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Harcèlement au CH de Valence : « La détresse morale a été balayée d’un revers de main »

Depuis des semaines, des cas de harcèlement moral de la part d’une cadre sont dénoncés par des agents du centre hospitalier de Valence. Nous avons interviewé un.e des travailleur.se.s engagé.e.s dans la lutte.

mercredi 12 mai

Le 16 avril dernier, nous publiions sur Révolution Permanente un article concernant des cas de harcèlement moral de la part d’une cadre d’une unité de soins de longue durée gériatrique au centre hospitalier de Valence. Nous avons rencontré E*, travailleu.r.se de l’hôpital, qui a accepté de répondre à nos questions.

Révolution Permanente : Bonjour E. Depuis plusieurs mois maintenant, plusieurs cas de harcèlement moral ont été dénoncés au CH de Valence. Peux-tu revenir sur les faits et leur chronologie ?

E : La mobilisation de plusieurs agents depuis l’été dernier, accompagnés de la CGT, avait permis de faire remonter des faits graves, imputables une cadre de santé ; intimidation, persécution des agents, humiliation dans le cadre d’entretien individuels, réflexions sur la vie privée de ces agents, et mise en place d’un système basé sur la dénonciation des moindres faits et gestes de certains pendant que d’autres sont avantagés en fonction de leurs participation à ce système. Tous ces éléments ont pu être rapportés à la direction de l’hôpital, qui s’était vue forcée de mener une enquête conjointe avec le syndicat, suite à un CHSCT extraordinaire demandé par les syndicats prenant partie dans cette affaire et dans lequel un danger grave et imminent avait été posé (DGI), signé par la CGT et Sud Santé.

Cette même enquête qui se traduisait par des témoignages écrits de la part des anciens agents ou des agents encore présents dans cette unité de soins, dont une trentaine faisait cas du management délétère voir du harcèlement moral exercé, et ce depuis plusieurs années. Suite à cela une commission de discipline a été organisée afin que cette personne puisse être jugée sur les éléments qui ressortaient de cette enquête.

RP : Les agents et la CGT remettent en cause le déroulé de cette commission de discipline. Peux-tu nous en dire plus ?

E : En effet le 25 mars, date de la commission de discipline, une journée de grève et une mobilisation à l’initiative de la CGT et à laquelle Sud Santé a pris part, avait été organisée afin de dénoncer la mascarade qui avait lieu ce jour-là.

En effet il s’agissait d’une commission de discipline pour laquelle la direction ne demandait aucune sanction en amont, ce qui est une première et qui contraste avec les commissions de disciplines d’autres agents tout corps de métier confondus pour des faits bien moins graves et pour lesquels les sanctions ont été sans appel : direction la porte !

Cette commission de discipline qui s’apparentait plus à une simple tape sur l’épaule pour cette cadre, afin de lui rappeler son comportement zélé, ne prenait en aucun cas compte de la parole des victimes. Aucune d’entre elles ne fut convoquée afin de faire part de leur vécu, ce qui là aussi contraste avec la prise en compte de la parole des agents pro cadre, ou même de chefs de services ou de cadres qui se sont mobilisés afin de défendre le soldat de la direction en danger.

Eux ont été reçus à plusieurs reprises dans les bureaux de la direction, au préalable de la commission de discipline, notamment pendant l’enquête, et qui était également présent devant les bureaux administratifs, le 25 mars, jusque tard le soir (23h) afin de négocier une sanction moindre pour leurs protéger. La CGT ne pouvant pas siéger le jour de la commission de discipline, elle non plus n’a pas pu faire part de son avis.

RP : La CGT a été en partie mis de côté lors de cette commission de discipline. Quel a été la position des autres syndicats présent à l’hôpital ?

E : N’étaient présents au niveau syndical que la CFDT et FO, ces mêmes syndicats qui comptent en leurs seins de nombreux cadres et qui avaient pour leurs part refusé la signature du danger grave et imminent proposé par la CGT lors de l’explosion de cette affaire. Ce comportement qui montre le camp choisi par ces syndicats ne s’en arrêtera pas là, puisque à la suite de la commission de discipline il n’y a aucune communication de leurs parts sur l’avis qu’ils avaient pu rendre au cours de celle-ci. Et nous allons très vite comprendre pourquoi un tel silence.

Il aura fallu un mois jour pour jour pour que fuitent les premières informations, concernant l’avis de la commission et la décision du directeur. La cadre sera bien sanctionné par 3 mois de mise à pied sans solde et 3 mois de sursis, de mise à pied en cas de nouveaux problème la concernant. Le plus étonnant dans tous cela c’est que l’avis de la commission de discipline était plus clément. Les syndicats qui soi-disant font de la protection des agents en danger, une priorité, n’ont réclamé que trois jours de mise à pied… Ce qui nous mène à nous poser de nombreuses questions les concernant : sur leurs sérieux concernant l’étude des dossiers pour des commissions de disciplines (celui-ci était peut-être trop imposant pour une lecture approfondie des faits) ou bien sont-ils des syndicats corporatistes cadres qui les composent en majorités et qui aurait fait pression sur les dirigeants syndicaux, de la CFDT et de FO, de l’hôpital de Valence ? Il s’en est fallu de peu pour qu’ils demandent une protection pour cette cadre ...

La sanction définitive de la direction ne fait guère d’illusion sur la volonté d’étouffer au mieux cette affaire afin d’en éviter le maximum d’éclaboussures médiatiques ou pénales. Le directeur de l’établissement étant déjà mêlé à une affaire d’harcèlement qu’il aurait couvert, dans son précédent emploi de directeur à l’hôpital de Soisson.

Le mépris des victimes et du personnel soignant ne passe pas uniquement par une sanction minime (cette personne conservera son statut de cadre) au vue des faits reprochés en comparaison avec des sanctions prise pour d’autres agents pour des faits bien moins grave. Cela passe également par une absence de communication auprès des victimes qui n’auront comme simple retour que des bruits de couloirs qui s’intensifient au fil des jours. La détresse morale et la volonté d’être reconnue comme victime a été balayée d’un revers de main, n’étant pas une priorité pour la direction.

RP : Face à ce mépris, comment envisagez-vous la suite ?

E : Afin de répondre à ce mépris des syndicats de cadres et celui de la direction, il est important que le personnel soignant construise une mobilisation plus large, car ce cas n’est pas isolé et concerne d’autres services

Le management délétère n’étant pas anodin, il est en lien direct avec la situation de l’hôpital public et notamment celui de Valence qui est dans une situation de plan de redressement, suite à un déficit des plusieurs millions d’euros.

Les directions encouragent les cadres supérieur et cadre de service à exercer un management de plus en plus intrusif et délétère pour les agents, car au vue de la pénurie de soignants, des restrictions budgétaires et de la situation sanitaire il est donc indispensable de faire plus avec toujours moins.

Les mobilisations futures ne se feront que par la communication entre les services afin que tous se rendent compte du côté non individuel des problématiques rencontrés et doit également touché la population en tant que potentiel patient de ces services ou le personnels y est mal traité. Dans les prochaines semaines, un préavis de grève va être déposé et nous prévoyons des actions conjointes que nous espérons les plus massives possibles. Notre santé vaut bien plus que leurs profits !

*Le prénom a été modifié

Propos recueillis par Julian Vadis




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