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Genocide Joe

Etats-Unis. Un mouvement historique de la jeunesse pour la Palestine

Si Black Lives Matter (BLM) avait brisé le confinement et trouvé son expression maximale dans la rue, ce mouvement pro-palestinien prend également la rue, mais son épicentre se trouve dans les campus universitaires et les écoles, rappelant le spectre du très puissant mouvement étudiant contre la guerre du Viêt Nam dans les années 1970. Est-il possible que la jeunesse entraîne le mouvement ouvrier américain derrière elle ?

Jimena Vergara

13 novembre 2023

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Etats-Unis. Un mouvement historique de la jeunesse pour la Palestine

De la mer au jourdain : Palestine will be free !

« Arrêtez le génocide », « Libérez la Palestine » crie la jeunesse américaine. Des mobilisations qui ont fait l’effet d’une bouffé d’air frais, deux jours seulement après l’attaque du Hamas et les premiers bombardements sur Gaza. Les premières manifestations ont été appelées par des organisations politiques comme le Parti pour la libération socialiste (PSL) et des organisations arabes comme Within Our Lifetime, sous l’impulsion de secteurs de la jeunesse et de l’importante communauté musulmane et arabe, qui compte quelque 3 millions de personnes aux États-Unis.

Et ça ne s’est pas passé seulement aux Etats -Unis. Partout dans le monde, des pays impérialistes aux pays du monde arabe, nous avons vu grandir la solidarité avec la Palestine, en dépit d’une répression sévère et d’attaques contre les manifestations, comme en Allemagne ou en France.

Le 12 octobre, la première marche des étudiants pour la Palestine, à l’appel d’organisations d’étudiants arabes et de mobilisations spontanées de composition multi-ethnique dans des dizaines d’universités du pays, a fait réagir l’opinion publique. La presse a répondu soit par le silence en invisibilisant la mobilisation, soit par la diffamation. « Ce sont des terroristes », « Ils sont antisémites » : pouvait-on lire dans les colonnes des grands médias. Suite à ça, les mobilisations ont pris de l’ampleur, et la communauté juive antisioniste a commencé à élever la voix : « Pas en notre nom ».

Le 14 octobre, les étudiants de Harvard, l’une des principales écoles privées de l’intelligentsia des États-Unis, ont réagi avec force, par une manifestation au sein de l’université. Cette manifestation s’est opposée à la position de la direction de l’université - dictée par la Maison Blanche - qui soutenait inconditionnellement Israël et son droit à se défendre. Devant une presse stupéfaite, y compris le New York Times progressiste, les étudiants ont scandé : « Libérez la Palestine » (Free Palestine).

Dans le courant du mois d’octobre, les mobilisations sur les campus universitaires du pays se sont répandues comme une traînée de poudre (New York University, Penn State, Temple, Columbia, Barkley, Yale, CUNY). La plus grande organisation juive antisioniste américaine, Jewish Voices for Peace, a investi Grand Central le 13 octobre - la célèbre gare qui représente la richesse de la grande bourgeoisie américaine, notamment la famille Vanderbilt - à New York. Cette action a été diffusée par le cinéaste Michael Moore en direct sur son compte Instagram. Des centaines de juifs antisionistes ont été arrêtés par la police ce jour-là alors qu’ils criaient des slogans très clairs : Pas en notre nom, Cessez-le-feu, Palestine libre, Stop à l’occupation, Laissez Gaza vivre ! La manifestation juive antisioniste a fait le tour du monde, révélant l’absurdité de l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme. La mobilisation juive ne tombe pas du ciel, elle est l’expression actuelle d’une rupture générationnelle qui couve depuis plusieurs années au sein de la diaspora juive qui rejette de plus en plus la politique d’Israël sur la Palestine, renforçant les rangs du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanction).

Et pourtant, Israël a continué. Et pourtant, le génocide en cours ne s’est pas arrêté. Et chaque jour, à chaque réveil, nous constatons avec horreur que le génocide continue. Au moins 10 000 morts, des milliers de blessés, des millions de personnes déplacées à Gaza, sans compter les atrocités perpétrées par l’armée et les colons organisés et armés en Cisjordanie. Derrière les chiffres, il y a des noms, beaucoup de noms d’enfants palestiniens. Le sionisme révèle un des visages les plus sanglants et violents de l’impérialisme. Mais il réveille aussi l’espoir qui se met en marche, et l’internationalisme qui se construit.

Le mouvement international pour la Palestine et son expression au cœur de la puissance impérialiste que sont les Etat-Unis ont balayé la propagande génocidaire, des attaques pour « antisémitisme » qui servent à renforcer l’islamophobie et les divisions raciales au sein de la classe ouvrière et des opprimés, des « fake news » et des discours maccarthystes inlassables contre toute forme de manifestation pro-palestinienne. Ils ne peuvent pas nous faire taire : ni Macron en France, ni le gouvernement allemand, ni Biden aux États-Unis. Palestine libre !

Des campus à Washington, de Washington aux campus

La manifestation du 4 novembre en solidarité avec la Palestine à Washington D.C. était la plus importante depuis le début de ce vaste mouvement d’avant-garde. Plus précisément, c’est une jeunesse multi-ethnique qui a pris la tête d’une partie des masses pour protester contre les massacres de l’Etat d’Israël en Palestine et contre l’occupation coloniale.

Ce sont 100 000 personnes qui ont envahi la capitale, venant des confins de la côte ouest, de Virginie, de New York et de dizaines d’autres États. Le même jour, des dizaines de manifestations ont eu lieu dans d’autres villes comme Detroit, New York, Chicago, Las Vegas, Portland et Cincinnati. L’ampleur nationale du mouvement rappelle le mouvement Black Lives Matters (BLM) à son apogée en 2020. Ces manifestations réunissent des personnes issues des communautés musulmanes et arabes. C’est toute la génération forgée par Black Lives Matter et une jeunesse qui s’éveille à la vie politique qui sort dans la rue. Dans les mobilisations massives, comme celle de Washington, ce ne sont pas seulement les jeunes qui peuplent les cortèges, mais des familles entières, des enfants et de nombreux Palestiniens qui ont de la famille à Gaza. A Washington, les manifestants ont scandé les slogans qui ont jusqu’à présent marqué le mouvement, et ils ont dirigé leur colère contre la Maison Blanche et son représentant : « Genocide Joe ».

La participation du mouvement étudiant, qui ne s’était pas mobilisé depuis des décennies, est la principale nouveauté de la mobilisation, rappelant l’énorme mouvement anti-guerre du Vietnam dans les universités. Sur les campus universitaires, ce nouveau mouvement est dirigé par des organisations pro-palestiniennes et arabes - qui ont été réprimées et interdites sur certains campus, telles que Students for Justice in Palestine - et, dans une moindre mesure mais avec un poids important, par des organisations juives antisionistes.

Le 9 novembre, le caractère étudiant du mouvement s’est manifesté avec force lors d’une grande journée de lutte à travers le pays, avec des actions de désobéissance civile organisées par des étudiants et des lycéens. À New York, aux côtés des étudiants de la New School, l’une des universités d’élite de la ville, qui scandaient « Libérez, libérez la Palestine », quatre garçons noirs de 12 ans ont hissé un drapeau palestinien sur un terrain de basket.

La veille du 9 novembre, les étudiants du travail social de Columbia ont occupé leur département en solidarité avec la Palestine. Même si le mouvement n’a pas encore l’ampleur de celui qui s’était opposé à la guerre du Vietnam, il est impossible de ne pas évoquer le souvenir du printemps 1968. En opposition à la guerre et en solidarité avec le Vietnam, les étudiants de Columbia avaient occupé tout le campus et 700 étudiants avaient alors été arrêtés par la police new-yorkaise.

Le 9 novembre, pendant que les étudiants de New York et de tout le pays tenaient la police locale en haleine, des militants et des journalistes ont investi le siège du New York Times, qu’ils avaient baptisé « The New York Crimes », exigeant un cessez-le-feu et dénonçant la couverture pro-génocide de l’un des plus prestigieux médias de masse.

Le mouvement se développe et grandit malgré la réponse maccarthyste de l’État, des patrons et des autorités universitaires, dont la répression reste néanmoins limitée, car le régime ne dispose pas du rapport de force nécessaire pour criminaliser le mouvement dans son ensemble.

Une offensive maccarthyste du gouvernement se prépare... et un mouvement démocratique y répond

Les partis républicains et démocrates ont lancé une offensive contre les parlementaires pro-palestiniens au Congrès. Par exemple, la Chambre des représentants a censuré la démocrate américaine d’origine Palestinienne et membre des Socialistes démocrates d’Amérique Rashida Tlaib pour avoir manifesté en solidarité avec Gaza et avoir déclaré « de la mer au jourdain » au sein du Congrès. Plus de 20 parlementaires démocrates se sont rangés aux côtés des républicains au cours de cette offensive contre Rashida Tlaib.

Les employeurs et les directions d’universités ont réagi au mouvement en restreignant les discours pro-palestiniens, en diffamant et en interdisant les manifestations en les qualifiant d’« antisémites » ; et en accompagnant le harcèlement par les sionistes des militants pro-palestiniens. Dans plusieurs secteurs du monde du travail, notamment la santé, les patrons ont licencié des personnes qui s’étaient exprimées en faveur de la Palestine ou avaient plaidé en faveur d’un cessez-le-feu. Des plateformes comme Instagram ont déjà supprimé des comptes pro-palestiniens, comme l’un des comptes de Jewish Voices for Peace ou Eye on Palestine, qui comptent tous deux des millions de followers.

Les États fédéraux votent des budgets d’exception, comme celui adopté à New York et en Floride, pour « lutter contre l’antisémitisme » sur les campus, en investissant dans davantage de surveillance et de technologie pour créer une sorte de « liste noire » des personnes qui s’expriment en faveur de la Palestine.

Il y a deux jours à peine, en réponse à l’occupation pacifique du département de travail social de Columbia, l’organisation étudiante arabe Students for Justice in Palestine (SJP) et l’organisation juive Jewish Voices for Peace (JVP) ont été suspendues par les autorités pour avoir recouru à de « l’intimidation et à une rhétorique menaçante ». L’offensive répressive n’est pas seulement une réponse préventive à l’avancée du mouvement, mais c’est aussi le résultat du poids du lobby sioniste américain dans les décisions de l’État et du bipartisme américain, qui pousse fortement à l’adoption de mesures maccarthystes contre l’« antisémitisme ».

La répression des droits démocratiques, associée à la brutalité de l’attaque israélienne contre Gaza, qui a choqué le monde avec des scènes poignantes de génocide en temps réel, et le puissant mouvement international pour la Palestine, ont déjà encouragé l’émergence d’une réponse démocratique qui va au-delà de ceux qui se mobilisent dans les rues et des étudiants.

Elle inclut ceux qui boycottent des marques comme Starbucks et McDonalds pour « promotion du génocide », ceux qui participent au mouvement BDS, ou ces travailleurs, professionnels, femmes au foyer, qui demandent un cessez-le-feu sur les médias sociaux, mais aussi sur leur lieu de travail et dans les écoles. Il s’agit d’une avant-garde très large qui fait évoluer la conscience des travailleurs et des classes moyennes en exigeant un « cessez-le-feu » avec des slogans tels que « Libérez la Palestine », « Arrêtez le génocide », « Arrêtez l’occupation », « Arrêtez toute aide financière et militaire américaine à Israël », et des chants tels que « Israël bombarde, l’Amérique paie, combien d’enfants avez-vous tués aujourd’hui ? »

La mobilisation doit s’affronter au deux grands parti impérialistes (démocrates et républicains), l’Etat d’Israël, le président Joe Biden, Donald Trump, l’extrême droite antisémite, les médias, le lobby sioniste, la police, et pourtant il continue de se développer.

Genocide Joe

Si Joe Biden n’avait pas besoin d’une chose dans sa course à la réélection et dans son programme international complexe, c’était d’une guerre régionale potentielle au Moyen-Orient et d’un mouvement anti-guerre anti-impérialiste à l’intérieur du pays. Depuis l’éclatement de la crise israélo-palestinienne, l’administration Biden a été confrontée à d’importants défis, tant au niveau national qu’international.

Après avoir rapidement soutenu la réponse d’Israël aux attaques du 7 octobre et approuvé toutes les fake news diffusées par le gouvernement israélien, l’administration Biden s’est mise à prôner une « pause humanitaire » et certains secteurs du régime exigent que l’administration s’engage à nouveau en faveur d’une politique pour deux États et d’un éventuel changement de régime à Gaza sous l’égide de l’Autorité nationale palestinienne, pourtant largement discréditée.

Si cette proposition est une mascarade, elle n’en est pas moins le résultat d’un large soutien international et national à la Palestine. Le mouvement américain s’inscrit dans le cadre d’un phénomène international plus large mentionné plus haut, qui s’étend du Yémen à l’Égypte, en passant par l’Espagne, la France, l’Allemagne, le Mexique, le Costa Rica et l’Australie. Le mouvement pro-palestinien actuel vient s’ajouter à la difficulté des États-Unis à maintenir Netanyahou sur la ligne de l’intérêt primordial des États-Unis dans la région : maintenir à tout prix le statu quo d’une hégémonie américaine en difficulté.

Si, en public, l’administration Biden soutient pleinement les actions d’Israël, en coulisses, elle s’efforce d’empêcher Netanyahou d’intensifier sa riposte à un niveau susceptible d’entraîner des conséquences imprévisibles.

Dans ce contexte, l’administration de Joe Biden n’a pas été épargnée par la perte croissante de légitimité des actions d’Israël - remises en question par des dizaines de pays et par les Nations unies - et ces actions génèrent une crise qui remet sérieusement en question sa campagne de réélection.

Le 12 octobre, Josh Paul, haut fonctionnaire du département d’État, a démissionné en raison de son désaccord avec le soutien « aveugle » de Joe Biden à Israël et son approbation du « statu quo de l’occupation » (souligné par la rédaction). Quelques jours plus tard, 11 membres de l’équipe de Joe Biden ont rejoint Paul en raison de leurs « graves divergences » avec la politique israélienne du président. Des rumeurs fondées filtrent dans la presse selon lesquelles un mémo interne critiquant la politique israélienne de M. Biden circule déjà dans les hautes sphères du gouvernement.

Outre l’énorme colère et l’antipathie de la jeunesse américaine à l’égard de Joe Biden, les sondages électoraux de la semaine dernière ont révélé des résultats très préoccupants pour les démocrates. Selon un nouveau sondage, le soutien du président Joe Biden parmi les Arabo-Américains, qui sont des électeurs cruciaux dans les États en pleine mutation, s’est effondré, passant d’une majorité confortable en 2020 à seulement 17 %, dans un contexte de colère croissante face au soutien du président démocrate aux attaques d’Israël contre Gaza. Le soutien des Arabo-Américains à M. Biden, qui était de 59 % en 2020, est tombé à 35 % avant même l’éclatement de la violence au Moyen-Orient, selon le sondage commandé par l’Institut arabo-américain, mais il a diminué de moitié depuis le 7 octobre. Ces évolutions dans les sondages s’inscrivent dans le contexte de récents sondages selon lesquels J.Biden se situerait à quatre points de Donald Trump dans les intentions de vote en 2024.

Dans le même temps, l’influence du Parti démocrate et de tous ses « tentacules » sur les masses et le mouvement est nettement plus faible comparé à d’autres mouvements de contestation, comme celui pour les droits reproductifs. Le Parti démocrate est confronté à des défis considérables lorsqu’il tente de contrôler le mouvement par le bas.

Le scénario est différent de celui de la guerre en Ukraine, où le gouvernement avait réussi à rallier à ses politiques les électeurs démocrates, leurs millitants, un groupe d’indépendants ainsi qu’une partie non négligeable des républicains. Biden a réussi ces alliances en développant un discours idéologique consistant à présenter la guerre en Ukraine comme une lutte pour la démocratie et la liberté contre la tyrannie.

Pour la Palestine, la situation est totalement différente. Les défis de l’administration et du régime en général alimentent le mouvement pro-palestinien et deviennent rapidement un enjeu majeur non seulement pour les démocrates, mais aussi pour les sections de la bourgeoisie qui ne veulent pas de l’imprévisibilité et de l’aventurisme d’une deuxième administration Trump.

Bernie Sanders, la bureaucratie syndicale et un sentiment pro-palestinien croissant dans la classe ouvrière

Comme nous l’avons dit, le mouvement cible de plus en plus Biden, mais pas seulement. Il y a quelques jours, des élections ont eu lieu dans le Kentucky, la Louisiane et le Mississippi, dans les assemblées législatives des États, de mairies et d’autres fonctions locales. Le parti démocrate a obtenu des scores non négligeables du beaucoup plus à son programme progressiste concernant les droits reproductifs, qu’à une influence et une attractivité.

Le discrédit du parti démocrate face à la crise palestinienne a atteint la base de Bernie Sanders, qui a manifesté à l’intérieur de son bureau la semaine dernière en scandant : « Bernie Sanders, vous ne pouvez pas vous cacher, nous vous accusons de génocide ! » Le sénateur du Vermont à continué à affirmer le « droit d’Israël » à se défendre, s’est aligné sur la demande de pause humanitaires de Biden et à demandé l’intervention de la police pour réprimer les manifestations au sein de son bureau.

La crise a également remué des secteurs au sein du DSA (démocratic socialists for America). En effet, le groupe de travail « Free Palestine » a quitté l’organisation il y a quelques jours.

Le mouvement syndical, déjà engagé depuis longtemps dans un processus de recomposition subjective, avec la grève de l’UAW comme exemple saillant du réveil ouvrier des deux dernières années - n’est pas à l’abri de la crise que provoque la Palestine et les perturbations internes au pays.

L’AFL-CIO (principal syndicat du pays) soutient Biden et Israël, et ses dirigeants ont bloqué l’adoption d’une résolution sur le cessez-le-feu. Le dirigeant du SEIU (syndicat international des métiers des services), Kooper Caraway, a été exclu du syndicat pour avoir exprimé son soutien à la Palestine. Alors que la direction de l’AFL-CIO soutient comme d’habitude la politique impérialiste du Parti démocrate, il y a une forte pression de la base dans de nombreux syndicats (pas seulement Starbucks, qui exprime les éléments les plus avancés de la Génération U) pour que la direction se prononce en faveur de la Palestine.

Le mouvement ouvrier et syndical s’est également mis en action. A Oakland, il y a quelques jours, les dockers ont fait grève en soutien aux manifestations pro-palestiniennes et pour bloquer les navires à destination d’Israël. Ce syndicat avait également organisé des arrêts de travail pendant BLM, alors que le mouvement contre les violences policières était déjà massif. On peut trouver des dizaines de déclarations de sections syndicales accompagnés de signatures de milliers de travailleurs qui circulent largement. Ces positions à la base exigent des directions syndicales qu’elles prennent position pour la Palestine.

Alors que les conflits ouvriers contre l’inflation se développent ainsi que les luttes syndicales et le mécontentement général des travailleurs, Biden va tenter d’intervenir au nom des travailleurs pour garder sa maison en ordre et empêcher que le mouvement ouvrier prenne en charge la lutte pour une Palestine libre.

D’une manière générale, la machine du parti démocrate est déjà en marche, bien que discrètement, car la lutte pour la libération de la Palestine va à l’encontre de l’ADN de l’impérialisme américain, puisque l’Etat d’Israël est un allié stratégique indéfectible.

L’aile sociale-démocrate du parti - en particulier Tlaib, Bowman et Omar - qui milite pour un cessez-le-feu est persécutée par l’aile de l’establishment du régime bipartite. Cette tendance interne, désormais persécutée et marginalisée, pourrait gagner du terrain à l’avenir si le parti démocrate devait contenir le mouvement. Les ONG, notamment celles qui organisent les communautés musulmanes et arabes aux Etats-Unis, participent déjà à des mobilisations comme celle de Washington, avec un programme « punir Biden aux élections s’il n’y a pas de cessez-le-feu ».

Il est tout à fait possible que les luttes syndicales en cours soient soutenues par Biden, comme il l’a fait avec la grève de l’UAW dès le début. Mais l’objectif stratégique de ce soutien est pour Biden, ayant pour objectif de résoudre rapidement les luttes ouvrières, afin d’empêcher qu’elle ne se lient à la lutte de solidarité avec la Palestine. Il est essentiel pour le gouvernement de garder le mouvement syndical dans le droit chemin, et le meilleur moyen de le faire, c’est de donner quelques concessions tout en s’alliant à à l’AFL-CIO dans son accord inconditionnel à la politique de l’Etat d’Israël. Les initiatives de Biden à l’égard du mouvement syndical, qui ont pour objectif stratégique de contenir la lutte des classes, ne peuvent occulter le fait que, pour des pans de plus en plus importants de la population, l’actuel président entrera dans l’histoire comme l’exécutant du génocide à Gaza.

La nouvelle bureaucratie de gauche, comme celle de Shawn Faine à l’UAW, qui a émergé dans le feu d’un processus de recomposition de la classe ouvrière avec une nouvelle génération de syndicalistes, qui ont revigoré les organisations syndicales traditionnelles, n’a pas pris position pour la Palestine. Il reste à voir si l’indignation des travailleurs de base peut forcer leurs dirigeants à rompre avec la politique du Parti démocrate et à agir de manière indépendante, avec une politique internationaliste de soutien à la Palestine.

Développer une perspective socialiste révolutionnaire dans le sillon du mouvement pour une Palestine libre

Left Voice fait partie de la Fraction Trotskiste pour la Quatrième Internationale qui intervient pleinement dans le mouvement de solidarité avec la Palestine dans tous les pays où nous sommes : France, Allemagne, Espagne, Italie, Argentine, Chili, Mexique, Brésil, Bolivie, Pérou, Uruguay, Venezuela et Costa Rica. En France et en Allemagne en particulier, nos camarades font face à la répression virulente de leurs gouvernements impérialistes aux côtés de dizaines de milliers de militants qui sont descendus dans la rue pour la Palestine malgré la criminalisation. En France, quatre camarades de Révolution Permanente ont été arrêtés par la police alors qu’ils faisaient des collages en solidarité avec la Palestine.. En Argentine, notre camarade Myriam Bregman du PTS, candidate à la présidence de la FIT-U, a été menacée et attaquée par l’ultra-droite argentine pour sa défense du peuple palestinien contre les attaques israéliennes.

Aux États-Unis, avec nos modestes forces, notre site internet est devenu l’une des références du mouvement pro-palestinien à l’avant-garde en reflétant les mobilisations par en bas malgré le boycott médiatique, et en donnant la parole à la jeunesse arabe, juive et multiraciale qui se mobilise pour la Palestine. Depuis notre site, nos réseaux sociaux et dans nos lieux de travail et d’étude, nous insistons sur la nécessité d’un mouvement de masse pour la Palestine et pour le droit de manifester et la liberté d’expression, contre l’islamophobie et l’antisémitisme.

Comme le mouvement lui-même le souligne, Biden et le régime bipartisan sont responsables du génocide comme le montre l’aide financière, politique et militaire à l’Etat d’Israël, et c’est pourquoi nous crions, avec des centaines de manifestants : « Pas un sou pour l’impérialisme américain et Israël pour mener à bien leur programme génocidaire à Gaza ! Pas un sou pour le meurtre d’enfants palestiniens ! A bas le paquet de 105 milliards de dollars de Biden ! Mettez fin à toute l’aide américaine à Israël ! »

Dans le mouvement étudiant, nous faisons partie avec d’autres organisations, collectifs et activistes du comité "CUNY for Palestine", avec des professeurs et des étudiants de l’université publique de New York, qui compte au moins 400 000 étudiants, dont beaucoup sont noirs, arabes, juifs et issus de familles ouvrières. A Columbia, dans le cadre de la coalition « What is it : Social Workers for Palestine », nous avons participé à l’occupation du département du travail social le 8 octobre, dénonçant l’offensive maccarthyste contre le mouvement. Dans les universités en particulier, le mouvement doit s’articuler avec une campagne démocratique audacieuse contre la répression, signe de la politique impérialiste de Biden envers la Palestine. Cette répression consiste à empêcher l’entrée d’un mouvement de masse sur la scène politique américaine. C’est pourquoi, tant à CUNY qu’à Columbia, nous appelons à l’unité la plus large pour défendre le droit de manifester dans les rues et sur les campus, nous luttons pour mettre fin aux représailles contre le mouvement pro-palestinien et à la criminalisation des organisations d’étudiants arabes, mettre fin à l’antisémitisme et à l’islamophobie. A bas la chasse aux sorcières dans les universités ! Liberté d’expression ! Halte aux licenciements, à l’intimidation et au harcèlement des militants pro-palestiniens !

Certaines organisations arabes et juives, ainsi que la gauche en général, ont été attaquées par le gouvernement et les deux partis impérialistes. Il est impératif que le mouvement de soutien à la Palestine lutte contre toutes les sanctions et la censure à l’encontre de Rashida Tlaib et des membres pro-palestiniens du Congrès, contre les attaques envers les organisations étudiantes et communautaires telles que Students for Justice in Palestine ou Jewish Voices for Peace et les organisations de gauche telles que les Democratic Socialists of America ou le Socialist Liberation Party. Nous défendons inconditionnellement ces organisations et ces personnes contre les attaques de l’État, de l’extrême droite et des sionistes, nous appelons à l’unité contre ces attaques et, avec la communauté juive antisioniste, nous affirmons que l’antisionisme n’est pas l’antisémitisme et que notre mouvement est antiraciste et lutte contre toutes les formes de discrimination.

Le développement d’un mouvement de masse qui ne sera pas coopté par le Parti démocrate, qui ne sera pas écrasé par la répression et dilué par la fatigue des constantes mobilisations de rue, dépend de l’entrée en scène de la classe ouvrière. Pour tordre le bras de l’Etat d’Israël et des États-Unis dans leur guerre unilatérale contre le peuple palestinien, la classe ouvrière américaine doit faire sienne la libération de la Palestine et mettre en œuvre ses méthodes de lutte telles que les grèves, les barrages routiers et les piquets de grève. Nous ne pouvons pas gagner les revendications pour le « pain et le beurre » chez nous quand nos frères et sœurs en Palestine luttent pour la libération du peuple palestinien.

Les travailleurs de la santé de Left Voice font partie du comité Healthcare workers for Palestine qui regroupe plus de 100 travailleurs de la santé (infirmières, médecins et sages-femmes). Le comité a fait adopter une déclaration appelant les directions des syndicats de travailleurs de la santé à s’exprimer et à s’engager activement dans la solidarité avec la Palestine, qui a recueilli des milliers de signatures. Le vendredi 3 novembre dernier, il a organisé une veillée pour la Palestine qui a rassemblé 300 personnes, dont de nombreux professionnels de la santé. Le message de nos camarades était très clair, et visait à interpeller les organisation syndicales à rompre avec la politique du parti démocrate pro israélienne, et prennent en main le soutien à la Palestine. Cette action visait à appeler la classe ouvrière à rompre avec la politique de leurs gouvernements et lutter pour arrêter le génocide.

Au fur et à mesure que le mouvement se développe, des stratégies différentes pour lui et pour la libération de la Palestine émergent. Notre position est qu’il existe des bases objectives pour que le mouvement étudiant et le mouvement ouvrier convergent dans une lutte anti-impérialiste, pour inspirer le prolétariat mondial et pour mettre en échec l’offensive d’Israël et des États-Unis sur les masses palestiniennes.

Une partie de la gauche s’appuie sur la diplomatie internationale pour trouver une issue « humanitaire » qui contraste avec l’agressivité meurtrière de l’armée israélienne, tout en espérant qu’une aile du parti démocrate puisse influer sur l’orientation du parti. Ce secteur recrée l’utopie selon laquelle il est possible de lutter pour deux États sans réaliser qu’Israël, en tant qu’enclave impérialiste, base son existence sur l’oppression du peuple palestinien. Un autre secteur participe au mouvement, sans se délimiter du Hamas, dont la stratégie consiste à opposer à l’État d’Israël un autre État ethnique théocratique, et dont les méthodes ne contribuent guère à souder l’unité arabe et juive contre le sionisme, qui s’exprime en ce moment dans les rues des Etats Unis.

Les socialistes révolutionnaires, tout en soutenant pleinement le mouvement de masse, en défendant inconditionnellement les organisations pro-palestiniennes contre la répression maccarthyste et en marchant dans l’unité avec tous ceux qui luttent contre le génocide à Gaza, se battent et militent dans les rues, dans les écoles et sur les lieux de travail pour une Palestine libre et socialiste, de la mer au jourdain où les Arabes, les Juifs et les Chrétiens peuvent vivre en paix, libérés du joug du sionisme et de l’impérialisme.

Comme pendant la guerre du Vietnam, le régime bipartite fera tout pour réprimer, coopter le mouvement et empêcher l’unité des étudiants et des travailleurs. En ce sens, nous pensons également que le sentiment anti-Biden qui se répand au-delà de l’avant-garde et l’expérience accélérée que l’avant-garde fait avec ses leaders comme Bernie Sanders, soulèvent la possibilité que, de l’intérieur du mouvement, une alternative politique de la jeunesse et de la classe ouvrière au Parti démocrate émerge. La jeunesse est dégoûtée par les politiques impérialistes des deux grands partis du capital qui bombardent les Palestiniens et nous exploitent, nous oppriment et nous répriment chez nous. Cette méfiance croissante à l’égard du Parti démocrate touche également profondément la classe ouvrière. La stratégie de Bernie Sanders - et donc de la direction de la DSA - montre toutes ses limites en démontrant que le Parti démocrate est un parti impérialiste et le sera toujours, et qu’il est donc l’ennemi de la jeunesse, du mouvement ouvrier et des opprimés. De cette expérience, l’avant-garde doit tirer des leçons et pousser à la construction d’un parti de la classe ouvrière avec une perspective socialiste qui soit inconditionnellement anti-impérialiste, du côté de la Palestine et de tous les peuples opprimés du monde.


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