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Genres et sexualités

Education sexuelle

LGBTphobie : Macron contre l’évocation des questions d’orientation sexuelle à l’école

Interviewé par Brut vendredi 8 avril, Macron a pris position contre le fait d’aborder la question de l’orientation sexuelle à l’école primaire. Un message clair adressé au secteur conservateur de son électorat, qui rappelle de quel côté se situe le Président sortant.

lundi 11 avril

Crédit photo : Capture d’écran vidéo Brut

Vendredi dernier, à peine deux jours avant le premier tour des élections, Macron était l’invité du média en ligne Brut. Lors d’une interview de près de deux heures, il a abordé plusieurs sujets, dont la question de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre à l’école. Concrètement la question qui lui a été posée était la suivante : « êtes-vous favorable à l’idée que les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre soient traitées au sein de l’école de la République et si oui, à quel âge ? »

La réponse de Macron a été catégorique : « Je ne suis pas favorable à ce que cela soit traité à l’école primaire. Je pense que c’est beaucoup trop tôt. Je suis sceptique sur le collège, mais ma position n’est pas arrêtée ». Afin d’expliquer sa position, Macron tente de se justifier sur la base de plusieurs confusions. Pour commencer, il affirme que « en CE2 CM1, on ne fait pas de cours d’éducation sexuelle ». Cette affirmation est fausse, puisque la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception prévoit des cours d’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées. Si ces derniers sont rarement donnés, c’est parce que la loi, déjà insuffisante, n’est pas appliquée comme l’a montré une enquête de #NousToutes en décembre 2021, affirmant les élèves reçoivent en moyenne 13 % du nombre de séances qui leur sont dues d’après la loi, en raison d’un manque cruel de moyens...

Mais Macron va plus loin, révélant le fond de pensée, en expliquant : « je pense qu’il faut d’abord faire ses cours-là [d’éducation sexuelle] et après les questions de genre et d’orientation, qui sont des vrais sujets sensibles ». Une fausse distinction entre cours d’éducation sexuelle et questions d’orientation sexuelle, qui n’est en rien un hasard. Elle rejoint en effet l’idée conservatrice et réactionnaire selon laquelle l’éducation sexuelle devrait simplement se concentrer sur les questions reproductives. Un clin d’oeil aux théories les plus réactionnaires, véhiculées par des candidats comme Zemmour qui a fait de l’expulsion des « militants LGBT » de l’école un de ses thèmes de campagne. Avec sa réponse, Macron s’adresse au secteur le plus conservateur de son électorat, celui qui peut adhérer aux paniques concernant la « théorie du genre », enseignée à l’école pour orienter la sexualité des enfants.

Un discours réactionnaire qui ne fait rien d’autre que de renforcer la LGBTIphobie et invisibiliser davantage la communauté LGBT, aggravant ainsi l’énorme violence et stigmatisation qu’elle subit. À cet égard, il est crucial de dénoncer le mal-être des jeunes LGBTQI+ qui continue de détruire la jeunesse, comme en témoigne le suicide de Dinah, 14 ans, après deux ans de violences lesbophobes, ou celui de Fouad, 17 ans, après des humiliations transphobes. A l’inverse de ce discours réactionnaire, ce sont des moyens à la hauteur pour une véritable éducation sexuelle dès le plus jeune âge, condition pour apprendre aux enfants et adolescents à connaître et prendre soin de leurs corps et leur permettre de s’émanciper, qu’il faut revendiquer.

Dans le contexte du second tour de l’élection présidentielle où Macron tente à nouveau de se poser en barrage face à l’extrême droite, son positionnement réactionnaire sur les questions LGBT montre à nouveau l’importance de refuser l’alternative réactionnaire Le Pen / Macron. Face aux pressiosn contre leurs droits, il est vital que le mouvement des femmes et des LGBTI s’organisent de manière indépendante et reprennent les rues, pas seulement pour empêcher l’avancée contre nos droits et lutter pour leur extension, mais pour lutter pour la construction d’un monde dans lequel nos vies ne sont pas assujetties et contrôlées par les intérêts du capitalisme et où nous pouvons jouir pleinement de nos sexualités et de nos désirs



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