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Violences d'État

VIDÉO. « Petite pute » : Agnès et Mickaël, violemment interpellés à Marseille, témoignent

Agnès et Mickaël ne sont pas habitués des mobilisations. Mais après le 49-3, ils décident tous les deux de se joindre au mouvement et participent à la manifestation nocturne du 24 mars à Marseille. Ils passeront tous les deux 48 heures en garde-à-vue faites de violences et d'humiliations. Ils ont choisi de nous livrer leur témoignage dans le cadre de la campagne menée par Le Poing Levé en attendant leur procès qui se tiendra le 26 septembre.

Matteo Falcone


et Anna Nolite

26 mai 2023

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VIDÉO. « Petite pute » : Agnès et Mickaël, violemment interpellés à Marseille, témoignent

Ce témoignage a été recueilli dans le cadre de la campagne contre la répression lancée par le collectif jeune de Révolution Permanente, Le Poing Levé. Pour y participer également et témoigner, vous pouvez remplir ce formulaire

« Petite pute », « les grosses et moches comme toi ça lèche des vieilles chattes dégueulasses »

À Marseille, comme dans de nombreuses villes en France depuis l’utilisation du 49.3 par la Première Ministre, des manifestants défilent dans les rues en dehors du calendrier syndical. Le soir du 24 mars, Agnès et Mickaël décident de se joindre pour la première fois à un rassemblement pour exprimer leur opposition à la politique de Macron.

En fin de cortège, Mickaël est violemment interpellé par la police. Il relate : « d’un coup je sais pas d’où ça vient, je me retrouve avec la tête par terre et des mecs qui me foutent des coups. » « Je vois pas trop ce qu’il se passe et 2 secondes après je vois mon copain avec 5 flics dessus en train de le tabasser. Je me suis fait frapper et insulter : "Petite pute", "les grosses et moches comme toi ça lèchent des vieilles chattes dégueulasses" », rapporte Agnès. Ils sont ensuite menottés et emmenés au commissariat de Noailles dans le 1er arrondissement avec d’autres manifestants interpellés ce soir-là.

Menaces, manipulations et refus d’accès aux droits

S’en suivront 2 jours et 2 nuits de garde-à-vue, Mickaël accusé de tentative de dégradation du bien d’autrui et Agnès de rébellion. Ils risquent respectivement jusqu’à 1 an de prison ferme couplé à 30 000€ d’amende et deux ans d’emprisonnement dont un ferme plus 30 000€ d’amende également. Mickaël nous décrit des conditions de détention insoutenables : « Le commissariat de Noailles c’est un donjon. Il y a beaucoup de cafards, j’ai compté, je me suis arrêté à 40. On n’a pas forcément accès ni à l’eau ni aux toilettes. On est beaucoup dans la cellule. En général les cellules individuelles sont à plusieurs aussi. Il n’y a pas forcément de matelas. C’est dégueulasse, il y a de la merde partout, c’est ignoble. Le tribunal de justice c’est littéralement un cachot, pas de banquette, juste du béton et des barreaux. »

En plus de l’insalubrité, Agnès et Mickaël nous ont fait part de la pression psychologique, des manipulations et des humiliations constantes qu’ils ont subies pendant leur détention. Des violences psychologiques destinées à aggraver un dossier souvent mince quand il n’est pas complètement vide. Les policiers leur ont par ailleurs déconseillé de prendre un avocat afin d’accélérer leur libération. « Ils ont beaucoup joué sur le fait qu’on soit en couple, il y a eu beaucoup de pression psychologique », nous confie Mickaël. Agnès ajoute « La garde-à-vue c’est l’humiliation constante, constante, constante, la manipulation, l’utilisation de la faiblesse psychologique qu’on t’impose. On te pousse à faire des choses qui pourraient te foutre dans la merde. »

Leur libération fait suite à la décision du juge des libertés. Le procureur, qui n’est pas décisionnaire, les avait menacés de les condamner en comparution immédiate à de la prison ferme. Agnès témoigne : « Chacun notre tour on voit le procureur qui nous dit clairement droit dans les yeux : “C’est très grave ce que vous avez fait.” Je ne comprenais pas et [il continuait] moi dès ce soir je vous envoie en détention provisoire et je vais voir pour 1 an d’emprisonnement ferme. En tant qu’ancienne juriste je sais que c’est pas au procureur sur lequel la décision repose, mais juste de dire ça c’était excessivement lourd. »

« Ça fait grandir une rage »

Agnès et Mickaël ont été très marqués par cet événement. Ils essaient maintenant de se tenir éloignés de la police. « Là maintenant tu sens que tu peux être touché, qui que tu sois, peu importe tes convictions politiques, juste si t’es là, tu peux être victime, tu peux être privé de liberté pendant 48h, tu peux être frappé, tu peux être humilié, tu peux être psychologiquement complètement détruit », avertit Mickaël.

Malgré leur appréhension, ils sont retournés en manifestation le 1er mai. Cet épisode a fortement politisé leur rapport aux forces de répression et les engage à se projeter davantage comme militants. Pour Mickaël, « il y a une impunité absolue, c’est juste flippant, ça donne envie de se bouger. » Selon Agnès, cet événement n’est pas isolé et fait preuve d’un acharnement politique. Le caractère aléatoire de ces interpellations et les poursuites judiciaires traduisent une volonté de criminaliser le mouvement social. « Je pense que le gouvernement est comme un animal acculé, en danger, sur la défense. Leur première réaction c’est de casser le mouvement en cassant des gueules. La volonté première c’est de casser le mouvement mais selon moi ça produit l’effet inverse. On nous a répété plein de fois, vous retournerez plus en manif, vous ferez plus ça, ils insistent vraiment sur ça. Évidemment ça produit l’effet inverse parce que ça fait grandir une rage. »

Pour voir le reportage en entier :

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