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Répression syndicale

SNCF : 300 personnes en soutien à Régis, menacé de licenciement pour avoir dénoncé des VSS

Près de 300 personnes étaient rassemblés à Strasbourg ce 17 avril en soutien à Régis, convoqué en conseil de discipline pour avoir défendu une collègue ayant dénoncé une agression sexuelle. Ce dernier est menacé de licenciement par la direction de la SNCF.

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SNCF : 300 personnes en soutien à Régis, menacé de licenciement pour avoir dénoncé des VSS

En mai 2023, Marion, agent circulation à Haguenau près de Strasbourg, a subi une deuxième agression sexuelle sur son lieu de travail par un de ses collègues. Régis, délégué syndical SUD-Rail, est témoin direct des faits et propose à Marion de faire un signalement. Après plusieurs mois sans que la direction de la SNCF ne prenne de véritables mesures, c’est finalement Marion et Régis qui se retrouvent convoqués en conseil de discipline. Avec un dossier d’environ 600 pages pour justifier de l’injustifiable, l’entreprise pèse de tout son poids et de toute son expertise pour faire taire Marion et Régis et instaurer la peur dans tout son collectif militant. En rassemblant près de 300 soutiens à Strasbourg, c’est une réponse à la hauteur de l’attaque que les cheminots ont su donner ce mercredi.

Derrière le cas individuel de Régis, une menace réelle sur le droit syndical

Si tant de cheminots se sont mobilisés autour de cette affaire, c’est par solidarité envers un militant de longue date, mais aussi parce que chacune et chacun peut se sentir directement menacé par de tels procédés. Comme le disait Mathieu Relin, élu SUD-Rail Grand-Est en ouverture des prises de parole : « S’ils peuvent licencier Régis en lui reprochant l’exercice de son mandat, demain plus aucun d’entre nous n’est à l’abri de subir la même chose. Comment continuer à militer dans ce contexte ? Voilà pourquoi nous ne laisserons pas faire ! ».

Plusieurs autres interventions sont venues apporter soutien et force aux cheminots dans une « situation absurde qui ne devrait pas pouvoir exister » comme le soulignait le député LFI Emmanuel Fernandes. Un militant de la CGT cheminot, Maxime, apportait tout son soutien de camarade à un autre camarade, car selon lui « ici il n’y a plus de couleurs syndicales, il y a des militantes et militant qui sont solidaires et qui luttent ensemble contre la répression. »

Christian Porta, élu CGT chez Neuhauser, est intervenu pour tracer des parallèles entre sa situation et celle du délégué SUD-Rail avec qui il partage les mêmes « torts » : revendiquer trop, trop souvent, trop fort. Des liens entre les affaires qui laissent à penser qu’il s’agit davantage d’une nouvelle stratégie patronale que d’un curieux hasard.

Enfin Régis Gulay a lui-même pris la parole, avec beaucoup d’émotion dans la voix, pour dénoncer le rôle de la responsable Ethique « qui a en permanence depuis 15 ans des dossiers disciplinaires de militants SUD-Rail sur son bureau » afin de dénoncer un système répressif volontairement ciblé contre le syndicalisme de lutte en Alsace.

L’Ethique SNCF, une commission obscure utilisée contre les cheminots

La veille, les militants s’étaient réunis sur Paris pour soutenir Marion, une collègue de Régis, qui suite à une deuxième agression sexuelle sur son lieu de travail (non traitée comme telle, malgré l’appui de Régis témoin de la scène), s’est retrouvée elle-même inquiétée et menacée de licenciement. L’agression a en effet été instrumentalisée par la direction pour réprimer un syndicaliste combattif, retournant le signalement pour faire passer Marion « de victime à agresseur, et [Régis] de témoin à menteur. »

L’Ethique Groupe SNCF, qui se vante d’une tolérance 0 sur les questions de VSS, apparait ainsi surtout utile pour monter des dossiers à charge contre les cheminots dont elle souhaite se débarrasser. Dans le cas de Régis, un cabinet privé « neutre » EGIDIO a été missionné pour enquêter auprès de ses collègues et responsables hiérarchiques et construire un dossier à partir de rien. A contrario, pour des faits graves, le manque de transparence et d’équité du système Ethique SNCF permet d’enterrer certaines histoires sans que la Direction n’ait rien à justifier.

C’est pourquoi les cheminots rassemblés ce 17 avril continuent de revendiquer une commission indépendante de la Direction, en lien avec les référents harcèlement du CSE (des élus désignés) qui auront pour seule mission de protéger les victimes et imposer des solutions individuelles et collectives pour faire évoluer les comportements.

Le conseil de discipline prononce la radiation, les cheminots comptent maintenir la pression sur la direction

Après les prises de parole, place à l’action. Les militantes et militants ont accompagné Régis jusqu’à la porte, anormalement fermée, du grand bâtiment de la Direction SNCF. Un cortège impressionnant débordant jusque sur la route. A force d’insistance, les cheminots sont parvenus à entrer en entonnant des chants de victoire et d’encouragement pour Régis.

De nombreux autocollants revendicatifs ont été collés dans le bâtiment, en attendant la fin du conseil de discipline qui a duré trois longues heures, pendant lesquelles les slogans et chansons se sont enchainés, raisonnant avec force dans les murs du vieux bâtiment.

Une démonstration de force et de solidarité qui a permis à Régis de garder la tête haute, malgré la violence d’une répression implacable. En dépit de l’argumentaire, factuel et appuyé de nombreuses pièces, du défenseur Sébastien Mougenot, élu et militant SUD-Rail, le conseil de discipline a abouti à la radiation des cadres pour Régis.

Une décision qui n’a surpris personne, et qui démontre que la SNCF, juge et partie, met en scène une parodie de justice en interne qui ne pouvait aboutir qu’à ce résultat. Alors que la direction a encore dans ses mains la décision finale pour notifier ou non la sanction, les cheminots comptent maintenir la pression et se battre jusqu’au bout pour que Régis ne se fasse pas licencier.


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