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Plutôt jaunes que rouges

Fac du Mirail : l’UEC condamne la mobilisation aux côtés du gouvernement et de l’extrême droite

Depuis quelques jours, l’Union des Étudiants Communistes de Toulouse est parti en campagne et écume les journaux régionaux et les plateaux télé. Pour demander plus fort le retrait de la réforme ? Non, pour condamner le mouvement en cours à l’université du Mirail-Jean Jaurès ! A l’heure où Macron rêve de 100 jours d’apaisement, l’UEC « appelle au calme sur le campus du Mirail ».

Le Poing Levé Mirail

20 avril 2023

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Fac du Mirail : l'UEC condamne la mobilisation aux côtés du gouvernement et de l'extrême droite

RMC, BFM TV, La Dépêche, France 3, Le Parisien, le Figaro, les médias capitalistes sont trop heureux de pouvoir s’appuyer sur une organisation étudiante qui répudie le mouvement en cours. Dans ces articles, difficile de faire la part entre les communications de la présidence, les commentaires de la rédaction et les citations de l’UEC qui évoque une « chapelle sixtine des gauchistes », tout converge pour décrédibiliser le mouvement : accusations de pillage, de dégradation, de fainéantise. Tous les classiques des réactionnaires y sont !

L’UEC, dont la contribution au mouvement depuis janvier est inversement proportionnelle à ses efforts pour le briser et le traîner dans la boue, appuie sa rhétorique sur deux points. Un « changement des revendications », autour de la question du 10 améliorable, et les « dégradations ». Cette question du 10 améliorable dérange l’UEC, car elle remet en cause la méritocratie et la sélection qui règnent à l’université. Comme l’a bien expliqué un enseignant précaire lors de l’AG du Mirail (que l’UEC boycotte depuis des semaines), les présidences d’universités et le ministère ne sont pas violemment contre le 10 améliorable uniquement pour des questions de note, mais bien parce que, le temps d’un semestre, la sélection n’aura plus cours. Or, il faut bien virer son quota de L1 pour qu’il y ait assez de place en L2 (et ainsi de suite) car la précarité imposée à l’université ne permet pas qu’il y ait assez de chaise pour tout le monde dans les cours !

En bon appendice des présidences, l’UEC s’élève donc bruyamment contre le 10 améliorable, revendication historique du mouvement étudiant, reprenant les arguments de la présidence au prétexte que les tribunaux (aux ordres des présidences et du gouvernement) cassent ces décisions. Pour l’UEC, toute revendication que les tribunaux de classe n’acceptent pas est nul et non avenue !

Or, si l’UEC affirme « qu’un noyau de militants pour la plupart non syndiqués ou encartés a fait passer au premier plan la lutte pour le 10 améliorable, faisant passer au second plan la lutte contre la réforme des retraites », ce sont des centaines d’étudiants qui ont porté cette revendication en assemblée générale comme une continuité logique de leur combat. Il n’y a que l’UEC pour faire semblant de croire que des étudiants qui devraient, à côté de leur job, se consacrer pendant deux semaines à leur partiel, pourraient continuer à se mobiliser. De la sorte, l’UEC enterre la lutte contre la réforme des retraites, pour appeler à un retour à la normale, au calme, et de fait à l’arrêt du mouvement.

L’UEC : pire que la CFDT mais pas encore aussi bien que Roussel

L’UEC toulousaine profite de la campagne médiatique contre les occupations d’université (à Caen, à Bordeaux, à Aix-Marseille) pour prendre sa place dans un arc qui va du PCF à l’extrême droite, en passant par les macronistes et les présidences d’université. Ainsi, dans un même paragraphe du torchon de France 3 consacré à la mobilisation, on trouve cités pêle-mêle l’UEC et « des membres du groupe identitaire Furie Française », un groupuscule d’extrême-droite portant les mêmes revendications.

Comme aile gauche de cette alliance du « travail, de l’ordre et du progrès », comme on dit désormais, l’UEC insiste sur le maintien des revendications au seul retrait de la réforme. Pourtant, partout dans le pays, pas seulement dans les universités, le mouvement tend depuis longtemps à déborder largement cette revendication : retraite à 60 ans, augmentation des salaires, rejet général du macronisme et même du régime de la 5ème République. Depuis l’annonce du 49.3, du côté des facs ce sont des centaines de jeunes qui se sont réunis dans les assemblées générales, dans la rue, déterminés à se battre contre la réforme des retraites et le projet d’ensemble du gouvernement pour la jeunesse et les travailleurs.

Comme ont répondu les étudiants du Comité de mobilisation et Le Poing Levé dans un communiqué « c’est le même Macron qui veut nous faire travailler jusqu’à 64 ans qui précarise dans les facs avec Parcoursup ou Trouve ton master ». Une logique face à laquelle l’intersyndicale dirigée par Laurent Berger n’a fait que freiner des quatre fers. Après avoir bridé le mouvement dans des journées isolées (dont Laurent Berger avoue désormais lui-même qu’elles ne permettront pas de gagner), celle-ci prépare doucement la fin du mouvement.

L’UEC se fait donc le relais de cette politique dans les universités, une ligne qui n’a pas bien pris dans la jeunesse mobilisée, mais qui marche beaucoup mieux sur BFM et sur RMC.

Massifier ou dénoncer les étudiants mobilisés ?

L’UEC justifie de hurler avec les loups et de remettre les jeunes la tête dans les partiels, au nom des efforts pour mobiliser massivement la jeunesse. Des prétextes fallacieux, car l’UEC a été largement invisible sur l’université du Mirail, n’a pas participé aux diffusions de tracts des étudiants mobilisés, n’a pas tourné pendant de longues semaines dans les salles de cours pour convaincre les étudiants. En réalité, l’UEC cherche surtout à faire sa com’ par tous les moyens, et cela marche mieux en relayant les appels au calme du gouvernement sur les plateaux télé.

Pour cela, ils sont prêts à appuyer le discours des médias qui n’ont pas arrêté d’expliquer aux jeunes qu’ils n’étaient pas concernés par la réforme et qu’ils n’avaient rien à faire dans la rue : « passe ton bac (ta licence, ton master, ton apprentissage) d’abord ! » Ainsi, sur RMC, le représentant de l’UEC se bidonne avec Apolline de Malherbe quand celle-ci estime que « la lutte contre la réforme des retraites n’était qu’un prétexte visiblement pour ceux qui vous ont dépassé ».

A l’inverse, les étudiants n’ont pas découvert les visages des militants du Poing Levé sur les plateaux télé, mais dans leur cours, sur les campus, dans les assemblées générales. Nous militons inlassablement pour construire le mouvement étudiant le plus massif possible, parce que nous savons que la massivité permet à la jeunesse et aux travailleurs de prendre conscience de leur force et d’aller plus loin dans leurs revendications. C’est ainsi que nous intervenons dans les médias pour batailler face aux Apolline de Malherbe, pour dénoncer les violences policières, et revendiquer une stratégie à la hauteur de la colère… pas pour dénoncer les étudiants mobilisés.

L’UEC défend une massivité domestiquée, pacifiée, aux ordres des dirigeants syndicaux nationaux comme Laurent Berger et des limites fixées par le gouvernement, les préfets et les tribunaux. C’est pour ça que, tout en dénonçant des AGs plus réduites que par le passé afin de justifier sa position, l’UEC s’est toujours opposée au blocage, par exemple en 2018, alors que plusieurs milliers d’étudiants se pressaient pour voter de telles actions.

C’est également pour cela que lorsque l’assemblée générale interfacs toulousaine a voté de prendre la tête de la manifestation pour casser la routine des directions syndicales, les militants de l’UEC s’y sont refusés, organisant un cortège derrière aux côtés de la CGT Sela. Ce jour-là, plusieurs milliers de jeunes ont pris la tête, montrant une détermination importante et envoyant un message aux travailleurs.

« Nous n’avons pas peur de passer pour un syndicat jaune qui trahit la cause » affirme à la Dépêche, le président local de l’UEC. Tant mieux pour lui car c’est effectivement ce qui est en train de se passer. Du côté du Poing Levé, nous continuons à nous organiser pour une mobilisation étudiante large et pour soutenir les travailleurs. A l’heure où la colère contre Macron reste explosive, comme l’ont montré les scènes en Alsace ou dans l’Hérault, il est possible de gagner !


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