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Réouverture le 19

Déconfinement. La France emboîte le pas du Royaume-Uni malgré le spectre du variant indien

La France profite d’une relative amélioration de la situation sanitaire pour rouvrir les terrasses des bars et des restaurants sans pour autant accélérer sa stratégie vaccinale ou même instaurer une véritable stratégie de prévention. Les plans du gouvernement pourraient d’autant plus être contrariés que le variant indien, déjà présent sous la forme de clusters au Royaume-Uni a fait son apparition en France.

lundi 17 mai

Crédits photo : Keystone/EPA/Andy Rain

Jean Castex, qui semble totalement ignorer la situation sanitaire outre-mer, déclarait dans un entretien pour le Parisien publié le 10 mai : « Nous sommes enfin en train de sortir durablement de cette crise sanitaire ». En effet, selon Santé publique France, la semaine du 16 mai a été marquée par « l’amélioration de l’ensemble des indicateurs épidémiologiques s’est poursuivie, mais la circulation du virus reste toujours soutenue sur l’ensemble du territoire métropolitain ». Toujours selon Santé publique France, la pression hospitalière demeure très forte notamment dans les services de soins critiques et ce dans la majorité des régions. Pour cause, l’organisation invite à la plus grande vigilance au vu de l’assouplissement des mesures annoncé par le gouvernement.

En effet, on observe une certaine accalmie au niveau des contaminations ces dernières semaines qui se traduit par le passage du nombre de patients hospitalisés en réanimation sous la barre des 4900. Cet indicateur, surveillé de très près par les autorités sanitaires s’éloigne doucement de la barre des 6000 malades dépassée le 26 avril ou encore du pic de la première vague du printemps 2020 et ses 7000 patients. Pourtant cette relative amélioration de la situation sanitaire sur le sol français ne signifie pas forcément et comme voudrait le croire Jean Castex, une sortie de crise pour de bon. Le bilan actuel du plan de vaccination, qui est le principal espoir de sortie la crise, reste en deçà de nombreux autres pays européens, alors même que le continent observe un retard dans la vaccination de sa population. Selon un article de Toute l’Europe, au 7 mai, 27,58% des Européens avaient reçu au moins une première dose de vaccin. Un ratio qui reste néanmoins bien plus faible qu’en Israël (62,61 %), pays le plus avancé au monde, au Royaume-Uni (51,84 %) ou encore aux États-Unis (44,98 %).

Alors que le Royaume-Uni se trouve à ce jour parmi les pays qui les pays les plus vaccinés du monde, il fait face à l’arrivée sur son sol du redouté variant indien qui serait 50% plus contagieux que le variant britannique qui avait déjà plongé le pays dans une catastrophe sanitaire cet hiver. Après un confinement très strict et une campagne de vaccination lancée à toute allure, le pays a finalement réussi à se stabiliser, ce qui lui avait permis de rouvrir les terrasses des cafés le mois dernier. Mais alors que se poursuit le déconfinement anglais, Boris Johnson a annoncé lors d’une conférence de presse le 14 mai que le déconfinement « pourrait être perturbé » par le variant indien, alors que le nombre d’infections au variant B.1.617.2 (identifié pour la première fois en Inde) a doublé en Angleterre sur une semaine et qu’il est en train de rapidement prendre le pas sur le variant du « Kent ». Selon des chiffres très inquiétants publiés par le ministère anglais de la santé, 1313 cas du B.1.617.2 ont été identifiés sur une semaine, contre 520 sept jours plus tôt, notamment dans la région de Manchester, à Bolton et Formby. Le responsable de la capitale au ministère de la Santé, Kevin Fenton, a déclaré au micro de la BBC qu’à Londres, ce variant, considéré depuis le 7 mai comme un « variant préoccupant » par les autorités britanniques, « est responsable de plus de la moitié des nouveaux cas ».

Si Downing Street espère encore contenir le variant en tablant sur une accélération de la campagne vaccinale, en ciblant les clusters identifiés du nord de l’Angleterre et de l’Écosse, il est évident que le déconfinement lancé lundi 16 mai comprenant des mesures telles que l’ouverture des salles de restaurants et des hôtels sans pour autant mettre en place une réelle stratégie de prévention et de dépistage, va aggraver la situation.

A l’heure où Jean Castex annonce que la France en a bientôt fini avec la crise sanitaire et alors même que la stratégie gouvernementale reste depuis des mois celle de « vivre avec le virus » en épargnant le plus possible l’économie au détriment de nos vies, le variant indien déjà installé au Royaume-Uni poursuit sa progression en France avec au moins 24 cas détectés dans sept régions métropolitaines et en Guadeloupe.

Malgré la menace du variant indien qui grandit, le gouvernement garde son plan de déconfinement en trois étapes inchangé, et prévoit toujours un quasi-retour à la normale dès le 30 mai avec l’ouverture des restaurants et des bars à 100% de leur jauge en intérieur et espère même un assouplissement du protocole sanitaire. Un plan qui refuse de prendre en compte l’évolution des variants, sans accélérer la vaccination ni mettre en place une stratégie de prévention à la hauteur, en dépit de la réalité sanitaire et des hôpitaux qui restent sous tension.

Ayant misé sur une gestion essentiellement répressive de la crise, sans protocole sanitaire à la hauteur de la situation, et sans moyens pour le système de santé, le gouvernement cherche aujourd’hui à s’aligner sur les autres pays européens en rouvrant les restaurants, bars et cafés afin de relancer l’économie dans le secteur de la restauration et du tourisme. Deux secteurs pour lesquels le gouvernement n’a pourtant eu aucune considération depuis le mois d’octobre.

Sans de telles mesures qui permettraient de réellement contenir l’épidémie alors que la vaccination reste toujours très faible et qu’un variant particulièrement meurtrier se propage, nous sommes promis à une suite de confinements, de couvre-feux et de fermetures, des mesures aussi liberticides qu’inutiles. Face à une telle situation, nous revendiquons plus que jamais l’accès au vaccin pour toutes et tous, un investissement massif dans le système public de santé et un revenu minimum à 1800€ pour que les plus précaires et les milliers de travailleurs que la crise a plongé dans le chômage ne payent pas les frais de l’inconséquence du gouvernement.




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