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Elections professionnelles

« On reconstruit et maintient une CGT combative dans la sous traitance aéro » : Simon Gazano, CGT AHG

Le 20 septembre, le syndicat CGT des Ateliers de la Haute-Garonne (sous-traitant aéronautique) a remporté 4 sièges de titulaires et 3 sièges de suppléants aux élections professionnelles. Retour sur cette victoire dans un entretien avec Simon Gazano, ouvrier et délégué syndical de la CGT AHG.

Benoit Barnett

13 octobre 2023

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« On reconstruit et maintient une CGT combative dans la sous traitance aéro » : Simon Gazano, CGT AHG

Crédits photo : CGT AHG

RP : Bonjour Simon, le 20 septembre dernier ont eu lieu les élections professionnelles aux AHG (Ateliers de la Haute Garonne), sous-traitant aéronautique leader mondial dans la production de rivet. Vous avez remporté une large majorité des voix dans le collège ouvrier, est-ce que tu peux nous raconter ?

On est content d’annoncer qu’avec ces résultats, on reste la première organisation chez les ouvriers à l’usine ! Ça veut dire beaucoup pour nous après la période que vient de vivre l’aéronautique. Dans l’usine, les collègues font, pour la plupart, partie d’une nouvelle génération qui n’est pas syndiquée et qui n’avait pas vécu la période dans laquelle est née notre section syndicale. Il y a une différence entre ceux qui ont voté pour nous lors des précédentes élections, qui sont partis après la crise du COVID, et cette nouvelle génération qui ne nous connaissait pas encore.

En plus de ça, les délais pour la préparation des élections étaient extrêmement courts. La mise en place du calendrier électoral a été faite en juillet dernier, ne nous laissant qu’un mois pour préparer les listes et convaincre les collègues de notre programme : des revendications qui défendent nos intérêts sans concessions face à notre patron avec comme méthode l’organisation en assemblée générale pour décider collectivement dans nos luttes.

Depuis quelques années, et encore plus avec l’approche des élections, les patrons ont pris conscience du poids que l’on commence à avoir dans l’entreprise et aussi de la solidarité qu’on exprime avec les luttes des autres sous-traitants de l’aéronautique. Après le Covid, la direction a eu une politique consciente de réorganisation de l’entreprise pour empêcher qu’on puisse facilement tenir des AG et pour nous diviser avec des horaires différenciés. Ils ont supprimé les temps morts où on pouvait faire nos AG et ont décalé les temps de pause entre les ateliers. Avec ça, ils ont cherché à nous diviser aussi en ayant une politique de délocalisation de certains ateliers dans la même zone industrielle.

Finalement nous avons réussi à remporter environ 62% des voix dans le collège 1, celui des ouvriers, ce qui se traduit par quatre sièges de titulaires (sur les six au total) et trois sièges de suppléants. Pour nous, c’est une victoire qui montre que la CGT AHG est très bien perçue dans l’usine et que nos collègues nous font confiance. Plus globalement, on est fier parce qu’on reconstruit et maintient une CGT combative dans la sous-traitance aéro, ce qui n’est pas facile.

RP : Ces dernières années, on a vu quelques syndicats dans l’aéronautique contestant non seulement les attaques du patronat mais aussi la ligne des syndicats pro-patronaux. Vous concernant, c’est le premier syndicat combatif dans l’usine depuis plusieurs dizaines d’année, peux-tu revenir sur le chemin que vous avez parcouru et les difficultés rencontrées ?

Construire un syndicat dans une boîte sous-traitante de l’aéronautique, ça veut aussi dire se confronter à un patronat fermement anti-syndical ! Avant nous, c’est vrai, il n’y avait pas de syndicat dans l’entreprise, et aucune grève n’avait eu lieu depuis une cinquantaine d’années. Pour notre syndicat assez jeune, les premières années nous ont permis d’obtenir quelques victoires et d’installer une tradition d’assemblée générale (AG) avec les collègues.

Les AG nous ont permis de renverser la vapeur et commencer à gagner sur un terrain que les patrons prenaient pour acquis. Par exemple, ils n’avaient pas hésité à nous supprimer le 13e mois quelques années en arrière et nous donnaient des avertissements pour tout et n’importe quoi. Mais pendant les Gilets jaunes, le fait qu’on ait commencé à s’organiser en assemblée générale et à menacer d’une grève, nous a fait gagner 10 % d’augmentation sur nos salaires ! Après le Covid, où l’aéronautique a connu une période avec des carnets de commande qui se vidaient, le patronat des AHG a voulu nous imposer un Accord de Performance Collectif (APC), c’est-à-dire revoir à la baisse nos salaires. Nous l’avons combattu et nous avons gagné !

On a aussi fait la première grève depuis près de 50 ans pour nos salaires dans le cadre des NAO en juin 2021. Si on n’a pas gagné sur le moment, la direction avait fini par lâcher une augmentation et modification de la prime pour éviter la deuxième phase de grève qui se préparait. Cela n’était pas notre revendication de départ, car les primes peuvent être supprimées ou être une pression pour ne pas se mettre en arrêt quand on est malade ou pour ne pas faire grève, comme c’est le cas chez nous. Il n’empêche que ça a été perçu comme une petite avancée par les collègues, étant donné que le système de primes précédent était beaucoup plus défavorable.

RP : Pour les élections, au-delà de ce que la CGT AHG a déjà fait, quel est le programme que vous avez porté auprès des collègues pour les convaincre de voter pour vous ?

Il y avait plusieurs axes qui étaient très importants pour nous. Déjà, face à une direction qui décide seule et ne nous consulte pas, il y avait un enjeu à montrer qu’on ne se laisserait pas faire face à ce mépris. On pense que la vie de l’usine concerne en premier lieu les salariés. Nous connaissons nos machines, nous devons être entendus ! À cela s’ajoute la situation économique avec l’inflation qui touche toute la société. Dans ce contexte, nos salaires n’avancent pas et nos conditions de travail empirent, c’est donc un axe central pour nous la question des salaires.

Aussi, on se bat pour la régularisation des intérimaires. Et comme on les considère, les intérimaires se sont sentie impliqués dans ces élections. Même chez ceux qui ne peuvent pas voter, on en a vu certains demander aux CDI d’aller voter. C’est quelque chose de nouveau et qui montre leur implication malgré la précarité de leur statut.

Et pour finir, on ne se limite pas à lutter pour des revendications salariales mais aussi contre les discriminations dans l’usine. Une partie de nos collègues connaissent le racisme jusque dans l’entreprise. L’un d’entre eux, qui aujourd’hui est élu à nos côtés, a découvert un matin dans son casier des insultes à caractère raciste et sexiste. On avait décidé de dénoncer fermement en faisant un un tract en solidarité avec lui. Pour nous, c’était inconcevable de laisser ces actes passer sans réponse. Le racisme et le sexisme, qui contribuent à nous diviser, n’ont pas leur place dans l’usine !

RP : Airbus annonce un carnet de commandes déjà bien rempli pour 2027, ce qui implique une augmentation des cadences et une aggravation des conditions de travail dans le secteur, et tout ça dans un contexte de possible récession en France. Comment est-ce que la CGT AHG se prépare à affronter cette situation ?

On va continuer à défendre un syndicalisme de lutte. Comme je l’ai dit, on est un jeune syndicat avec encore peu de syndiqués, mais avec notre nombre, nous avons réussi beaucoup de choses. L’aéronautique est un secteur ultra-divisé entre sous-traitants et donneurs d’ordre, mais aussi à l’intérieur des usines entre CDI, CDD et intérimaires. Nous voulons unifier les luttes de ceux et celles qui travaillent dans la sous-traitance avec celles des donneurs d’ordres, pas juste sur la question des salaires mais aussi des conditions de travail, de santé et de discriminations.

Pour nous, la clé, c’est de construire des cadres de discussion et de décision démocratique où les salariés construisent le rapport de force contre le patronat de l’aéronautique et contre le gouvernement qui cherchent à toujours plus nous exploiter. Nous n’avons pas peur de défendre nos collègues face à la direction. Nous voulons construire un syndicat de lutte, en solidarité avec les autres luttes ouvrières, mais aussi féministes et anti-racistes en dedans et en dehors de l’usine !

RP : Un dernier mot ?

Oui, je tiens aussi à souhaiter bon courage aux camarades qui comme nous ont leurs élections en cette fin d’année, comme ceux de la CGT Airbus par exemple qui auront leurs élections en novembre et sont en train de faire un vrai travail pour que les salariés aient leur mot à dire face au patron qui fait passer ses attaques en s’appuyant sur des syndicats pro-patronaux comme FO-Airbus. On espère qu’à notre petite échelle, nos résultats envoient de l’espoir aux collègues du secteur, car même si on travaille dans des boîtes différentes, on fait tous face à la même politique d’Airbus et de l’Etat !


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