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Politique

CRISE SANITAIRE

Bientôt 100 000 morts du Covid-19 en France : retour sur les mensonges du gouvernement

Alors que la barre des 100 000 personnes décédées en France des suites de la maladie est sur le point d’être dépassée et que le bilan de la troisième vague s’obscurcit, le gouvernement se refuse toujours à prendre des mesures à hauteur de la gravité de la crise. Au contraire, ce dernier est allé jusqu’à présenter des « projections trafiquées » aux parlementaires pour justifier leur inaction au mois de janvier, comme le relève un article de Médiapart.

lundi 12 avril

Crédits photo : LUDOVIC MARIN / AFP

Alors que la troisième vague de l’épidémie continue à s’étendre et que les chiffres sont alarmants, un nouveau scandale quant à la gestion de la crise sanitaire a été révélé vendredi dernier par Médiapart. Le 28 janvier, Jean Castex présentait un diaporama contenant autant d’erreurs que de prétendues « projections » sur l’évolution du virus qui n’en étaient pas. Le principal graphique sur lequel le gouvernement a fondé sa décision de ne pas reconfiner le pays contre l’avis du conseil scientifique était en fait un copié-collé d’un document remis la veille par un épidémiologiste au premier ministre. D’après lui, le graphique qu’il avait lui-même réalisé a été grossièrement retouché et son sens s’en est retrouvé largement altéré.

Graphique modifié et falsifié : une volonté de montrer un scénario moins catastrophique qu’il ne l’est vraiment ?

La fin du mois de janvier marquait déjà une rupture dans la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, alors que de nombreux soignants, médecins et épidémiologistes alertaient depuis plus d’une semaine sur l’imminence d’une troisième vague brutale et marquée par l’arrivée sur le territoire du variant britannique, jusqu’à 70% plus contagieux que sa source originelle. Dans ce climat tendu entre gouvernement et professionnels de santé et alors que la population s’attendait à être reconfinée à tout moment, Macron réunissait autour de lui un conseil de défense le 29 janvier. A son issue, les seules mesures prises ont été le maintien du couvre-feu à 18h, la fermeture des frontières et le renforcement des contrôles policiers. Des mesures qui n’ont pas empêché l’épidémie de progresser et qui étaient largement en dessous des attentes des épidémiologistes qui préconisaient un re-confinement total ainsi que la fermeture des écoles pendant quatre semaines. Mais Macron avait d’ores et déjà lancé le pari sur nos vies et comme aujourd’hui, refusait fermement de confiner le pays : « Nous pouvons encore nous donner une chance de l’éviter » déclarait Jean Castex à la sortie du conseil, « J’ai conduit, hier et avant-hier, des concertations avec les représentants des groupes parlementaires et politiques, des associations d’élus locaux et des partenaires sociaux. » assura-t-il.

En effet, le premier ministre avait tenu un comité de liaison parlementaire la veille du conseil de défense, aux côtés d’Olivier Véran et de nombreux parlementaires qui gardent le souvenir d’une «  vaine et formelle consultation » selon les mots Valérie Rabault et Patrick Kanner, patrons des groupes socialistes de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Le diaporama qui leur a été communiqué ce jour là et qui a en partie justifié la décision de ne pas reconfiner comporte de nombreuses imprécisions non sourcées mais surtout une falsification reconnue par son auteur.

Le dit graphique présente le nombre de nouveaux cas de Covid-19 par semaine, à l’époque à la hauteur de 140.000 environ. Fourni la veille par un épidémiologiste à Jean Castex, il aurait été modifié de façon à suggérer un scénario médian concernant la propagation du virus. Des projections dont l’auteur original du graphique n’est pas à l’origine et qui entendent justifier la décision du gouvernement de ne pas prendre de mesure significative. Le professeur Renaud Piarroux, spécialiste des épidémies, membre de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique rattaché à l’INSERM, qui était à l’origine du graphique, a été contacté par Mediapart. Ce dernier se dit « heurté » et « surpris » par ces projections, desquelles il n’est pas à l’origine. Il explique dans les colonnes du journal :

« Je reconnais être l’auteur de ces courbes, mais je n’ai jamais prétendu faire des projections, explique-t-il. Le 27 janvier, j’ai rencontré le premier ministre pour lui présenter une note expliquant la dynamique des deux variants, l’historique et l’anglais. À l’époque, dans les débats, on entendait qu’il ne se passait rien, que le nombre de cas était stable, que le couvre-feu suffisait à maîtriser l’épidémie. J’ai tenté de lui expliquer la gravité de la situation, comme d’autres l’ont fait au même moment : il fallait en réalité suivre l’évolution du nouveau variant britannique, 50 à 70 % plus transmissible. Quasiment absent à Paris en décembre, il représentait fin janvier environ 10 % des virus identifiés : sans changement radical, le nouveau variant allait devenir majoritaire, à une échéance de quelques semaines, et les hôpitaux allaient être submergés, comme en Angleterre. J’ai tracé ces courbes dans un but pédagogique. »

Toujours selon Mediapart, le document, qui avait été remis à Matignon en main propre en format papier, a été scanné et modifié dont le titre, les projections qui ne sont pas de son auteur originel, et la légende. La courbe qui a été tracée et ajoutée est un trait rectiligne basique, qui montrerait une transmission supérieure à 33% du variant « original ». Le problème, c’est que selon les scientifiques, le variant britannique est 50 à 70 fois plus transmissible. Une volonté de montrer un scénario un peu moins catastrophique qu’il ne l’est ?

Alors que Macron s’est refusé jusqu’ici tout mea culpa concernant sa gestion de la crise sanitaire, qui est une véritable catastrophe, révélant bien le mépris qu’il réserve aux travailleurs et aux travailleuses de la première ligne, ces falsifications sont un nouveau scandale. En effet, la gestion catastrophique est marquée par de nombreux scandales, à commencer par le scandale des masques, des tests ou encore des lits de réanimations. Le gouvernement a également ouvert la nouvelle année par un scandale sanitaire de premier ordre : celui de la stratégie vaccinale.

Un gouvernement criminel, qui va à l’encontre des préconisations des scientifiques

Sollicité par la rédaction de Mediapart, le cabinet du premier ministre n’a pas souhaité répondre. À juste titre, la rédaction questionne : « Qui a scanné et modifié son graphique ? Avec quelles intentions ? Des services compétents, par exemple au sein de Santé publique France, ont-ils validé la nouvelle version ? Jean Castex, qui s’était fait expliquer le sens du document en face à face, peut-il ignorer la manipulation ? »

L’épidémiologiste et ancien directeur général de la Santé William Dab ont deux théories : « Une intention politique de manipuler les parlementaires, ou une incompétence de conseillers qui ne savent pas faire la différence entre une prévision et une projection. Les deux explications ne sont pas excluantes. Je ne suis pas persuadé qu’il y ait dans les cabinets actuels des compétences capables de distinguer ces enjeux. L’important me semble-t-il est que le 27 janvier, par Piarroux et le conseil scientifique, l’exécutif avait les éléments en main pour décider de freiner l’épidémie et qu’il a choisi l’homéopathie plutôt qu’un traitement d’efficacité démontrée ». 

Le professeur Piarroux dont les travaux scientifiques ont été sensiblement modifiés à des fins politiques a d’ailleurs tenu à rétablir la vérité quant à l’avis général des scientifiques dont la vision de l’évolution de l’épidémie était bien différente de celle qu’avait le gouvernement et le MEDEF. La note du conseil scientifique présidé par Jean-François Delfraissy, qui préconisait un reconfinement préventif, a été publiée le 29 janvier, soit le lendemain de la rencontre avec les parlementaires. Fin mars, Macron qui assumait pleinement son pari de ne pas reconfiner mettait en doute la parole des épidémiologistes tout en ventant sa gestion catastrophique de la situation : « Nous avons eu raison de ne pas confiner la France à la fin du mois de janvier, parce qu’il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles »

Face à cette provocation, le corps médical et Renaud Piarroux étaient troublés voire franchement en colère contre Macron. Le professeur se confiait à Mediapart en ces termes : « Les projections sont faites pour dire, à un moment T : voilà ce qui va se passer, si rien ne change. Elles sont forcément fausses, car les choses changent toujours : de nouvelles mesures de freinage, bien qu’insuffisantes, ont été prises ; les comportements de la population changent aussi, quand l’épidémie s’accélère. Les projections ne sont pas là pour dire l’avenir, mais pour éclairer l’action publique ».

Ce nouveau scandale révèle toute l’incapacité du gouvernement à assurer la gestion de la crise sanitaire qui dure depuis déjà plus d’un an. Ce dernier va jusqu’à trafiquer les chiffres de l’évolution du Covid-19 afin de justifier ses décisions de ne pas reconfiner au détriment de celles et ceux qui sont réellement en état de savoir ce qui est bon et ce qui ne l’est pas concernant la situation sanitaire. Macron et son gouvernement ont donc décidé d’avancer sans eux mais main dans la main avec le MEDEF à qui il n’a de cesse d’adapter ses mesures. Parallèlement à cela et quoi qu’en dise le gouvernement, la France est l’un des pays les plus endeuillés du monde avec le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Brésil et l’Italie. Alors que nous nous rapprochons inéluctablement de la barre des 100 000 morts du Covid, il est temps prendre nos affaires en mains, face à un gouvernement qui n’a que faire de nos vies.




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