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Politique anti-immigration

Mayotte : l’opération d’expulsions massives et de destruction des bidonvilles de Darmanin se prépare

L’opération de destruction massive des bidonvilles et d’expulsions sur l’île de Mayotte, orchestrée par Darmanin, se prépare avec l’envoi de nouvelles unités spéciales de police. Un saut dans la gestion coloniale de l’île qui se veut une vitrine pour la politique anti-immigration du gouvernement.

Maëva Amir

9 avril 2023

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L’opération « Wuambushu » aura bien lieu à Mayotte probablement aux alentours du 22 avril. Révélée par le Canard Enchaîné en février dernier, cette opération violemment xénophobe, aux allures militaires, pilotée par le ministre de l’Intérieur et des Outre-Mer Gérald Darmanin, devrait durer deux mois. L’objectif sera d’une part d’expulser plus de 250 étrangers par jour en majorité des comoriens pour les envoyer vers Anjouan. D’autre part, de mener une vaste opération de « décasage » c’est-à-dire de destruction massive d’environ 10% de l’habitat informel de l’île. Cette opération prévoit le déplacement forcé d’environ 17 000 personnes d’ici le mois de juin pour une île qui compte environ 300 000 habitants.

Une vaste opération de « décasage » et d’expulsions en préparation sur l’île

Même si l’opération n’a pas encore été officiellement annoncée par le gouvernement, elle semble déjà se préparer sur place comme en témoigne les unités de police spéciales qui ont commencé à être mobilisées depuis la métropole. En plus des centaines de gendarmes et policiers mobilisés, la compagnie CRS 8, unité créée spécialement par Darmanin pour réprimer dans les banlieues, est attendue pour mener l’opération. Des équipes de l’ERIS, unités d’intervention des administrations pénitentiaires, seront également mobilisées, sans doute pour réprimer toute tentative de rébellion, notamment dans la prison de Majicavo dans laquelle le taux d’occupation atteint les 210% du fait de la chasse aux sans-papiers qui a cours sur l’île.

Mais la préparation de cette violente opération est aussi remarquée par la population, inquiète. Dans l’éducation notamment, Laura*, enseignante dans un lycée à Mayotte témoigne pour Révolution Permanente de la préparation de l’opération sur place : « Les profs sont prévenus par leur hiérarchie qu’il faut s’attendre à ce que certains élèves ‘disparaissent’ des classes. » Elle poursuit « Les contrôles par la police se sont accélérés, notamment dans les bus scolaires où ils contrôlent des élèves. L’opération va commencer pendant les vacances sans doute pour que les établissements scolaires ne puissent pas ralentir les procédures, car un jeune scolarisé n’est pas expulsable. »

Djamila* étudiante d’origine comorienne ayant vécue à Mayotte insiste sur l’horreur de l’opération qui se prépare : « Des maisons ont été marquées, on fait savoir aux gens que l’opération aura lieu à la fin du mois du ramadan. Les étrangers, dont certains sont mes proches, savent qu’ils vont expulser massivement. C’est une opération violente qui se prépare. »

D’autres voix témoignent de leur inquiétude face à l’ampleur de l’opération. 170 professionnels de santé ont signé une tribune pour alerter sur les risques sanitaires liés à une telle opération. La section régionale du syndicat de la magistrature dénonçait également en février dernier dans un communiqué, l’instrumentalisation politique derrière cette opération et « l’amalgame entre immigration et délinquance ».

L’opération se prépare aussi idéologiquement avec une avalanche de discours xénophobes et anti-comoriens des élus mahorais qui réclament des moyens pour davantage de répression et demandent déjà la poursuite de l’opération au-delà des dates annoncées. C’est le cas de Mansour Kamardine, député les Républicains qui insiste sur la nécessité d’accélérer l’opération pour se « débarrasser des bandes de barbares ».

Une vitrine et un laboratoire pour la politique anti-immigration du gouvernement

L’opération « Wuambushu » témoigne du traitement d’exception colonial réservé à Mayotte et de la politique xénophobe anti-comoriens menées par la France. Les personnes en situation irrégulière en majorité comorienne, y compris mineures, sont traitées comme du bétail, harcelées par la police et entassées dans des centre de rétention administratives.

Loin de résoudre la situation de l’Île, l’opération de Darmanin viendra sans aucun doute aggraver une situation sociale déjà dramatique. En effet, 77% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Dans une telle situation, la France et les élites locales utilisent l’immigration comorienne comme bouc-émissaire.

Pourtant, le premier responsable de la production de ce « flux migratoire structurel vers l’île de Mayotte » et de la situation sociale c’est l’État colonial français qui cherche à conserver ses intérêts géostratégiques dans la région. Une politique qui perdure notamment depuis l’annexion de Mayotte suite au référendum organisé par l’État français en 1974, que même l’ONU avait contesté. La politique xénophobe ouvertement anti-comorienne menée par l’État français et relayée avec zèle par les élus locaux mahorais sert en dernière instance à légitimer cette annexion coloniale.

Après avoir été contraints de reporter leur projet de loi immigration face à la mobilisation contre la réforme des retraites, ce qui se joue pour Darmanin dans cette opération, c’est bien de faire de Mayotte une vitrine mais aussi un laboratoire de sa politique migratoire xénophobe et répressive. Djamaldine Djabiri, représentant du syndicat de police SGP-Police résume bien les enjeux du point de vue de ceux qui orchestrent ce désastre : « L’opération Wuambushu est une expérimentation qui montrera que la lutte contre l’immigration clandestine est avant tout une question de moyen ». En clair, cette opération servira à légitimer des moyens exorbitants pour la répression et servira de laboratoire pour les politiques anti-immigration du gouvernement.

Dans ce contexte, il est urgent de dénoncer ce projet et d’exiger le retrait définitif de tous les projets racistes et colonialistes du gouvernement.

*Les prénoms ont été modifiés.


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