoir disparu. Alors que Milei cherche à discipliner les provinces, qui possèdent en Argentine une forte autonomie en matière de sécurité, d’éducation ou d’économie, plusieurs d’entre elles ont notamment fait bloc fin février, en menaçant de couper l’envoi de pétrole et de gaz à l’État. Trouver un accord pour que la loi Omnibus XS passe reste donc un enjeu important pour le gouvernement d’extrême-droite, qui a déjà perdu le premier round face au monde du travail et aux autres forces politiques.

Des licenciements massifs dans les services publics et une multiplication des attaques austéritaires

Le plan d’austérité que tente de faire passer Milei au Congrès aggraverait une situation économique déjà très compliquée pour les travailleurs et travailleuses argentin·es. Des millions d’Argentin·es subissent de plein fouet la crise et les attaques du gouvernement et du patronat envers leurs conditions de vie et de travail. Une hausse de l’inflation de 240% est prévue en 2024, les prix du gaz et de l’électricité pourraient atteindre une hausse de 700%, et le taux de pauvreté a explosé depuis l’arrivée de Milei, passant de 45% à 57%.

Les retraités sont en première ligne des attaques austéritaires massives et voient leurs pensions de retraite diminuer toujours plus. Depuis 2015, leur niveau a diminué de 60%, et Milei cherche à les maintenir bien en dessous du seuil de pauvreté. La modification de la formule de calcul des pensions entraine aussi que les retraités seront payés en deux fois. Comme le rappelait jeudi le député d’extrême-gauche Nicolas del Cano, « quatre-vingt-dix pour cent des pensions sont inférieures au panier de base de 685 000 dollars dont un retraité a besoin pour vivre ».

Milei a également lancé une attaque féroce envers les travailleurs de l’État, en licenciant plus de onze mille fonctionnaires à l’échelle nationale. Alors que leurs contrats devaient se terminer en janvier, les travailleurs du public avaient obtenu qu’ils se terminent au 1er avril. Des milliers de personnes se retrouvent donc à partir d’aujourd’hui sans emploi. Les employés de l’État sont, en ce moment, les plus touchés par la vague de licenciements, mais l’offensive est aussi dirigée vers les travailleurs des médias publics, ceux des chemins de fer argentins, toutes les universités du pays, mais aussi les mécaniciens et les métallurgistes.

Le secteur ferroviaire subit aussi directement le plan d’austérité, sous la forme de quatre mesures principales : « des départs volontaires à la retraite, la réduction du personnel embauché, la renégociation des dettes avec les fournisseurs et la suppression de la plupart des services régionaux et interurbains », selon le journal Letra P.

Ces licenciements s’accompagnent également de tentatives de privatisation d’entreprises d’État, notamment celle de l’entreprise aéronautique Aerolineas Argentinas, où le gouvernement organise des licenciements en masse sur les secteurs les plus combatifs comme ceux de la sous-traitance. Ces licenciements et cette privatisation n’ont rien d’anodin. Les travailleurs du secteur aérien avaient en effet été parmi les secteurs les plus combatifs lors de la grève générale du 24 janvier, mettant à l’arrêt des centaines d’avions. Ce secteur s’est également mis en grève de 24 heures fin mars, là où la majorité des travailleurs et travailleuses se mettaient en grève de 12 heures. Ces attaques austéritaires visent donc également à réprimer les travailleurs les plus combatifs pour canaliser toute forme de contestation.

L’attentisme criminel des directions syndicales, déstabilisé par en bas

Alors que le gouvernement licencie massivement partout dans le pays et veut faire passer sa nouvelle loi Omnibus pour réformer le monde du travail, les directions syndicales négocient avec le gouvernement et le patronat. De Cristina Kirchner qui affirmait il y a quelques semaines la nécessité de parvenir à « une mise à jour du travail » à la CGT, en passant par le PRO et l’UCR (droite traditionnelle), de larges secteurs de l’opposition se disent ouverts aux négociations avec le gouvernement.

Le projet de loi en cours de discussion supprimerait l’indemnisation et la remplacerait par un système dans lequel le travailleur lui-même cotise mensuellement à un fond qui lui serait versé en cas de licenciement. Cela augmenterait la précarisation des conditions de travail et les licenciements seraient moins coûteux pour les entreprises. Le deuxième volet de la loi serait une suppression ou une réduction des amendes pour les employeurs en cas de non-déclaration régulière de leurs travailleurs. Autrement dit, les directions syndicales négocient un texte pro-patronal, qui n’améliorerait en rien les conditions de travail des Argentin·es, mais aggraverait au contraire leur situation.

Au-delà de ces négociations, la passivité des directions syndicales argentines n’est plus à démontrer. Dès janvier, elles ont tenté d’imposer division et passivité aux travailleurs et travailleuses, comme l’a démontré le plan de bataille du 24 janvier qui avait consisté à éviter une grève massive dans les secteurs précaires en maintenant les transports en commun jusqu’à tard dans l’après midi. Cette grève nationale sans lendemain (malgré la discussion sur la potentialité d’une nouvelle date dans les jours à venir) est l’expression de directions syndicales complètement alignées avec la politique de « terre brûlée » des péronistes. Ces derniers cherchent à construire leur projet électoral d’ici à 2027 tout en maintenant une paix sociale dans la rue, et ce malgré la multiplication de nombreuses grèves dans les services publics poussés par la base et les attaques massives du gouvernement. Les mobilisations qui ont lieu par en bas font pression sur les directions pour que soit décidée une date de grève générale fin avril.

L’émergence d’une avant-garde combative pourrait poser les jalons pour la construction d’un véritable plan de bataille contre Milei

Les offensives du gouvernement sur le marché du travail se font ressentir très durement, et génèrent beaucoup de colère auprès des Argentin·es. Au sein de la UOM (syndicat de la métallurgie) qui subit des licenciements, les travailleurs et travailleuses sont sorti·es dans la rue le 27 mars, le 4 avril, et une nouvelle marche est également prévue mi-avril malgré un contrôle important de la part des directions syndicales. Une grève générale des employés de l’État a été déclarée ce vendredi, auquel le gouvernement a répondu par plus de trente nouveaux licenciements, ainsi qu’en versant les salaires du mois de mars sans l’augmentation de 8% prévue (sachant que l’inflation est de 60%). Les travailleurs et travailleuses de l’aéronautique se sont également mobilisés depuis janvier contre la privatisation de leur secteur, après les nombreux licenciements qui ont notamment touché l’entreprise de sous-traitance GPS. Dans des dizaines d’entreprises du privé et du public, les gens sortent dans la rue et se mettent en grève.

L’urgence d’un plan de bataille pour unifier l’ensemble des secteurs en lutte et mettre un frein à Milei et ses complices au sein des différentes organisations politiques et syndicales est plus que jamais nécessaire. Car comme nous l’écrivions la semaine dernière, « c’est bien sur le terrain de l’affrontement social que se décidera, en dernière instance, la capacité ou l’incapacité du gouvernement à avancer. (…) Si une avant-garde de quelques milliers réussissait à se dégager, à partir des mobilisations territoriales et syndicales actuelles, (…) cela permettrait de poser les bases d’un véritable plan de lutte et d’un mouvement d’ensemble et dans la durée contre Milei, ses alliés avérés et ses complices objectifs qui restent aujourd’hui l’arme au pied. Une perspective qui est la seule réaliste pour gagner ce combat contre l’extrême droite au gouvernement ».


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