^

Politique

Répression

Liberté d’expression ? Garde à vue pour la gérante d’un escape game où l’on peut "tuer Macron"

A Toulouse, la gérante d'un escape game dans lequel on peut « tuer Macron » a écopé de 7 heures de garde à vue. Un événement révélateur du deux poids deux mesures alors que le gouvernement se présente en champion de la défense de la "liberté d'expression".

mercredi 28 octobre

Crédits photo : Guillaume HORCAJUELO/AFP

Camille, la gérante de la salle d’escape game Arkanes dans le centre-ville de Toulouse, a été libérée hier soir, après avoir été entendue et retenue en garde-à-vue le matin même pour « provocation non suivie d’effet au crime ou délit par parole, image ou voie électronique ». Cette arrestation fait suite à une polémique qui avait éclatée il y a deux semaines concernant un scénario d’escape game mettant en scène Macron. S’intitulant « Kidnapping Présidentiel », la salle proposait depuis plus d’un an aux participants de retrouver le président kidnappé par un groupe d’ « anarchistes radicaux », au travers d’énigmes autour de l’actualité politique : le coffre de Benalla, l’affaire François Fillon… Les participants avaient pour tâche de le retrouver et de décider de son sort : le libérer, l’envoyer prison, ou le tuer, ce qui a fait grincer des dents, notamment les grands médias à la botte du gouvernement

Le thème de cet escape game avait connu un retentissement médiatique il y a deux semaines après avoir été le sujet d’un article de La Dépêche du Midi. Il avait alors été reprit et qualifié de « choquant » dans de nombreux journaux, a déclenché de nombreux débats sur les réseaux sociaux et a été le sujet de deux émissions de télé sur LCI et Cnews, où Camille a été invitée. Accusée alors sur les plateaux télés d’outrage et d’incitation à la haine envers le chef de l’État, et face aux différentes demandes de fermeture de la salle de jeu la gérante a toujours défendu « son droit à la caricature » et « sa liberté d’expression ». Ce thème autour d’Emmanuel Macron « amène peut-être à un questionnement sur le rapport entre le monde politique et judiciaire, une justice à laquelle beaucoup ne croient plus » expliquait-t-elle sur LCI en relevant les exemples des affaires Balkany et Cahuzac.

La salle ayant été fermée pour raison sanitaire, elle devait rouvrir lundi avec un nouveau thème ironique « désolés, on a déconné… Réssucitez le président » à l’occasion d’Halloween. Mais c’est alors qu’elle reçoit sa convocation pour le commissariat de Toulouse et qu’elle apprend être poursuivit pour « provocation non suivie d’effet au crime ou délit par parole, image ou voie électronique ». Elle sera auditionnée durant sept heures et placée en garde-à-vue. Libérée le soir même, le magistrat indique que « L’enquête va continuer et, en conséquence, il n’y a pas de poursuite à ce stade ». Elle pourrait alors être convoquée à nouveau.

Bonjour chers détectives. L'heure est grave et drôle mais grave mais surtout drôle.

Le thème de la salle KIDNAPPING...

Publiée par Arkanes : Live Escape sur Mercredi 28 octobre 2020

Alors que depuis l’attentat de Samuel Paty, l’ensemble de la classe politique prétend défendre la liberté d’expression, avec des mesures annoncées pour la rentrée dans les écoles et des temps de discussion pour « réaffirmer les principes de l’école et de la République » avec la liberté d’expression comme le premier de ces principes, on voit la volonté de l’exécutif de museler tout discours contradictoire ou satyrique vis-à-vis de l’exécutif. Cette affaire d’escape game à Toulouse, n’est qu’un exemple de l’offensive sécuritaire menée par le ministère de l’intérieur, qui renforce le dispositif « Pharos », dissout des associations comme Ummah Charity ou BarakaCity, et mène des perquisitions chez des militants anti-racistes, avec comme premier objectif de faire taire toute opposition à la politique du gouvernement.




Mots-clés

Macronisme   /    Emmanuel Macron   /    Répression   /    Politique