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Antifascisme

Pour les 10 ans de la mort de Clément Méric, « un week-end antifasciste de commémoration et de lutte »

La semaine prochaine se tiendra un week-end international à l’occasion des 10 ans de la mort du militant antifasciste Clément Méric, tué par des néo-nazis le 5 juin 2013. Retour sur cet évènement et les questions politiques qui vont le traverser avec un militant de l’Action Antifasciste Paris Banlieue.

Paul Morao

26 mai 2023

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Pour les 10 ans de la mort de Clément Méric, « un week-end antifasciste de commémoration et de lutte »

Crédits photo : Révolution Permanente / Manifestation hommage à Clément Méric le 5 juin 2021

RP : Avec l’Action Antifasciste Paris Banlieue vous organisez la semaine prochaine un week-end international antifasciste. Est-ce que tu pourrais commencer par nous expliquer le déroulé de l’évènement et comme vous avez abordé ces 10 ans de la mort de Clément Méric ?

Chaque année on organise un hommage à Clément Méric. Pour les 10 ans, on a préparé un événement international depuis un an. Dans ce cadre, c’était important pour nous de partir jeudi du lancement de l’ouvrage Clément Méric, une vie, des luttes aux éditions Libertalia, pour commencer avec un temps de réflexion sur la vie de Clément, les luttes qu’il soutenait, autour d’un livre sur cette thématique-là.

Samedi, en plus du match de l’équipe féminine organisé par le MFC 1871, il va y avoir à la Bourse du Travail un grand meeting antifasciste de 10h à 17h avec plusieurs séquences. Il y aura des discussions « perspectives internationales » sur le combat pour la mémoire des militants antifascistes avec le Comité pour Clément, l’Associazione Dax 16 Marzo (Italie) ou l’Asamblea Carlos Palomino (Espagne), sur l’État et l’extrême-droite avec Miguel Ramos, le GALE, Gegenmacht.info, sur la Palestine avec Salah Hamouri…

C’était également important pour nous d’avoir un moment sur les luttes sociales, alors qu’on est encore dans une séquence de lutte contre la réforme des retraites. Mais aussi de discuter sur la question de la victoire, qu’est-ce que c’est que la victoire. Il y aura donc une conférence « S’organiser dans une perspective de victoire » à 13h avec Sylvie Kimissa, Farid El Yamni, Fabien Villedieu et les Soulèvements de la Terre. A 17h il y aura une plénière « De l’antifascisme à la totalité » qui réunira Mathieu Rigouste, Lissell Quiroz, Saïd Bouamama et Morgane Merteuil.

Il y aura également des concerts, de punk rock à Ivry vendredi avec notamment Agnostic Front et Brigada Flores Magon, et de rap, samedi, avec entre autres Médine, Rocé, DJ Pone à Montreuil. C’était important pour nous d’avoir du punk et du rap, pour faire le lien entre différentes générations et cultures qui se côtoient au sein du mouvement antifasciste.

Ensuite, il y aura une grande manifestation hommage à Clément dimanche 11h au métro Barbès et un hommage lundi à 18h30 rue Caumartin à Paris. Finalement, on a inclus dans le programme la manifestation interprofessionnelle car on s’inscrit totalement dans le mouvement en cours contre la réforme des retraites.

RP : A ce propos, vous rappelez dans un texte récent que la mort de Clément Méric en 2013 a symboliquement « ouvert » une période « d’affrontements politiques et sociaux », marquée par le durcissement du régime mais aussi la radicalisation de la jeunesse, l’expulsion de Leonarda et les mobilisations lycéennes quelques mois plus tard, la mort de Rémi Fraisse en 2014, qui ont préparé le terrain à la Loi travail et aux mouvements qui ont suivi. C’était important de faire de votre week-end l’occasion d’un hommage mais aussi d’un retour sur cette séquence de 10 ans ?

Depuis la mort de Clément, on a inscrit les commémorations pas seulement dans une logique de mémoire mais aussi dans une logique de lutte. Dans l’idée de poursuivre les combats de Clément, qui sont toujours en miroir des combats qui peuvent avoir lieu en France, quand ce sont des combats antifascistes, anticapitalistes, anti-impérialistes. C’est vital pour nous de ne pas rester uniquement dans la commémoration, mais d’être dans une logique d’action, en lien avec ce qui se passe.

En 2014 il y a les manifestations pour la Palestine, en 2016 la Loi Travail, à chaque fois ces combats se reflètent dans les manifestations hommages à Clément. Dimanche, la manifestation hommage aura à nouveau lieu dans cette logique-là. L’idée c’est de maintenir vivant les combats de Clément. Avec les meetings on veut aussi marquer les évolutions et le chemin qu’on a parcouru depuis 10 ans. C’est un moment politique et il doit le rester.

Sur le meeting on a d’ailleurs essayé de ne pas avoir un aspect uniquement parisien, avec des collectifs internationaux, et de faire parler des gens qui peuvent apporter des perspectives différentes, avec d’autres luttes : l’écologie, les luttes sociales avec le cheminot Fabien Villedieu, etc. Notre apport dans des moments comme ça, pour les gens qui s’intéressent à l’antifascisme, ce n’est pas seulement leur parler de 2013, mais aussi de ce qui se passe maintenant, et de ce qui va se passer dans les années à venir. Dans une logique de continuité des luttes.

RP : Dans vos textes vous évoquez également la façon dont l’antifascisme et la figure de l’antifasciste ont évolué depuis 10 ans…

Depuis la mort de Clément on a vu comment la figure de l’antifasciste pouvait être utilisée. D’abord instrumentalisée puis criminalisée. En 2013, l’assassinat de Clément crée un émoi avec directement une instrumentalisation du PS, qui va jusqu’à se déclarer antifasciste et à essayer de capitaliser sur la mort de Clément politiquement. Mais dès que ça ne le sert plus, et surtout en 2016, au moment où la contestation est énorme dans le pays contre la loi El Khomri, avec un mouvement social important radical qui compte une présence évidente des antifascistes et des camarades de Clément, la situation se retourne du tout au tout.

Avec l’affaire du Quai de Valmy il y a un retournement, avec notamment le PS, et en particulier Manuel Valls, qui va être dans la criminalisation intense des antifascistes, allant même jusqu’à proposer la dissolution de l’AFA. Ils ont alors montré leur vrai visage, et depuis on est dans cette continuité, avec une volonté de criminaliser l’ensemble des militants antifascistes.

RP : Cette criminalisation on l’a notamment vu avec la tentative de dissolution de la GALE à Lyon…

Exactement. C’est pour ça qu’on n’est pas du tout dupes des stratégies du pouvoir. C’est pour ça qu’on ne les soutient pas quand ils se posent en « antifascistes » en voulant dissoudre Génération Identitaire par exemple, parce qu’on sait que derrière ils utilisent ça pour pouvoir attaquer la GALE, Nantes Révoltée. En se positionnant comme un arbitre pour pouvoir renforcer leur pouvoir administratif, et soutenir ces pratiques-là c’est soutenir la dérive autoritaire de l’État, qui aujourd’hui n’hésite plus à dissoudre n’importe quelle association ou groupement de fait, sur des fondements inconsistants, sur la base de notes blanches, etc. Et on voit comment ça s’est passé, de la dissolution de Baraka City et du CCIF jusqu’à des associations comme la GALE, Nantes Révoltée puis maintenant la menace contre les Soulèvements de la Terre. On a vraiment un État déterminé à s’opposer à toute contestation par le biais de cet instrument.

RP : Dans vos textes vous dénoncez différentes formes d’instrumentalisation de la lutte contre l’extrême-droite par le gouvernement en citant les dissolutions mais aussi le « front républicain ». Comment vous analysez l’attitude de Macron, notamment récemment, vis-à-vis de l’extrême-droite de ce point de vue ?

C’est un jeu dangereux de se féliciter de prises de position du pouvoir qui sont clairement des stratégies politiques. D’abord, les membres du gouvernement ne dénoncent jamais vraiment l’extrême-droite, ils visent la « radicalité ». Ça leur permet de mettre sur le même plan l’antifascisme et l’extrême-droite, de considérer que toutes les « radicalités » se valent et qu’être un nazi ou un militant qui s’oppose à un nazi c’est la même chose. Donc on ne se réjouit évidemment pas de ces discours.

D’ailleurs, sans aucun complotisme, on sait qu’il y a aussi des stratégies médiatiques. Par exemple, la récente manifestation de 500 néo-nazis à Paris a lieu tous les ans, mais elle a été visibilisée d’un coup alors que l’année d’avant l’écho n’était pas le même. Derrière, Darmanin peut expliquer qu’il va interdire les manifestations d’ultra-droite, mais ce sont des effets d’annonce, et les interdictions de manifestation sont annulées par le tribunal administratif. Leur lutte contre l’extrême-droite elle n’a lieu que sur les plateaux.

De même, personne ne va toucher à l’extrême-droite dans la police. Pire, on lui donne de plus en plus d’importance, à l’image d’un syndicat comme Alliance qui a vraiment pris l’ascendant dans l’institution. Donc on n’attend rien du gouvernement, ils nourrissent l’extrême-droite, ils reprennent le programme du RN pour leur loi immigration, et en pratique ils peuvent mener à certains moments la même politique... Donc la lutte contre le gouvernement est aussi une lutte antifasciste. D’ailleurs on sait que Darmanin a fricoté avec l’Action Française et beaucoup de ses sorties pourraient être assimilées à l’extrême-droite.

RP : Dans un texte récent vous expliquez « qu’une alternative est en marche » face à la situation, et que « ces dernières années le mouvement social s’est renforcé, intensifié et diffusé à de nouvelles échelles et sur plusieurs fronts ». Vous critiquez par ailleurs le fait que la politique se ferait d’abord dans les institutions. Pour vous c’est le mouvement social qui est au cœur de la possibilité de répondre à ces dynamiques ?

Il n’y a pas une année qui se passe depuis 10 ans sans qu’il n’y ait des éléments de crise politique profondes, qu’il y ait des manifestations monstres, ou qu’on se dise qu’on vit des séquences incroyables de lutte. C’est pour ça qu’on n’a pas du tout un constat totalement négatif, au vu de la possibilité qu’il peut y avoir dans ce magma qui existe en France : les Gilets jaunes, les manifestations à l’appel du Comité Adama, les brigades de solidarité populaire pendant le Covid, ... Il y a une énorme capacité de contestation. On s’en félicite et on s’inclut dans ces luttes auxquelles on prend part.

Dans un moment où tous les médias préparent l’arrivée de l’extrême-droite, on dirait même qu’ils la veulent en tout cas ils la présentent comme la seule alternative possible, on voit depuis le 19 janvier qu’on a des mois de lutte où l’extrême droite est invisible, où les mots d’ordres dans les manifestations sont antifascistes, où tous ces groupuscules fascistes ne font plus rien à part essayer d’attaquer des blocages et être éjectés des espaces où ils essayent d’intervenir.

C’est pour nous le chemin vers lequel on doit tendre. Justement, le meeting de samedi c’est le moment aussi de se poser, de discuter de ce qu’est une victoire, avec des gens qui en ont connu à l’international ou dans des luttes plus locales, et d’espérer en construire une, ensemble, avec tous les acteurs des luttes.

Voir aussi : 10 ans après, en hommage à Clément Méric : pour un antifascisme à la hauteur de la situation. Appel au week-end antifasciste par l’AFA Paris Banlieue.

Week-end international antifasciste – Programme :

Jeudi 1er juin

19h30 : lancement de l’ouvrage Clément Méric, une vie, des luttes
Rendez-vous à la Librairie Libertalia (12 rue Marcelin-Berthelot à Montreuil).

Vendredi 2 juin

18h à 02h - concert au Kilowatt : Agnostic Front, Brigada Flores Magon, Bull Brigade, Syndrome 81, The Ready Mades.
Au Kilowatt (18 rue des Fusillés à Vitry-sur-Seine).

Samedi 3 juin

10h à 17h - Meeting Antifasciste. Rendez-vous à la Bourse du Travail de Paris (3 rue du Château d’eau dans le 10e)

15h - Match des équipes féminines du MFC1871, au stade Louis Lumière (30 rue Louis Lumière dans le 20e)

18h à minuit - concert à la Parole Errante : Médine, Rocé, DJ Pone, Juste Shani, Sean, Ryaam, Costa, Nanor. La Parole Errante : 9 rue François Debergue à Montreuil.

Dimanche 4 juin

11h - Manifestation antifasciste, départ au métro Barbès dans le 18e.

Lundi 5 juin

18h30 - Rassemblement en hommage à Clément. Rue Caumartin dans le 9e.

Mardi 6 juin

14h - Manifestation contre la réforme des retraites.


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