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Xénophobie

Fabien Roussel et la loi immigration : une position scandaleuse, révélatrice des ambiguïtés de l’ex-NUPES

Invité à Sud Radio, le chef du PCF a laissé la porte ouverte à une abstention sur la loi immigration. Une position accompagnée de sorties réactionnaires sur le « racisme anti-blanc », qui révèle plus largement les ambigüités de l'ex-NUPES face au texte.

Raji Samuthiram

6 décembre 2023

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Fabien Roussel et la loi immigration : une position scandaleuse, révélatrice des ambiguïtés de l'ex-NUPES

Crédit photo : Capture d’écran, Sud Radio

La commission des lois a rendu dans la nuit du 1er au 2 décembre sa version de la loi immigration qu’elle examinait depuis le 27 novembre. Si le nouveau texte nuance ou renvient sur certaines dispositions introduites par la majorité sénatoriale des Républicains, il constitue toujours une attaque de très grande ampleur contre les étrangers. Cette version sera examinée en séance à partir du 11 décembre, pour une adoption prévue, sauf rebondissement du calendrier parlementaire, entre la fin de l’année et le début de l’année 2024.

Le PCF prêt à s’abstenir sur un texte raciste : Roussel valide le mythe d’une loi équilibrée

Reçu mardi matin à Sud Radio, le chef du PCF Fabien Roussel a tergiversé sur la position de son parti sur la loi immigration, texte d’une brutalité historique à l’encontre des étrangers. « Il y a eu un gros travail fait par les collègues en commission pour corriger le texte du Sénat. Celui qui revient dans l’hémicycle est à peu près celui qui avait été présenté par le gouvernement. Ce que nous voulons, nous, c’est l’améliorer », a-t-il déclaré. « Aujourd’hui, vous ne me dites pas, “Nous voterons contre” » a insisté Jean-Jacques Bourdin. Refusant de se positionner, Roussel a appelé plutôt au « dialogue » avec la majorité afin « d’améliorer » son texte.

Une position scandaleuse qui en dit long sur les ambiguïtés du PCF vis-à-vis d’un texte revendiqué par Gérald Darmanin comme « le texte le plus ferme avec les mesures les plus dures depuis ces trente dernières années ». En appelant au dialogue avec un gouvernement, le PCF laisse entendre qu’il serait possible de négocier le texte, dont les collectifs de sans-papiers demandent le retrait, et qui s’inscrit dans la continuité de la répression des révoltes de juillet, de l’interdiction des abayas dans les écoles à la rentrée et du discours réactionnaire omniprésent depuis le début de la guerre en Palestine.

Si le porte-parole du groupe communiste Pierre Dharréville a précisé que Roussel n’a pas cautionné l’abstention, mais a plutôt « estimé que la position du groupe n’était pas définie à partir du moment où on n’a pas eu d’échanges après la commission », la position part dans tous les cas du principe que la loi immigration du gouvernement, serait amendable ou améliorable. Cette position ne date pas d’hier. Le chef du PC avait, en septembre, signé aux côtés de figures du PS et d’EELV la tribune impulsée par le macroniste Sacha Houlié pour appeler à la préservation du fameux article 3. Le texte prévoit aussi de conditionner la délivrance des visas pour entrer en France à l’obtention des laissez-passer consulaires nécessaires pour les expulsions, une mesure qui devrait satisfaire Roussel qui a affirmé que le pays avait «  plus un problème de créer les conditions pour expulser [les personnes en situation irrégulière] que de les rendre expulsables.  »

Une position contradictoire avec la stratégie de « bataille culturelle » de l’ex-NUPES ?

A première vue, ces positions semblent contradictoires avec la position affichées par les organisations de l’ex-NUPES, qui ont annoncé ces derniers jours leur volonté de mener la « bataille culturelle » contre la loi xénophobe. Quelques mois après avoir soutenu l’idée insensée que le texte pouvait avoir un aspect progressiste, le choix (prévisible) de Darmanin de chercher un compromis avec la droite a écarté toute possibilité de soutenir ouvertement la loi, conduisant l’ensemble de la gauche institutionnelle à adopter un discours de « barrage » à la loi, comme exprimé lors du meeting commun organisé lundi dernier.

Pourtant, derrière les mots d’ordre qui insistent sur l’opposition au texte, la réalité demeure plus ambigüe, en phase avec une partie des déclarations de Roussel. Plusieurs mois après avoir signé la tribune dénoncée par les insoumis sur le volet « métiers en tension », le PCF, le PS et EELV semblent loin d’avoir abandonné l’idée d’améliorer le texte. A ce titre, les différents partis de la défunte Nupes n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur le contenu des amendements à déposer en commission, LFI cherchant par exemple à introduire des régularisations pour tout travailleur, étudiant, et parent d’enfant scolarisé tandis que le PS proposait plutôt d’élargir le champ des métiers concernés par le nouveau titre de l’article 3. Une logique d’amendement du texte et un refus de réclamer son retrait qui laisse le champ libre aux sorties honteuses de Roussel.

Si du côté des Insoumis, l’opposition au texte est plus affirmée, elle va de pair elle aussi avec des ambigüités, à l’image de la position de la FI en commission des lois, consistant « à détruire ce que le Sénat a déposé » pour « revenir à un texte discutable » selon l’insoumis Andy Kerbrat. De quoi laisser le champ libre là aussi à des amendements d’un projet pourtant xénophobe de bout en bout, et aux positions de députés LFI comme Ruffin qui se positionnait en septembre dernier en faveur d’expulsions des personnes déboutés du droit d’asile « plus ciblées » et « plus effectives ».

A rebours de toute logique de compromis avec l’agenda xénophobe du gouvernement la lutte contre la loi immigration implique de commencer par exiger son retrait et construire dans la rue un rapport de forces pour espérer empêcher le passage de ce texte. Il n’y a rien à attendre de l’exécutif ou de la droite qui se félicite d’un texte plus dur que prévu. A l’heure où l’extrême droite reprend confiance dans un climat réactionnaire nourri par la rhétorique de la classe politique, les directions du mouvement ouvrier doivent eux aussi rompre avec toute illusion avec le « dialogue social » et proposer un plan de bataille qui soit réellement en capacité de mettre en échec les avancées autoritaires du gouvernement.


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