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Politique

Après le bâton, la carotte

Fin du masque dans les lieux culturels et de loisirs : Macron joue avec le feu pour légitimer sa stratégie

Alors que la menace de la 4ème vague rappelle plus que jamais la nécessité d’une réponse sanitaire à la hauteur, le gouvernement ne manque pas de d’inventivité en matière d’irresponsabilité sanitaire pour légitimer sa gestion autoritaire de la crise et convaincre du retour des jours heureux, décrétant ce mardi que les lieux soumis au passe sanitaire ne seront plus soumis au port obligatoire du masque.

mardi 20 juillet

Crédit photo : Linh PHAM / AFP

Ce mardi 20 juillet, un décret signé par le premier ministre Castex, le ministre des solidarités et de la santé Véran, le ministre de l’intérieur Darmanin et le ministre des outre-mer Lecornu et publié dans le Journal Officiel, établissait la dispense du port du masque - sauf décision préfectorale de l’exploitant ou de l’organisateur - dans les lieux soumis au passe sanitaire soit, dès mercredi 21 juillet, les lieux de loisir et de culture où la jauge dépasse 49 personnes. Dans les boîtes de nuit par exemple, le port du masque ne sera pas obligatoire. Un moyen tout trouvé par le gouvernement pour légitimer sa gestion répressive de la reprise épidémique et justifier son instrumentalisation des libertés en persuadant la population - notamment la jeunesse - de se soumettre à sa politique-chantage du passe sanitaire en la draguant avec la promesse du « retour à la vie d’avant ».

Une absurdité sanitaire quand on sait que la vaccination, bien que protégeant des formes graves et diminuant la chance d’être contaminé par la Covid-19, ne signifie pas le risque zéro d’infection, donc d’être porteur du virus, notamment face au variant Delta, à l’origine de cette quatrième vague épidémique. Ainsi, selon une étude israëlienne, la probabilité de transmission du Covid est de 4% entre deux personnes vaccinées au sein d’un foyer de quatre personnes.

Cette mesure d’allègement des restrictions sous condition d’un passe sanitaire est un non-sens sanitaire grave face à une situation épidémique telle qu’en France où le nombre de contaminations au Covid-19 double tous les cinq jours.

En ce sens, il faut que rappeler que dans la stratégie vaccinale, outre l’élimination des formes graves, s’inscrit aussi la casse des chaînes de transmission du virus, essentielle pour freiner la flambée épidémique et puis mettre définitivement terme à l’épidémie. La promulgation de ce décret repousse donc la réalisation de cet élément indispensable pour enrayer l’épidémie.

L’illogisme sanitaire du gouvernement avec ce décret s’exprime dans toute sa splendeur quand on sait que le port du masque obligatoire en extérieur a été de nouveau établi dans certaines régions, comme dans le Pas-de-Calais où il a même été étendu à 12 communes il y a quelques jours, et remis en place dès ce mardi dans 45 communes en Charente-Maritime.

La gestion erratique de l’épidémie de Covid-19 par le gouvernement, teintée de mépris, se prolonge encore. « Il y a plus de 10 000 cas avant-hier, nous sommes à 7000 cas aujourd’hui en moyenne par jour dans notre pays. On est entre 100 et 130% d’augmentation des cas en une semaine. » alertait Oliver Véran au micro de RTL ce mardi, tout en signant ce même jour le décret de dérogation du port du masque dans les lieux demandant le passe sanitaire. Le ministre des solidarités et de la santé a poursuivi ses déclarations avec un discours accusateur remettant la responsabilité de la flambée épidémique actuelle due à l’incurie de la gestion sanitaire gouvernementale sur le dos de la jeunesse, qualifiant la circulation du Covid-19 et de ses variant comme étant « aujourd’hui […] une épidémie de jeunes, vraiment une épidémie de jeunes ».

Enfin, le gouvernement tente de normaliser et de justifier sa gestion autoritaire de crise sanitaire en l’imposant comme unique méthode capable d’assurer le fameux retour des jours heureux. En outre, il appuie sa politique en jouant la carte du consentement : sans écrire noir sur blanc dans les textes de loi que la vaccination est obligatoire, il y conditionne les libertés de circulation ou d’accès à des lieux publics. Une illusion mensongère que dénonce Jérôme Martin, de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, dans les colonnes de Basta Mag : « Quand on conditionne la liberté de circulation à la vaccination, on rend le vaccin obligatoire de fait, mais indirectement, par la contrainte".

En légitimant ainsi le conditionnement liberticide de ses décisions sanitaires, le gouvernement creuse plus encore le fossé entre l’absolue nécessité de vacciner largement la population et celle d’une réelle et large diffusion de l’information adressée à cette dernière pour l’en convaincre. Un fossé qui laisse une place non négligeable à la mésinformation, par les idées réactionnaires de l’extrême droite et complotistes.

Voilà donc qu’après avoir usé du bâton, le gouvernement joue de la carotte et par là-même s’autorise à jouer avec la santé de la population pour la forcer à suivre sa direction. Un savant mélange entre répression, pression et récompense. Répression envers les médecins et le personnel de restauration, qui risquent des sanctions en cas de non vaccination, pression pour les citoyens et les précaires, obligés de se faire vacciner pour accéder à certains lieux ou de payer les test PCR, et récompense, avec l’arrêt du port du masque dans certains lieux clos publiques. A nouveau, en arrière-plan ce que le gouvernement essaye de faire miroiter à l’horizon c’est le retour des « jours heureux » dont la réalisation a été violemment percutée par le retour au premier plan de la crise sanitaire.

Plus que jamais contre toute mesure policière et coercitive, il s’agirait d’œuvrer, à la base, à mettre en œuvre une véritable stratégie de prévention à même de briser les chaines de contamination. Une généralisation de la vaccination ne peut être imposée par la coercition, ni par des faux-semblants de mesures sanitaires, mais seulement par un travail patient de conviction que seule une alliance entre les soignants et la population peut mettre en œuvre, sur les lieux de travail et d’études, dans les quartiers populaires




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