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Rejet de la vente à perte du carburant : le grand patronat impose un camouflet à Macron

Alors que la vente à perte aurait pu en principe constituer une aubaine pour les géants de la grande distribution, Leclerc, Carrefour et le PDG de Total ont refusé la proposition. Un camouflet pour le gouvernement, qui montre l'état d'esprit d'un patronat qui profite à fond du statu quo économique pour maximiser ses super-profits.

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Rejet de la vente à perte du carburant : le grand patronat impose un camouflet à Macron

Patrick Pouyanné, le PDG de Total, défend ses ultra-profits

La proposition du gouvernement de « vendre à perte » le carburant est presque morte née. Alors qu’Elisabeth Borne présentait samedi dernier cette autorisation temporaire comme une mesure-miracle pour faire baisser le prix du carburant, les grands patrons de la vente ont opposé un front uni. Réunis ce mardi à Bercy par Bruno Le Maire puis auditionnés ce mercredi à l’Assemblée nationale, les dirigeants des groupes E. Leclerc, Carrefour et Intermarché ont déclaré qu’ils ne feraient pas de vente à perte, balayant d’un revers de main la demande du gouvernement.

Des déclarations appuyées par Patrick Pouyanné, le PDG de Total qui, bien que ne faisant pas partie de la grande distribution, a opposé un refus net à la mesure. Une prise de position qui témoigne combien le statu quo actuel est profitable à Total, qui profite d’une double casquette. En étant à la fois distributeur et producteur de carburant, il casse déjà le marché puisqu’il vend son carburant à moins de 1.99€ le litre. Une situation qui lui permet de battre semestre après semestre de nouveau records de profits.

Un camouflet pour le gouvernement qui, pour l’heure, a simplement déclaré « maintenir » sa proposition. Au micro de Sud Radio ce mercredi, le ministre des Comptes publics Thomas Cazenave a voulu rassurer les distributeurs : cette mesure « n’est pas une obligation », a-t-il réaffirmé, « ce que l’on veut, c’est permettre à ceux qui peuvent le faire de le faire : opérations coup de poing, plafonnement et, pour ceux qui veulent, vente à perte ». Soit une mesure « sur la base du volontariat » qui, derrière les timides incitations du gouvernement, n’a pas vocation à être appliquée dans la mesure où elle n’intéresse pas les distributeurs.

Vente à perte : une mesure taillée pour la grande distribution, mais trop aventuriste dans le contexte

Ce refus unanime ne doit pas cacher qu’en principe une telle mesure, si elle n’avait pas été aussi mal ficelée, aurait tout aussi bien pu être une excellente opportunité pour la grande distribution. En effet, avec l’autorisation de la vente à perte, le secteur aurait pu, en écrasant les stations-services indépendantes, gagner de nouvelles parts de marché, développer son monopole et élargir sa base de clients.

C’est ce que trahissent notamment les déclarations de Dominique Schelcher, le patron de Système U, sur France Inter le 12 septembre, quelques jours avant l’annonce gouvernementale : « Sur le carburant, comme j’achète et je revends, je ne peux pas revendre à perte, pour pratiquer le juste prix, je n’en ai pas le droit, contrairement à TotalEnergies par exemple ». « Qu’à cela ne tienne... il ne faut rien s’interdire » a ainsi répondu Matignon selon une source proche de la première ministre C’est après cette sortie que, Macron ayant missionné le gouvernement pour trouver une solution innovante, Elisabeth Borne a proposé la mesure.

En effet, contrairement à ce que prétend le gouvernement, la vente à perte n’a jamais été un mécanisme à la faveur du consommateur. Comme l’explique l’économiste Romaric Godin dans les colonnes de Mediapart, il s’agit d’une "distorsion de concurrence" qui permet de convertir une baisse de prix circonstancielle sur un produit en un avantage plus structurel pour les groupes les plus compétitifs au détriment des autres, se traduisant notamment par une hausse des prix sur d’autres produits. "C’est pour cette raison que cette pratique a été interdite en France en1963. L’optique est celle d’encadrer les marchés pour les faire mieux fonctionner et favoriser la concurrence“.

Mais dans le contexte d’inflation actuel, les groupes de la grande distribution ne voient pas la nécessité économique de toucher aux règles de concurrence en vigueur. Au point de s’en faire les ardents défenseurs en se découvrant de grands principes : « Nous n’avons pas le droit de vendre à perte, c’est un principe important. Il ne faudrait pas trop ouvrir cette boîte de Pandore, au risque de fragiliser à la fois l’équilibre entre les filières et l’équité territoriale entre les consommateurs", s’est par exemple justifié Alexandre Bompard, dirigeant du groupe Carrefour et président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). « Si on fait cela, on va augmenter le prix des pâtes », a même lancé à l’Assemblée le patron d’Intermarché, alors même que le prix des pâtes a augmenté de 30% en un an.

Autant de déclarations qui, loin de l’aventurisme gouvernemental, et alors qu’une nouvelle augmentation du prix des produits de première nécessité n’est plus tenable dans un contexte de « décroissance de la consommation », visent à maintenir le statut quo, alors que le grand patronat baigne déjà dans un océan de super-profits.

Un gouvernement fébrile, et un grand patronat radicalisé

Derrière ce camouflet, c’est une nouvelle fois la fébrilité du gouvernement qui s’exprime. Alors que la hausse continue des prix du carburant fait resurgir le traumatisme du mouvement des Gilets jaunes, Macron a demandé au gouvernement de trouver dans l’urgence une solution. Cela à partir d’une équation insoluble qui impose à la fois de ne pas toucher aux finances publiques, du fait de la pression sur la dette publique, et de ne pas toucher aux profits du grand patronat.

Dans ce cadre, la proposition de Macron, sans concertation avec les concernés, a pris de court le grand patronat, qui a perçu la proposition du gouvernement comme une tentative d’imposer au forceps des règles qu’il n’a pas lui-même dictées. Ce refus du grand patronat, malgré la politique de « l’offre » de Macron qui a fait beaucoup à son service, illustre aussi son degré de radicalisation, et son refus d’un aventurisme économique qui pourrait modifier, un tant soit peu, par une guerre de prix, et une exacerbation de la concurrence, les conditions économiques qui ont cours actuellement.

Alors que depuis la crise du Covid et le retour de la forte inflation, les marges de la grande distribution et de Total sont à des niveaux jamais vu depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ce front uni illustre en définitive la radicalisation d’un grand patronat qui est bien déterminé à continuer de profiter de la crise.


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