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Grèce

Un Macron grec ? Syriza élit à sa tête un ancien tradeur de Goldman Sachs

Stefanos Kasselakis, ex-analyste chez Goldman Sachs et armateur, prend la succession d'Alexis Tsipras à la tête de Syriza suite à des élections internes. Tout un symbole pour le néoréformisme grec, qui confirme son adaptation au régime et le tournant droitier engagé à partir de son arrivée au pouvoir en 2015.

Hélène Angelou

26 septembre 2023

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Un Macron grec ? Syriza élit à sa tête un ancien tradeur de Goldman Sachs

En crise profonde depuis ses revers électoraux, notamment en juin dernier, entraînant la démission d’Alexis Tsipras, Syriza élisait ce dimanche son nouveau dirigeant. Avec 130 000 voix, soit 56,7% des militants du parti, c’est Stefanos Kasselakis qui est sorti vainqueur de ces élections internes et succède à Tsipras à la tête du parti.

Une nouvelle figure 100% libérale. Kasselakis est en effet un ancien financier chez Goldman Sachs et s’est reconverti depuis dans le secteur de la marine marchande, en tant qu’armateur, dans la lignée de sa famille, un secteur clef de la grande bourgeoisie grecque. Homme d’affaires, incarnant également le « rêve américain », parti aux Etats-Unis dès son adolescence où il a fait fortune, Kasselakis brandit sa trajectoire comme ligne politique.

Il revendique ainsi « parl[er] mieux anglais » et avoir « une meilleure connaissance des marchés financiers » que Kyriakos Mitsotakis, premier ministre de droite, et a été propulsé à la tête de Syriza en l’espace de quelques semaines autour d’une communication centrée sur son parcours et sa vie privée.

La nomination de cette nouvelle figure libérale a fait l’objet de critiques de la part de certains secteurs de l’appareil du parti, qui la présentent comme une rupture. « C’est la fin du Syriza de gauche que nous connaissions », [déclarait] ainsi Stelios Kouloglou, eurodéputé de Syriza, auprès du Guardian. Cette nomination, pourtant, est en dans la droite ligne du tournant pris par Syriza depuis 2015 sous la direction de Tsipras, comme l’a souligné Kasselakis sur les réseaux sociaux expliquant qu’il souhaitait « être considéré comme digne de l’héritage légué » par Alexis Tsipras.

Arrivé au pouvoir en janvier 2015, en pleine crise économique, sur un programme de rupture avec l’austérité, ce dernier s’était en effet illustré par une trahison et une capitulation pure et simple, cédant à toutes les exigences de la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne) et menant une politique néo-libérale. Une trahison lourde pour les classes populaires grecques qui avaient placé leurs espoirs dans le néo-réformisme. Depuis, l’adaptation de ce parti de « gauche » au régime n’a cessé de se confirmer, permettant à la scène politique grecque de se recomposer.

Un tournant droitier qui s’est poursuivi alors même que Syriza était dans l’opposition, à l’image de l’intégration de figures politiques de la droite grecque, comme Evangelos Antonaros, qui comptent aujourd’hui parmi les soutiens de Kasselakis. Loin d’une rupture, la nomination de Stefanos Kasselakis est ainsi un symbole frappant de la droitisation de Syriza et de l’impasse à laquelle conduit le néo-réformisme. Sa nomination s’inscrit néanmoins dans une crise profonde de ce parti.

Depuis ses renoncements et trahisons, l’organisation s’est en effet totalement intégrée régime, participant à canaliser l’immense mobilisation de la population grecque dans des solutions institutionnelles en 2015.Mais si dans un premier temps elle a semblé contribué recomposer le bipartisme gauche / droite, un pilier essentiel de la stabilité de la démocratie bourgeoise qui avait été fortement mis à mal par l’effondrement des partis traditionnels durant les années 2010, à l’image du PASOK (le parti socialiste), parti traditionnel de la sociale-démocratie grecque, à son profit, la situation a évolué récemment.

Alors que les élections des dernières années avaient vu se rejouer l’opposition gauche / droite à travers les duels Syriza / Nouvelle Démocratie, celles de juin 2023 ont vu la formation de Tsipras être battue à plate couture, obtenant 20% des voix (contre 31,5% en 2019) et le PASOK profiter de ce désaveu, obtenant 11,46% des voix (contre 8,10% en 2019). Une dynamique qui montre le rebond des partis traditionnels grecs, qui pourraient progressivement opérer un retour en force, et les profondes difficultés de Syriza.

La nomination d’un homme éloigné du parti et de son appareil témoigne ainsi de la difficulté de Syriza à se doter d’une nouvelle figure. Mais la trajectoire de cette organisation incarne également l’impasse du néo-réformisme. Ce phénomène politique post-2008, fondé sur une critique des politiques d’austérité et des projets 100% institutionnels, a donné lieu à de nouvelles organisations politiques partout en Europe qui ont systématiquement fini par s’intégrer totalement à leurs régimes respectifs et à trahir leurs promesses, de Syriza à Podemos. Une semaine après une journée de grève contre la réforme du travail du gouvernement de droite, ce constat soulève plus que jamais la nécessité de construire des mobilisations et un projet politique d’indépendance de classe au moment où les offensives néolibérales et autoritaires s’approfondissent.

Lire aussi : Journée de grève générale en Grèce : « Mitsotákis cherche à criminaliser l’organisation des grèves »


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