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Attaque à Arras

Attaque mortelle dans un lycée d’Arras : après le crime abominable, refuser l’instrumentalisation

Un enseignant a été tué et plusieurs personnels grièvement blessés après une attaque au couteau dans un lycée d’Arras. Un acte ignoble que nous condamnons avec force, alors que le gouvernement entend profiter du meurtre pour renforcer l'étau sécuritaire et que droite et extrême-droite se sont saisis du drame pour criminaliser les personnes musulmanes et étrangères.

Tristane Chalaise

13 octobre 2023

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Attaque mortelle dans un lycée d'Arras : après le crime abominable, refuser l'instrumentalisation

Capture d’écrans vidéo de @BrassartFlo/X

Ce vendredi 13 octobre, à 11 h, un homme s’est introduit dans la cour du lycée Gambetta-Carnot d’Arras (Pas-de-Calais) au moment de l’intercours. L’homme, armé de deux couteaux, s’est attaqué à des adultes de l’établissement, tuant Dominique Bernard, professeur de français âgé d’une cinquantaine d’années. Le meurtrier a blessé au cours de l’attaque plusieurs autres personnels de l’établissement, dont le proviseur adjoint et un professeur d’EPS, ainsi qu’un personnel de cantine, hospitalisé dans un état très grave.

Des actes abominables, que nous condamnons fermement. En plus du choc provoqué par la mort d’un enseignant, plusieurs personnels ont été eux-mêmes pourchassés par l’agresseur et des élèves témoins de scènes de violence dans la cour. Toutes nos pensées vont aux victimes, à leurs familles et à leurs proches, ainsi qu’à leurs collègues et aux élèves de l’établissement.

Le gouvernement sur la défensive, la droite et l’extrême-droite dans la surenchère raciste, xénophobe et autoritaire

Pour l’heure, les motivations de l’agresseur ne sont pas encore clairement établies. D’après des témoignages, il aurait crié « Allahou akbar » au moment de tuer l’enseignant, et voulait cibler des enseignant-e-s d’histoire et géographie. C’est ce que souligne un enseignant de philosophie du lycée : « il s’est retourné vers moi et il m’a dit "t’es prof d’histoire, t’es prof d’histoire" et il m’a poursuivi ».

Interpellé par la police, le jeune homme serait un ancien élève, âgé de 20 ans, de nationalité russe. Le parquet antiterroriste a été très rapidement saisi de l’affaire. Alors que la police a procédé à plusieurs interpellations au cours de la journée, l’hypothèse d’un acte isolé reste privilégiée.

Très rapidement, Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Gérald Darmanin se sont rendus sur les lieux du drame, tandis que le ministre de l’Éducation a immédiatement demandé aux recteurs d’académies de « prendre sans délai toutes les mesures […] afin de renforcer la sécurité de l’ensemble des écoles », présageant d’une première réponse sécuritaire, avec un renforcement de la présence de la police dans les écoles, déjà amorcée à la rentrée.

Si Gérald Darmanin ne s’exprime que ce soir, Emmanuel Macron a quant à lui brièvement pris la parole pour condamner l’attentat, cherchant ainsi à l’inscrire dans la continuité de l’assassinat de Samuel Paty et de la lutte contre le terrorisme islamique. Un meurtre que le chef de l’État n’a par ailleurs pas hésité à relier à la reprise des offensives en Palestine : « Presque trois ans jours pour jour après l’assassinat de Samuel Paty, c’est à nouveau dans une école que frappe le terrorisme, dans un contexte que nous connaissons tous ».

La droite et l’extrême droite se sont immédiatement saisies de l’affaire pour appeler le gouvernement à renforcer la répression, tout en assimilant islam, terrorisme et immigration. Sur X, Jordan Bardella (RN) a ainsi demandé à ce que tout soit mis en œuvre pour « éradiquer l’islamisme, ses soldats et ses relais », allant jusqu’à exiger la démission du ministre de l’Intérieur et dénonçant que la famille du meurtrier n’ait pas été expulsée du territoire français. Dans un tweet publié quelques heures après l’attaque, Eric Ciotti (LR) demande quant à lui à Emmanuel Macron d’activer l’état d’urgence pour « faciliter les perquisitions administratives, interdire les manifestations et assigner à résidence », tout en appelant à « ne plus trembler face à l’islamisme et à l’immigration de masse ».

Un appel clair à un saut autoritaire, que ce soit en termes de criminalisation du mouvement de soutien à la Palestine, alors que les manifestations sont déjà interdites et que tout soutien à la lutte du peuple palestinien est aujourd’hui assimilée à du soutien au « terrorisme », ou d’offensive xénophobe, alors même que le projet de loi immigration est en cours de durcissement.

Contre les appels à « faire bloc », les personnels de l’Éducation doivent opposer une réponse en toute indépendance du gouvernement

Comme dans le cas du meurtre terrible de Samuel Paty, le gouvernement, sous pression de la droite et de l’extrême-droite prépare le terrain à une instrumentalisation sur le terrain autoritaire, sécuritaire et xénophobe. Alors que Macron commence à construire le récit d’une attaque liée à la situation en Palestine, l’extrême-droite et le Figaro pointent les associations d’aide aux migrants, qui avaient défendu, en 2014, la famille de l’auteur des faits, alors menacée d’expulsion. Le journal Le Monde note de son côté que la future loi immigration a pour projet de supprimer l’article qui aurait empêché l’expulsion du jeune homme…

Tout en condamnant l’horreur des actes qui se sont déroulés au lycée d’Arras, nous ne devons faire aucune concession au gouvernement, à la droite et à l’extrême-droite. Ce sont les premiers à renforcer les tensions qui traversent la société, en alimentant un climat islamophobe, raciste et sécuritaire : loi séparatisme et dissolutions d’associations, renforcement de la police, interdictions de manifester, mais aussi interdiction de l’abaya dans les établissements scolaires, future loi immigration et criminalisation systématique des migrant-e-s…

Contre toute injonction à « faire bloc » derrière le gouvernement, et alors que Gabriel Attal va recevoir dès ce soir les différents syndicats de l’Éducation nationale, et qu’Emmanuel Macron appelle une fois de plus à l’union nationale, à ne « rien laisser nous diviser » face à la « terreur », nous ne devons accorder aucune confiance à un gouvernement qui ne pleure les victimes que lorsqu’il peut les instrumentaliser politiquement.

Ce n’est pas l’union nationale qui permettra d’en finir avec la barbarie et l’obscurantisme, mais une politique radicalement différente, pour des conditions de vie dignes et contre la misère, ainsi que d’une lutte résolue contre l’exploitation et les oppressions, notamment le racisme, la xénophobie et l’islamophobie. Une lutte que les organisations syndicales du mouvement ouvrier, de l’éducation et de la jeunesse doivent construire en toute indépendance de classe.


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