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Genres et sexualités

Droit à l'avortement

États-Unis. L’entreprise Kochava accusée de faciliter l’identification des personnes souhaitant avorter

La société Kochava a été assignée en justice pour avoir vendu des géolocalisations, permettant de suivre les déplacements notamment des cliniques pratiquant l’avortement. Un scandale qui questionne le rôle des entreprises qui, main dans la main avec l’État, viennent renforcer les attaques contre les droits reproductifs à travers la collecte de données.

mardi 30 août

Crédits photos : Luigi Morris / Left Voice

La société Kochava, spécialisée dans la collecte de données d’applications mobiles, a été récemment assignée en justice par l’agence gouvernementale étasunienne de protection de consommateurs, Federal Trade Commission (FTC). Elle est accusée de faciliter l’identification des femmes et personnes trans ayant recours aux cliniques pratiquant l’avortement à travers la vente de milliers de données personnelles issues de téléphones portables. Si ces données ne comprennent pas directement l’identité des propriétaires, selon la FTC, il est possible par un simple croisement de données de les identifier. Ce qui expose ainsi les personnes concernées à une poursuite judiciaire dans les États où l’avortement est désormais interdit, mais aussi à des violences et à des discriminations.

Ce cas n’est malheureusement pas le seul et vient raviver les débats aux États-Unis sur la protection des données personnelles mais aussi sur la société étasunienne post-Roe V. Wade. Encore récemment, Facebook livrait à la police des messages privés d’une adolescente poursuivie pour avoir avorté, supprimait des publications concernant des informations sur l’accès à l’avortement médicamenteux et bannissait les utilisateurs qui en parlaient.

Face à ce scandale, des géants du numérique comme Google essayent de se redorer le blason et tentent de répondre aux préoccupations sur les données personnelles. La multinationale dit s’engager à supprimer les données concernant les « endroits sensibles » - dont des cliniques pratiquant l’avortement, des centres d’hébergement pour des victimes de violences conjugales et de traitement d’addiction et autres - de l’historique de localisation, contre toute utilisation « à mauvais escient ». Cependant, il n’est pas dit dans quelles conditions cela va se faire, si les données de localisation seront automatiquement supprimées ou si des grandes entreprises de la technologie vont s’en charger d’identifier les « endroits sensibles » et de les supprimer. De plus, il est difficile d’envisager la sécurité numérique quand les entreprises collaborent systématiquement avec la police, d’autant plus quand celles-ci sont munies d’un mandat.

De leur côté, les démocrates ont également investi le débat avec des propositions de loi pour protéger les données personnelles des personnes concernées « qui pourraient être utilisées contre les femmes par un sinistre parquet dans les États où l’avortement est criminalisé ». En réalité, les démocrates n’ont jamais protégé le droit à l’avortement sûr et gratuit durant toutes ses années de gouvernance, et cela même lorsqu’ils avaient une majorité au congrès. Ces derniers jouent avec les droits reproductifs et LGBTI comme monnaie d’échange à l’approche des élections de mi-mandat.

Seul un mouvement de masse indépendant, organisé à la base sur les lieux d’études et de travail, peut mettre un coup d’arrêt à la vague réactionnaire aux États-Unis qui menacent le droit à disposer de nos corps, comme l’a montré le début de mobilisation en réponse au retrait de Roe V. Wade et la prise de position pour la défense de l’avortement depuis les syndicats, comme l’ont fait les livreurs syndicalistes d’UPS qui exigeaient que leur syndicat s’en empare de la question en disant « s’attaquer à un seul d’entre nous, c’est s’attaquer à tous ».



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