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Racisme d’Etat

Plan d’expulsions racistes. Le Royaume-Uni déporte ses demandeurs d’asile au Rwanda

Un premier vol pour expulser une dizaine de migrants à Kigali contre leur gré était prévu ce mardi soir au Royaume-Uni, après la signature d’un accord de 140 millions d’euros avec le Rwanda pour y envoyer ses demandeurs d’asile. Bien que ce vol ait été suspendu, le plan inhumain de sous-traitance de la gestion migratoire du gouvernement Johnson est bel et bien lancé.

mercredi 15 juin

SIMON WOHLFAHRT / AFP

Le 14 avril dernier, le Royaume-Uni signait un accord avec le Rwanda qui permet au gouvernement britannique d’expulser les demandeurs d’asile du territoire, soit-disant le temps de l’examen de la situation de chacun, au Rwanda. Sous couvert d’« insécurité » et de lutte contre les passeurs aux frontières, Boris Johnson a ainsi expliqué les tenants de cet accord qui marque une accélération des mesures britanniques contre l’immigration : « Notre compassion est peut-être infinie, mais notre capacité d’aider les gens ne l’est pas », justifiait-il. Selon lui, son plan permettra une politique d’« immigration maîtrisée, par des voies sûres et légales, qui permet de faire des offres généreuses d’asile tout en gérant les pressions inévitables sur nos services publics ».

Mais ces éléments de langage cachent mal un projet xénophobe de sous-traitance de l’immigration par une ancienne colonie britannique qu’est le Rwanda. Comme le rappelle Mediapart le pays tente depuis plusieurs années d’appliquer une politique de dissuasion anti-immigration extrême, avec divers plans qui n’ont pas aboutis, tel que l’installation de « machines à vagues » dans la Manche. Le projet récemment adopté avait aussi été pensé il y a quelques années : le Royaume Uni avait l’idée d’envoyer les migrants dans des centres « offshores » en Papouasie-Nouvelle-Guinée, sur les îles de l’Ascension et de Sainte-Hélène ou encore dans des centres « flottants » à bord de ferries hors d’usage en mer. Finalement, c’est cet accord inhumain, qui rapporterait au gouvernement rwandais 144 millions d’euros, qui est passé, et qui devait voir sa première expulsion de demandeurs d’asile cette semaine.

En effet, ce mardi soir, un vol qui aurait transporté sept migrants jusqu’à Kigali, la capitale rwandaise, a été annulé au dernier moment par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH). Selon Médiapart : « La CEDH a estimé que l’expulsion de l’un des demandeurs d’asile, de nationalité irakienne, devait être repoussée jusqu’à ce que la justice britannique ait examiné la légalité du projet de loi, ce qui est prévu en juillet ». Un report hypocrite de la part de l’institution européenne qui demande à être sûre que les demandeurs d’asile aient accès à des procédures « équitables et efficaces ».Pourtant, avec ou sans l’aval probable de la justice britannique, il n’y a évidemment rien d’humain dans le fait de renvoyer des migrants de toutes nationalité, ayant fui la guerre ou des conditions de vies indignes, dans un pays comme le Rwanda où en 2020, près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté quand « des groupes de défense des droits humains ont accusé le gouvernement de parquer les indésirables, notamment les mendiants, les enfants des rues et les prostituées, dans des centres de détention » d’après Le Monde.

Au-delà de l’action de la CEDH, qui suspend la mesure temporairement pour mieux la légitimer, légalement, quelques protestations ont eu lieu au Royaume Uni à l’instar de celle de ce lundi 13 juin devant le Home Office, ou encore ce mardi avec des manifestants qui ont bloqué la route menant les migrants à l’aéroport avant l’expulsion prévue.

 

Le Royaume Uni n’est pas le premier pays à faire ça, comme l’indique Mediapart, « ce plan s’inspire en réalité de ce qui a été mis en place en Australie au début des années 2000 et qui relevait, déjà, de l’infamie. L’Australie envoie en effet depuis des années ses demandeuses et demandeurs d’asile à Nauru et sur l’île papouasienne de Manus, où les violations de droits humains sont nombreuses, au point qu’une plainte a été déposée devant la Cour pénale internationale pour "crimes contre l’humanité"  » .

Cette sous-traitance de la gestion migratoire au Rwanda démontre qu’il existe un droit impérialiste à expulser qui l’on veut de son territoire pour l’envoyer où l’on veut, dans l’unique but de renforcer sa politique. Encore une fois, il est clair que les vies de plusieurs milliers de migrants cherchant des conditions de vie dignes au Royaume Uni ou ailleurs, ne valent rien aux yeux des dirigeants, racistes et réactionnaires. Pour un accès à la vie digne pour toutes et tous, ouvrons les frontières !



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