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Xenophobie : le gouvernement prépare le durcissement de la loi immigration pour draguer LR

Menacée par un remaniement et en difficulté pour faire passer la loi sur l’immigration, Elisabeth Borne s’est déclarée prête à durcir le dispositif métier en tension pour que LR accepte de voter le texte. Si le gouvernement veut passer à l’offensive pour attaquer les migrants, la crise politique l’entrave encore.

Antoine Weil

15 juin 2023

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Xenophobie : le gouvernement prépare le durcissement de la loi immigration pour draguer LR

Crédit photo : Licence creative commons. Elisabeth Borne

Depuis plusieurs mois, le gouvernement peine à concrétiser son projet de loi contre l’immigration, un temps repoussé suite à la mobilisation contre la réforme des retraites, puis faute de majorité au Parlement à cause de l’opposition des Républicains. A l’heure où le prochain remaniement est dans toutes les têtes, Elisabeth Borne tente un coup en se déclarant prête à durcir les modalités du dispositif « métiers en tension ».

Mise en difficulté par la droite, Borne prête à durcir le texte sur l’immigration

Dans une interview au Figaro, elle est en effet revenue sur ce dispositif, qui constitue un point de blocage pour les Républicains, alors que l’octroi de titres de séjours dans les métiers en tension est considéré à tort comme le volet progressiste de la loi immigration. Pour la Première Ministre, les modalités de ce dispositif peuvent encore être discutées ; son cabinet a depuis précisé que la condition de résidence, fixée à trois ans, pourrait être rallongée à 5, 6 ou 7 ans, de même que le dispositif pourrait être bloqué pour les travailleurs migrants touchant moins de 1,5 smic et ne bénéficiant pas d’un CDI. Un durcissement important d’une loi qui attaque déjà durement les migrants, et prévoit de renforcer les sanctions et notamment les distributions d’obligations de quitter le territoire français (OQTF).

Lors de la même interview, Borne a cherché à donner des gages aux Républicains, pour assurer qu’elle sera prête à déployer un arsenal répressif contre les migrants. « Je ne sais pas de quoi ils doutent [les Républicains] ! J’ai été préfète, je sais les améliorations nécessaires. J’avance sur ce sujet sans naïveté, en recherchant l’efficacité, dans le cadre des valeurs de notre pays » déclare-t-elle, avant de remettre en cause l’Aide Médicale d’Etat pour les personnes migrantes. « Que l’on se questionne régulièrement sur ce point, ce n’est pas anormal » juge la première ministre. Après un premier geste de Darmanin avec les LR fin mai, le gouvernement, continue donc sur sa lancée et multiplie les poussées à droite.

Les Républicains cherchent une unité dans la surenchère anti-migrants

La formation d’Eric Ciotti mène en effet une offensive sur le terrain migratoire, depuis que le dirigeant du parti, en compagnie d’Olivier Marleix et de Bruno Retailleau, a annoncé son propre projet sur l’immigration en demandant la mise en place d’un « délit pour séjour clandestin » et une réforme de la Constitution pour permettre l’organisation de referendums sur le sujet, afin de déroger aux traités européens.

Prêt à tout pour imposer le thème de l’immigration dans le débat public après la séquence des retraites qui a exposé ses divisions au grand jour, Les Républicains n’ont pas hésité à surfer sur le drame d’Annecy, multipliant les déclarations contre l’immigration quelques heures seulement après l’attaque qui a fait 6 blessés dont 4 enfants, tout en cherchant à resouder les rangs.

Dans ces conditions, difficile d’envisager pour l’instant que LR accepte la main-tendue d’Élisabeth Borne. Retailleau a rappelé son opposition à un dispositif métiers en tension de l’exécutif, parlant de « pompe aspirante » à propos des conditions soi-disant trop favorables de l’immigration en France. Quand ce jeudi une centaine de migrants sont morts au large des côtes de Grèce et que l’on vient d’apprendre que des militaires français ayant laissé mourir 27 migrants ont été décorés, la réalité est pourtant loin de l’instrumentalisation raciste du président du groupe LR au Sénat.

La loi immigration au cœur des tractations politiciennes en vue du remaniement

Cette surenchère xénophobe est aussi un moyen pour la droite de se démarquer du gouvernement, qui chasse plus que jamais sur ces terres ces dernières semaines. Si les Républicains ont retrouvé une unité relative autour de l’immigration, ces derniers restent friables aux assauts du gouvernement, qui multiplie les allusions à un futur accord avec la droite, dans le cadre du remaniement.

Ces derniers jours, la macronie évalue en effet les possibilités d’une coalition avec Les Républicains. Après un rendez-vous secret entre Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy, le chef de Renaissance Stéphane Séjourné va rencontrer les cadres du parti pour évoquer la question, quand les macronistes font régulièrement fuiter dans les médias des noms de potentiels futurs premiers ministres, de Franck Louvrier à Gérard Larcher.

La majorité relative et la très grande fragilité du gouvernement au sortir de la crise des retraites l’obligent à multiplier les adresses en direction des LR, pour espérer gouverner plus sereinement. Les difficultés récurrentes sur la loi immigration illustrent aussi la position inextricable de la macronie, qui espère convaincre la droite de gouverner avec elle, que cela passe par des débauchages individuels de députés ou cadres de LR, ou par une coalition, sans grand succès pour l’instant. Rien n’indique en effet que l’hypothèse d’une coalition se réalise : au grand dam de la macronie, la droite continue de refuser un accord de gouvernement, le président de LR Éric Ciotti ayant estimé ce mercredi que cette proposition relevait de la « politique-fiction ».

Sans résolution à l’horizon, la macronie reste donc enlisée dans la crise politique. Bien décidé à reprendre le train des attaques, notamment contre les migrants et les plus précaires, le gouvernement peine à calibrer l’ampleur de son offensive, faute de majorité au Parlement. Si ses dernières déclarations indiquent une volonté d’aller toujours plus à droite, les multiples changements de braquet d’Elisabeth Borne sur la loi migration illustrent les fragilités et difficultés à revenir à la normale à l’heure où les 100 jours « d’apaisement » voulus par Macron commencent à arriver à leur terme. Dans ces conditions, le mouvement social et les syndicats auraient tout intérêt à préparer la riposte, plutôt que d’organiser le retour du dialogue social.


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