×

Aéronautique

« La mobilisation s’amplifie » : 5ème jour de grève à Airbus après un licenciement

Suite au licenciement d'un salarié le jeudi 2 novembre, une grève massivement suivie a éclaté au pôle peinture d'Airbus à Toulouse. Au cinquième jour de grève, la mobilisation continue de prendre de l'ampleur malgré les manœuvres de la direction.

Rafael Cherfy

6 novembre 2023

Facebook Twitter
« La mobilisation s'amplifie » : 5ème jour de grève à Airbus après un licenciement

Crédit photo : Capture d’écran vidéo de Toulouse Métropole sur les Ateliers de peinture Satys.

Un licenciement qui a choqué les collègues de Corentin

Dans la matinée du jeudi 2 novembre, Corentin, peintre aéronautique sur l’A320 s’est fait licencié par Airbus pour avoir oublié de porter ses EPI (en l’occurrence un harnais de sécurité). « Il a été raccompagné vers la sortie avec deux véhicules du service de sécurité doté de 6 vigiles. Il a été traité comme si c’était un bandit » dénonçait dans nos colonnes Bruno Galaud, délégué central adjoint de la CGT Airbus.

Après 8 ans passés à Airbus, le licenciement de Corentin est un véritable choc pour ses collègues. « Corentin n’a jamais reçu le moindre reproche, ni sur la qualité de son travail, ni sur le respect des consignes de sécurité. Tous ses collègues reconnaissent son professionnalisme et ils sont extrêmement choqués par cette décision brutale de la direction » explique la CGT Airbus dans un communiqué

Une grève spontanée qui s’amplifie au cinquième jour de reconductible

C’est sur cette base qu’une grève spontanée a éclaté au pôle peinture d’Airbus à Toulouse pour exiger la réintégration de Corentin. Dès le lendemain, la grève a été reconduite et l’équipe travaillant le week-end a voté en assemblée générale la poursuite du mouvement à la quasi unanimité.

Selon la CGT, plus de 80 % des 170 peintres présents sur les différentes salles de peinture à Airbus Toulouse sont en grève depuis jeudi. « Le pôle peinture est à l’arrêt depuis jeudi, des avions qui devait sortir ne sortent pas et le mouvement est massivement suivi. Ce lundi, dans l’une des salles de peinture ou le mouvement était peu suivi, les collègues sont finalement rentrés massivement en grève. Ce cinquième jour de grève est le plus suivi, la mobilisation s’amplifie » affirme Bruno Galaud.

Face à la colère montante, la direction lance « une campagne de désinformation »

Face à l’ampleur de la grève, la direction cherche à endiguer la dynamique avec différentes manœuvres. « La direction convoque les salariés au lancement des équipes pour les convaincre de ne pas faire grève. Des salariés nous ont dits que la direction explique que Corentin avait un passif disciplinaire, alors que c’est totalement faux » explique le délégué central adjoint de la CGT Airbus.

De plus, dans un communiqué, la direction du géant aéronautique affirme que Corentin « a délibérément refusé de se conformer aux règles de sécurité en vigueur chez Airbus ». Bruno Galaud dénonce lui « une campagne de désinformation pour faire croire que le salarié est indéfendable » expliquant la situation : « quand sa hiérarchie a notifié à Corentin l’oublie du harnais, il l’a immédiatement remis, la direction ment quand elle parle de refus délibéré ».

Une colère contre le virage disciplinaire de la direction sur les questions de sécurité

La grève actuelle exprime un ras-le-bol plus général. Face à un virage répressif sur les questions de sécurité, les salariés ont le sentiment que la direction peut les licencier pour n’importe quel prétexte. « La grève est très suivie parce que les ouvriers ne veulent pas continuer dans ce climat anxiogène » décrit Bruno Galaud. Cette gestion répressive de la sécurité va de pair avec une la forte augmentation des cadences.

En effet, Airbus risque d’atteindre prochainement le seuil historique de 8 000 commandes d’avions en attente. Une pression à produire toujours plus vite qui retombe sur les salariés comme l’illustre justement le cas de Corentin : « Sa faute ? Avoir accepté à la demande de sa hiérarchie de faire des heures supplémentaires : 5 samedis de suite, dont 2 après une semaine de travail de nuit (inter). C’est-à-dire, une semaine qui commence le dimanche soir à minuit, et qui se termine le samedi à 11h. Si le 4ème samedi à 5h du matin, Corentin oublie momentanément de porter les EPI (harnais de sécurité), c’est du fait de la fatigue accumulée par ces horaires et ces heures supplémentaires » dénonce le communiqué de la CGT Airbus.

Ainsi, plutôt d’embaucher massivement pour faire face aux cadences, la direction d’Airbus fait peser la pression des cadences sur les salariés. Au lieu de prendre en compte les causes réelles de danger au travail, la direction se sert de la sécurité pour prendre un virage disciplinaire. Comme le résume le communiqué de la CGT : « Aucun salarié ne se met volontairement en danger au travail. C’est toujours les conditions de travail, la charge de travail, la pression exercée, les cadences, le matériel défectueux ou les mesures de sécurité inadaptées qui sont à l’origine des accidents ».

Élargir et généraliser la grève aux autres secteurs d’Airbus

Alors que la grève montre une force inédite, la direction multiplie les manœuvres pour casser la dynamique actuelle. Pour y faire face, l’élargissement de la grève aux autres secteurs du géant aéronautique devient une nécessité pour réussir à faire reculer la direction. En étendant le mouvement, il deviendrait possible d’obtenir non seulement la réintégration de Corentin, mais aussi d’arracher des mesures telles que des embauches pour faire face aux cadences, l’arrêt de la répression et de meilleures conditions de travail. Pour y parvenir, développer l’auto-organisation des grévistes dans des assemblées générales sera décisif.


Facebook Twitter
SNCF : 300 personnes en soutien à Régis, menacé de licenciement pour avoir dénoncé des VSS

SNCF : 300 personnes en soutien à Régis, menacé de licenciement pour avoir dénoncé des VSS

Roissy : face à la pression patronale, les salariés d'un sous-traitant de Sixt en grève reconductible

Roissy : face à la pression patronale, les salariés d’un sous-traitant de Sixt en grève reconductible

Éducation : la grève du 22 avril ne peut rester isolée, il faut un plan pour élargir la lutte !

Éducation : la grève du 22 avril ne peut rester isolée, il faut un plan pour élargir la lutte !

« Ils veulent museler toute contestation ». La CGT Fleury Michon appelle à la grève contre la répression

« Ils veulent museler toute contestation ». La CGT Fleury Michon appelle à la grève contre la répression

5 jours de mise à pied : la SNCF réprime Marion, cheminote ayant dénoncé une agression sexuelle

5 jours de mise à pied : la SNCF réprime Marion, cheminote ayant dénoncé une agression sexuelle

« Tavares gagne 36,5 millions grâce aux ouvriers sous-payés » Vincent, délégué CGT Stellantis

« Tavares gagne 36,5 millions grâce aux ouvriers sous-payés » Vincent, délégué CGT Stellantis

Toulouse. Marche blanche en mémoire d'Adrien, employé de l'ATPA-SPA en lutte contre la maltraitance animale

Toulouse. Marche blanche en mémoire d’Adrien, employé de l’ATPA-SPA en lutte contre la maltraitance animale

100€ à débourser pour accéder à son CPF : le gouvernement fait à nouveau payer les travailleurs

100€ à débourser pour accéder à son CPF : le gouvernement fait à nouveau payer les travailleurs