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Grève pour le respect

« On est tous maltraités » : interview d’un travailleur du nettoyage à Jussieu en grève

Depuis ce mardi 14 septembre, refusant de se plier à la politique de précarisation acharnée de leurs conditions de travail qui a débuté en février dernier à l’arrivée de la nouvelle direction du nettoyage des locaux, Arc en Ciel, l’intégralité du personnel de ménage du campus Jussieu de Sorbonne Université est en grève. L’équipe de Révolution Permanente a pu s’entretenir avec deux grévistes dont le porte-parole de la grève.

jeudi 16 septembre

Crédits photo : CGT FERC Sup

En février dernier, la direction du nettoyage des locaux du campus Jussieu de Sorbonne Université est passée aux mains de la société Arc en Ciel. Depuis, le personnel de ménage - racisé et largement féminisé - s’est vu imposer une dégradation massive de ses conditions de travail. Ce mardi 14 septembre, une trentaine de suppressions de postes plus tard et face à la sourde oreille de la direction du chantier et de la faculté aux revendications des salarié.es, 100% du personnel de ménage s’est mis en grève. Ce jeudi, la grève a été reconduite par les salariés.

RP : Bonjour, peux-tu te présenter et expliquer pourquoi vous êtes en grève contre la nouvelle société de nettoyage du campus Jussieu, Arc en Ciel ?

Je suis un salarié de Jussieu Arc en Ciel nettoyage. Je suis là depuis 15 ans, ancien dans le chantier. Je fais partie des salarié.es grévistes et en suis le porte-parole pour mener la grève jusqu’au bout.

Ils ont commencé par virer les gens. A l’heure actuelle, l’entreprise a déjà licencié deux chefs et une trentaine de personnes en CDD dans le ménage. Ils ont une politique de faire travailler les gens comme des robots, il n’y a pas d’autre mot. C’est une charge de travail terrible et les salarié.e.s viennent travailler avec une boule au ventre.

Le chef de site, embauché par la société dans le but de réorganiser le chantier, a commencé à faire beaucoup de choses et beaucoup de mal aux salarié.es. Il a supprimé des emplois, changé des personnes de poste et veut fractionner les heures de travail.

Il ne veut plus des temps pleins à Jussieu mais plus que des CDD. La charge de travail est énorme pour les salariés sur lesquels ils veulent faire des bénéfices. je vous donne un exemple : dans la tour de Jussieu, il n’y a qu’une seule dame qui est chargée de nettoyer les toilettes du premier au vingt-quatrième étage, mais c’est de la folie ! Face à notre direction, les 150 salarié.e.s du site ont décidé de se mettre en grève aux côtés des syndicats de Jussieu. On est très motivé.e.s à aller jusqu’au bout et obtenir nos revendications.

RP : Quelles sont vos revendications ?

Nous avançons plusieurs revendications. La première c’est que [le chef du chantier] ne reste pas à Jussieu, personne ne veut de lui. La deuxième revendication est de régulariser les contrats de celles et ceux qui n’en ont pas. De plus, on ne veut pas qu’ils touchent aux horaires des gens, changer des heures ou muter les salarié.e.s parce qu’ils veulent fractionner [les heures des postes supprimés]. Il faut payer les gens qui ont travaillé des heures supplémentaires et fait des travaux exceptionnels (TE), qui n’étaient pas payés jusqu’à maintenant. En tout, Il y a six ou sept revendications qui concernent le contrat, la rémunération et le harcèlement.
 
RP : Vous pouvez dire un mot sur le harcèlement que vous subissez ?
Tous les salariés subissent du harcèlement. Même si certains ont travaillé dans un même service pendant des années, la direction vient les harceler, leur donner des ordres, les changer de service de manière brutale et alourdit la charge de travail. Si tu tentes de discuter en leur faisant comprendre que c’est trop pour toi, la direction t’envoie une lettre pour te mettre la pression. A chaque fois que tu t’opposes, c’est une nouvelle lettre et à la troisième, ils te virent. C’est une politique d’intimidation et ils n’hésitent pas à licencier les gens.

RP : C’est ce qui est arrivé aux personnes qui ont été licenciées ?

Oui, il y a déjà deux personnes qui ont été licenciées : un chef de site et un chef d’équipe. Le chef de site est en arrêt maladie pour le moment mais ils sont en train de le licencier. Le chef d’équipe, lui, est en mise à pied mais on sait tous que sa mise à pied sera suivie par un licenciement. Il y’a aussi des rumeurs comme quoi la direction aurait des listes de salarié.e.s à licencier, ils ne vont épargner personne… Nous sommes contre cette politique et nous souhaitons tout que cela change.

Une autre gréviste ajoute :

Ils n’ont aucun respect pour les salarié.e.s et leur parlent très mal. Il n’y pas de bonjour ou au revoir, ce ne sont que des ordres. On n’a pas le droit de parler aux gens comme ça surtout que moi je ne les connais pas, ils ne me connaissent pas. Je suis blessé au poignet et ils ont refusé que je prenne mon rendez-vous de kiné pendant mes heures de travail ou de changer mes horaires de manière exceptionnelle pour que je puisse aller à mon rendez-vous médical. Si je suis en grève ici c’est pour tout le monde. Je viens de commencer je ne sais pas tout ce qu’il se passe mais on est tous maltraités.




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