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Inflation

Vente à perte de carburant : le nouvel enfumage du gouvernement pour camoufler la hausse des prix

Permettre aux stations-services de vendre à perte : voilà la solution du gouvernement pour faire face à l’inflation. Un écran de fumée qui ne fera pas baisser les prix, et qui constitue une nouvelle aubaine pour la grande distribution.

Arthur Nicola

19 septembre 2023

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Vente à perte de carburant : le nouvel enfumage du gouvernement pour camoufler la hausse des prix

Crédits photos : Johan MTH / CC BY-NC-ND 2.0

Le gouvernement ne sait plus quoi faire face à l’inflation. Après les chèques énergie, la prime de Noël, et les chèques carburants, la macronie a décrété la fin du « quoiqu’il en coûte » : plus un chèque ne sera donné et aucun centime ne sera dépensé pour faire face à l’augmentation des prix. Mais, comme il ne peut pas rester l’arme au pied alors que le prix du sans-plomb a dépassé la barre des 2€ le litre, il ne lui reste qu’une solution : les manœuvres, l’enfumage et le mensonge.

Car dire que permettre aux stations-services de vendre à perte va résoudre le problème de l’inflation et faire baisser les prix n’a aucun fondement. D’abord, d’un point de vue économique : permettre à tout un secteur de vendre à perte ne peut pas faire baisser les prix de manière pérenne, c’est à dire en dehors de quelques opérations très ciblées. Comme l’explique le journaliste économique Romaric Godin dans un article sur Médiapart, « La vente à perte peut ainsi avoir deux fonctions. La première est de s’appuyer sur sa force financière, c’est-à-dire sa capacité d’absorber des pertes temporaires, pour gagner des parts de marché et mettre à genoux ses concurrents moins solides. Une fois le ménage fait, il est temps de profiter de cette nouvelle position dominante pour relever les prix. La deuxième est de concentrer ces ventes à perte sur certains produits dits « d’appel » pour attirer des consommateurs et les inciter, une fois sur place, à acheter d’autres produits aux prix plus élevés. Les pertes de ces produits d’appel sont alors compensées par les gains sur les autres produits ».

Dans les deux cas, la mesure proposée par Elisabeth Borne va donc, au mieux, faire baisser de quelques centimes le prix des carburants sans réel impact pour les travailleurs, mais une baisse fictive puisque, comme dans les vases communicants, cette perte sera compensée par la hausse des prix sur d’autres produits. Pire encore, l’introduction de la vente à perte pourrait participer à l’augmentation générale des prix, car si les mécanismes de compensation sont toujours très efficaces pour répercuter la hausse des prix, ils le sont rarement pour répercuter les baisses. Aussi, cette possibilité de déroger temporairement aux règles de concurrence donne la possibilité aux plus grands distributeurs de rogner sur leurs marges pour faire couler les stations indépendantes, qui représentent près d’un quart des quelque 11 000 stations hexagonales, quand les grandes surfaces en représentent la moitié. Une aubaine qui pourrait donc jouer sur la concentration du secteur, et donc une augmentation des prix associée à une désertification du réseau, obligeant les consommateurs à rouler plus pour aller faire le plein.

En bref, la solution proposée par le gouvernement n’est qu’un enfumage : elle ne permettra pas de faire baisser les prix. Face à la colère qui grandit suite à l’augmentation des prix du carburant, le gouvernement est contraint de proposer en urgence une solution farfelue et initiée à la va vite, qui vise à faire plaisir aux marchés, alors que la dette publique de la France est sous surveillance. Face à l’inflation, le gouvernement maintient donc les grandes lignes d’une politique qui rogne toujours plus les salaires alors que l’inflation atteint 15 à 20% sur l’énergie et l’alimentaire, mais privilégie toujours plus le maintien, quoiqu’il en coute, des profits des grandes entreprises de la distribution et des multinationales.

Une politique qui permet, aux grands groupes pétroliers de continuer à battre records sur records. Les profits de Total avaient atteint 36 milliards d’euros en 2022, tandis que ceux d’Esso-ExxonMobil, deuxième entreprise en France à avoir une chaîne d’exploitation complète (de l’exploration à la vente en passant par le raffinage) atteignaient 56 milliards d’euros. Alors que Total devrait payer 200 millions d’euros d’impôts en 2022-2023, le montant total récolté par la TICPE devrait atteindre 18 milliards d’euros, soit un tiers de l’impôt total sur les sociétés. Le message est clair : laisser les profits s’accumuler dans les grandes entreprises et leurs actionnaires, et laisser les travailleurs voir leurs salaires stagner quand les prix augmentent.


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Arthur Nicola

Journaliste pour Révolution Permanente.
Suivi des grèves, des luttes contre les licenciements et les plans sociaux et des occupations d’usine.
Twitter : @ArthurNicola_

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