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Plan de reconversion "écolo" de Grandpuits : un rapport démontre le greenwashing du projet de Total

Les Amis de la Terre, la Confédération Paysanne, la CGT, Attac et Greenpeace publient un rapport démontrant le mensonge des arguments écologiques mobilisés par Total pour justifier son projet destructeur d’emplois à Grandpuits.

mercredi 27 janvier

Les raffineurs de Grandpuits se battent depuis près de quatre semaines contre les 700 suppressions d’emplois que Total veut imposer. Dénonçant les arguments faussement écologiques sous lequel Total justifie ces suppressions d’emplois, les grévistes se sont mis en lien avec différentes associations écologistes, dont les Amis de la Terre, Greenpeace, et Extinction Rébellion qui insistent eux aussi sur les mensonges de Total concernant son « tournant vert » et son projet de transformation de la raffinerie en « plateforme zéro pétrole ».

Ce mardi, les raffineurs de Grandpuits et leurs soutiens se sont rassemblés devant le siège de Total, où se tenait dans le même temps un comité social et économique (CSE), repeignant l’entrée du siège de la multinationale de peinture verte pour en dénoncer le greenwashing. Le même jour, les Amis de la Terre, la Confédération Paysanne, la CGT, Attac et Greenpeace publiaient une analyse revenant sur les activités de reconversion que prévoit la direction de Total pour la raffinerie de Grandpuits, en dénonçant « l’enfumage [de Total] grâce à une stratégie de communication bien huilée, à l’image de sa prétendue stratégie climat. ».

Démontrant les contradictions entre la communication de la direction de Total, les informations qu’elle se garde bien de délivrer publiquement et la réalité derrière ces effets d’annonces, le rapport prouve que l’argumentaire écologique de Total ne cache rien d’autre que la volonté d’augmenter leurs profits.

Les agrocarburants : une solution viable contre le réchauffement climatique ?

Evoquant la question des agrocarburants, le rapport commence par rappeler que Total se fixe l’objectif de produire 400 kilotonnes d’agrocarburants par an. En effet, selon la multinationale, cette production serait une des seules solutions durables pour « décarboner le secteur des transports » et donc lutter contre le réchauffement climatique. Seulement, si la direction donne la liste des matières premières qui seront utilisées à la raffinerie de Grandpuits, à savoir « un mélange de graisse animales, d’huiles usagées et d’huiles végétales » - excluant l’huile de palme tant le scandale de la Mède est encore présent dans les mémoires - elle reste silencieuse quant à l’approvisionnement de ces huiles végétales.

Or, ce que le rapport démontre très bien, c’est que les agrocarburants sont loin d’être une solution quant à l’émission de carbone. Il explique en effet que les agrocarburants de première génération entraînent plus d’émission de gaz à effet de serre que les énergies fossiles : « Remplacer les énergies fossiles par les biocarburants est sans doute l’une des pires idées pour lutter contre le dérèglement climatique : l’effet est inverse à cause de la déforestation induite et du changement d’affectation des sols. » Les auteurs reviennent également sur un rapport de la Canopée et de la Rainforest Foundation Norvège, qui pointe le fait que les objectifs visés au niveau de l’utilisation des biocarburants mènerait à une augmentation importante de la demande d’huile de palme et de soja d’ici à 2030. Cette demande entraînerait : « la destruction de 7 millions d’hectares de forêts, dans 3,6 millions sur des sols tourbeux très riches en carbone. Les émissions de gaz à effet de serres associées à cette déforestation seraient de l’ordre de 11,5 milliards de tonnes, équivalent CO2 – soit davantage que les émissions annuelles de la Chine ».

Les bioplastiques : écologiques, vraiment ?

Concernant la production de bioplastique, Total promeut l’installation d’une usine de production de PLA sur le site de la raffinerie. Des plastiques produits à partir d’acides lactiques, qui seraient, selon la direction de Total, « biodégradables » et « recyclables » et qui « contribueraient à l’économie circulaire ». Seulement, la direction ne communique pas sur l’origine des matières premières pour produire l’acide lactique, ni sur les conditions de compostage pour pouvoir réellement dégrader le plastique. Le rapport explique, en s’appuyant cette fois sur les travaux de l’association Zéro Waste, que : « La biomasse utilisée en partie dans les plastiques biosourcés – ici des plantes sucrières pour produire de l’acide lactique (canne à sucre, betteraves) – entraîne une pression sur les surfaces agricoles car elles entrent en concurrence avec les productions alimentaires.  ».

Prenant l’exemple de la monoculture de betteraves à sucre, ils montrent que d’une part, cette culture impacte les qualités des sols, de l’eau, et de la biodiversité, mais aussi que ce type que culture entraîne l’utilisation de pesticides dits « néocotinoïdes » qui sont meurtriers pour les abeilles. Aussi, ils démontent l’argumentaire du compostage, puisque les bioplastiques ne sont « bio » que si leur méthode de compostage est industrielle. Or, les pays dans lequel sont consommés ces plastiques ne sont souvent pas en capacité de mettre en place ces méthodes de compostage. Alors, comme l’explique l’analyse : « Cultiver des betteraves à sucre en Europe du Nord, pour ensuite les transformer en acide lactique en Espagne, puis les transformer en « bioplastique » à Grandpuits pour enfin exporter le PLA et avoir peu de chances qu’il soit finalement composté ou recyclé est loin d’être une chaîne de valeur « contribuant à l’économie circulaire », comme le prétend Total. »

A propos du plastique toujours, l’un des projets de la multinationale est « d’implanter une usine de recyclage de plastique par un procédé de pyrolyse, qui consiste en une réaction chimique de décomposition d’un corps organique sous l’action de la chaleur et sans autres réactifs. Cette transformation, distincte de la combustion qui fait intervenir un comburant comme l’oxygène, crée de nouveaux produits suite à un réarrangement atomique ou moléculaire. » Mais si Total s’intéresse au recyclage, on est loin d’une prise de conscience écologique, et plutôt dans une volonté de conquête de nouveaux marchés. L’analyse explique effectivement que : « sur une présentation destinée aux investisseurs datant de février 2019, le groupe table sur une augmentation mondiale de la demande en polymères - matières premières permettant de produire du plastique – estime que « le recyclage offre des opportunités de croissances supplémentaires ». […] Total estime même qu’en 2040, environ 25 % des matières premières utilisées dans la pétrochimie, dont les composantes du plastique vierge, seront destinées à l’expansion rapide du recyclage. ».

Ce que montre en réalité le décryptage réalisé par les associations, c’est que le recyclage de plastique permet à Total d’augmenter ses ventes de pétroles à travers le monde, en s’appuyant sur l’augmentation de la demande de plastique pour écouler le pétrole qui ne sera plus vendu aux secteurs des transports. Comme si cela ne suffisait pas, « en coulisse, Total fait du lobbying à travers des représentants d’intérêts au niveau européen pour bloquer toute législation contraignante visant à diminuer la consommation de plastique », alors que « sans politiques publiques pour baisser durablement la consommation de plastique, le recyclage ne restera qu’un écran de fumée ».

Un argumentaire en mode greenwashing pour cacher les suppressions d’emplois

Pour terminer leur rapport, les différentes organisations signataires dénoncent le plan social concernant la raffinerie de Grandpuits sous couvert de faux arguments écologiques. S’alliant aux revendications des grévistes, qui dénoncent depuis le début de leur lutte le greenwashing de Total, elles expliquent que malgré les déclarations de Total, qui ne promet « aucun licenciements », c’est bien 700 emplois qui sont menacés par la fermeture de la raffinerie. Elles montrent d’une part les impacts durables sur l’emploi que va engendrer la fermeture de la raffinerie dans le département, mais également l’impact sur les familles que va générer le plan de la direction.

Leur rapport se termine en concluant que les solutions face à la crise écologique ne se trouvent pas dans les mains de Total, mais bien dans celles des salariés, et dans leur alliance avec les habitants, les syndicats et les associations écologiques. La grève des raffineurs de Grandpuits est exemplaire pour de nombreux aspects, et le travail mené aux côtés des organisations comme les Amis de la Terre, Greenpeace, etc… permet de révéler aux yeux de tous que ceux qui sont en capacité de transformer la production pour qu’elle soit écologiquement viable, ce ne sont pas les entreprises capitalistes telle que Total, mais bien les travailleurs.

Pour terminer sur une phrase de conclusion de l’analyse : « Le site de Grandpuits, avec un vaste foncier, son outil industriel, les savoirs faire des salariés, offre toutes les caractéristiques pour en faire un projet expérimental dans le cadre d’une transition vers un monde sans pétrole, avec de nouveaux besoins industriels réellement durables. C’est par une approche où une vaste palette de solutions sont explorées, avec une forte implication des salariés, des habitants du territoire, des acteurs de la société civile que les solutions pour Grandpuits sont pourront se construire collectivement. »




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