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Drames

Collégiens tués dans des rixes. Aucune issue sécuritaire face aux drames sociaux !

Deux collégiens ont été tués en 3 jours dans l'Essone dans des rixes entre bandes. Un déchaînement de violence dramatique face auquel la répression ne sera pas une solution.

mercredi 24 février

Deux affrontements violents entre des bandes de jeunes adolescents ont eu lieu à moins d’un jour d’intervalle en début de semaine dans le département de l’Essonne. Des drames dans lesquels deux collégiens ont été tués et au moins deux autres hospitalisés.

Lundi après-midi, Lilibelle, 14 ans, a reçu un coup de couteau dans l’abdomen en tentant de s’interposer selon France Info, lors d’une bagarre près du collège de Saint-Chéron qui opposait des jeunes venus de deux quartiers voisins. Ils s’étaient retrouvés suites à des insultes et des provocations lancés sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois indique le parquet d’Évry. La collégienne a été emmenée d’urgence à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre mais a succombé à sa blessure dans la soirée.

Le lendemain dans l’Essonne toujours, un jeune garçon âgé de 13 ans a perdu la vie, d’un coup de couteau également, dans une bagarre similaire à Boussy-Saint-Antoine, qui réunissait cette fois plusieurs dizaines de jeunes venus de cités proches, armés de barres de fers et d’armes blanches pour certains. Selon Le Point, il s’appelait Toumani et l’auteur du coup de couteau, âgé de 15 ans aurait reconnu les faits. Deux autres jeunes ont été hospitalisés pour blessures graves et plus de 13 jeunes, tous mineurs, ont été arrêtés.

Face à la douleur de la perte d’un enfant, nos pensées vont toutes entières aux familles de Tomani et Lilibelle, ainsi qu’à leurs proches. Évidemment, face à ces drames, la surenchère sécuritaire n’a pas manqué de résonner rapidement de même que les accusations portées contre les parents. Mardi soir, lors de sa venue sur place, Gérald Darmanin, sans témoigner à un seul moment d’aucune compassion pour les familles des victimes, a ainsi martelé la responsabilité des parents face à ces violences.

Le ministre de l’intérieur s’est aussitôt saisi des affaires pour dérouler son programme et annoncer un « renfort policier » dans ces quartiers. Ainsi, c’est 100 policiers supplémentaires qui seront déployés dans les deux communes d’à peine 10 000 habitants. Pour le ministre de l’Intérieur, les rixes entre bandes rivales s’expliqueraient par ailleurs par l’impossibilité d’accéder aux contenus privés des plateformes de discussions et des réseaux sociaux. « La loi ne nous permet pas d’intervenir sur ses messageries privées. Ce qui explique une grand partie des difficultés que nous avons dans les services de renseignements de la police et de la gendarmerie. » a ainsi regretté Darmanin, avant de fustiger le manque de responsabilisation des parents.

Pourtant, il est évident que la réponse à la violence dans les quartiers, qui n’est pas nouvelle en Essonne, ne se fera pas à l’aide de la police qui y tue les jeunes impunément, à l’image d’Adama Traoré et Gaye Camara, ni en les espionnant. Face à un phénomène structurel, ancré dans les quartiers, c’est la question du système même qui donne naissance à ce comportement et entretient l’exclusion qui se pose. Comme l’explique le sociologue Marwan Mohammed, spécialiste du phénomène, dans Le Monde : « si on veut agir en profondeur, on retombe sur les questions fondamentales, mais délaissées, de la ségrégation, de l’échec scolaire, du manque de perspectives, des difficultés d’insertion ou de situations familiales compliquées. ».
Un constat qui rejoint celui des enseignants, à l’image des profs du Lycée D’Alembert d’Aubervilliers qui avaient vu deux lycéens de leur établissement être tués successivement en 2019. Dans un communiqué réalisé à l’occasion de leur droit de retrait, ceux-ci réclamaient des moyens à la hauteur pour assurer l’éducation et la sécurité des élèves. « La violence des enfants qui se frappent, se harcèlent et s’entre-tuent dès le plus jeune âge, c’est le reflet de leur société, celle d’une jeunesse désemparée qui n’a plus foi en l’avenir et qui en vient à exercer des raccourcis pour se prouver, pour s’en sortir. Le ministre de l’éducation avait cherché à réduire le meurtre de Kewi à un fait divers « qui ne pourrait pas tout expliquer ». À cela les professeurs ont répondu que, mises bout à bout, ces situations font système, un système que le ministre de l’éducation aggrave, notamment en détruisant l’éducation publique et en répondant face à l’austérité par le tout-sécuritaire. » notait alors Marion, enseignante dans l’établissement.

Deux ans plus tard, la réalité dramatique d’une misère qui fait le lit de l’extrême-violence reste la même. Elle nous gonfle de tristesse et de rage, et nourrit notre volonté de tout transformer pour que plus aucun jeune n’ait à exister ou à disparaître au travers de phénomènes aussi morbides.




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