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Tous pourris !

Enarques, ex-ministres, DG à AXA... : qui sont les « sages » du Conseil constitutionnel ?

La majorité d’entre eux a participé à un gouvernement qui a mené une réforme des retraites, tous ont été des rouages du pouvoir. Hauts-fonctionnaires, cumulards, bons amis des capitalistes, qui sont les membres du Conseil constitutionnel ?

Joël Malo

8 avril 2023

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Enarques, ex-ministres, DG à AXA... : qui sont les « sages » du Conseil constitutionnel ?

Crédits photos : Conseil Constitutionnel

Depuis l’utilisation du 49-3, on entend beaucoup parler du Conseil constitutionnel. Dans la gauche institutionnelle et à la tête de l’intersyndicale, ce Conseil est présenté comme le garant du droit et de la Constitution (oui, la même Constitution qui autorise le 49-3) et ainsi le dernier recours pour empêcher la réforme des retraites. Macron voit les choses différemment. Pour lui, l’avis du Conseil constitutionnel permettra de donner un semblant de légitimité à son texte qu’il n’a même pas pu faire voter à l’Assemblée nationale et que tout le pays rejette. Légitimité que Laurent Berger a déjà prévu de reconnaître !

Pourtant le suspens est faible, car les « Sages du Palais royal » comme les appelle la presse, viennent du même sérail que Macron, Larcher et consorts, et sont même nommés par eux, pour une durée de 9 ans. Mais qui sont-ils ? Être membre du Conseil constitutionnel c’est d’abord et avant tout être un vieux haut fonctionnaire ou politicien à la retraite qui reprendrait bien encore une part de gâteau : 13.700€ bruts mensuels (15.000 pour le président) cumulable avec toutes les retraites de ministre, d’administrateur, de directeur, de président, de sénateur, de sénateur, de député accumulés tout au long d’une carrière de mauvais coups contre les travailleurs.

Les plus jeunes d’entre eux ont 65 ans. Certains ont eu des responsabilités de premier plan, d’autres sont des seconds couteaux, inconnus du grand public. Leur point commun ? Ils sont un modèle réduit de l’État bourgeois : un concentré de hauts fonctionnaires, de politiciens plus ou moins ouvertement fraudeurs, de magistrats, de capitalistes, qui ont tous fait les mêmes écoles, fréquenté les mêmes partis, travaillé dans les mêmes institutions. Peu importe les partis au pouvoir, de gauche ou de droite, leur carrière est faite autour de la défense de la classe dominante.

Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, nommé en février 2016 par François Hollande

Figure de tout ce qu’il y a de plus pourri au Parti socialiste, Laurent Fabius avait constitué une baronnie (surnommée la « Fabiusie ») dans son fief de Seine-Maritime où toutes les affaires de copinage, de clientélisme, d’emplois fictifs n’ont peut-être pas encore été exhumées. 

Quatre fois ministre (notamment de l’Economie dans le gouvernement qui a conduit le plus de privatisation, celui de la gauche plurielle emmenée par Jospin), Premier ministre de Mitterrand, ancien président de l’Assemblée nationale, Fabius a été un cumulard invétéré. Artisan en chef du tournant néo-libéral français, il a été ministre des Affaires étrangères de 2012 à 2016, en charge donc de la politique militaire de « Hollande l’Africain » avant d’être nommé au Conseil par le président socialiste. Il a donc fait partie du même gouvernement que Macron lorsque celui-ci était ministre de l’Economie entre 2014 et 2016. 

Dans les Echos, en 2014, Laurent Fabius déclarait ainsi : « Dans la conjoncture actuelle, une stratégie fiscale ne peut réussir que si elle vise, entre autres buts, à alléger les impôts. » De la même manière, Emmanuel Macron justifie sa réforme des retraites par le fait de ne pas vouloir augmenter « les impôts » (comprendre ceux des riches). Objectif partagé par Fabius tout au long de sa carrière.

Autant de points d’accords qui ont dû être trouvés entre Elisabeth Borne et Laurent Fabius lorsqu’ils se sont rencontrés le 25 janvier dernier pour discuter de la réforme des retraites.

Michel Pinault nommé en février 2016 par Gérard Larcher

Passé à HEC avant de faire l’ENA (aux côtés d’un futur gouverneur de la Banque de France, d’un président de BNP Paribas ou du président du Groupe Casino), Michel Pinault a été haut-fonctionnaire au Conseil d’État et a fait carrière dans les assurances entre 1992 et 2004. Une carrière ouverte à toutes les opportunités grâce à la privatisation du secteur sous le gouvernement Balladur. Michel Pinault n’avait évidemment rien à voir avec votre petit conseiller en assurance, il était directeur-général Asie-Pacifique de AXA. En 1999, dans les Echos, il s’enthousiasmait pour le développement fulgurant du marché des assurances-vie dans l’Eldorado financier japonais.

Les membres du Conseil Constitutionnel n’étant pas tenus de publier une déclaration d’intérêts, nous ne pouvons que faire des suppositions quant au fait que Michel Pinaut détiendrait encore des actions dans le secteur des assurances, un secteur particulièrement intéressé par toute forme de casse des retraites. En 2020, lors de la précédente tentative de réforme des retraites de Macron, Axa faisait sa pub sur « la baisse programmée des futures pensions ».

Corinne Luquiens nommée en février 2016 par Claude Bartolone

Corinne Luquiens fait partie de ces hauts fonctionnaires d’État discrets qui assure le fonctionnement du pouvoir en coulisse. Diplômée à Science Po Paris, elle a fait toute sa carrière dans l’administration de l’Assemblée nationale, où elle a gravi les échelons pour finir au secrétariat général de l’Assemblée et de la présidence, sous le mandat de Claude Bartolone, autre baron du PS.

Secrétaire générale de l’Assemblée est poste doré rémunéré 17.300 euros nets mensuels, sans compter divers petits avantages comme un appartement de fonction de 182 m² et un majordome ! L’obtention de ce poste est généralement suivie d’une nomination au Conseil constitutionnel.

Jacques Mézard nommé en février 2019 par Emmanuel Macron

Jacques Mézard, avocat, est l’incarnation du notable politicard de campagne, de ceux dont les noms sont dans le paysage élection après élection. Et même quand on ne sait plus bien s’ils sont encore là, ils continuent de becqueter dans l’auge.

Son père a été maire d’Aurillac, conseiller général du Cantal, président de ce même conseil général puis Sénateur, une carrière politicienne sans discontinuer de 1959 à 1980. Carrière familiale, puisque dans les pas de papa, Jacques Mézard est conseiller général du Cantal de 1994 à 2008, président de la communauté d’agglomération d’Aurillac de 2001 à 2017 puis Sénateur de 2008 à 2019. Jacques Mézard ne doit donc pas avoir de problèmes de retraite.

En 2017, il est nommé ministre de l’Agriculture par Emmanuel Macron pendant un mois, avant d’être recasé, pour un an seulement, ministre de la Cohésion des Territoires, où il fait passer la loi ELAN, qui vise notamment à abaisser les régulations dans la construction immobilière (notamment en termes d’accessibilité pour les Personnes en Mobilité Réduite) pour le plus grand bonheur des promoteurs. Il devient ensuite membre du Conseil constitutionnel et est remplacé par Jacqueline Gourault (voir le CV quelques lignes plus bas puisqu’elle l’a rejoint en 2022 au Conseil constitutionnel).

François Pillet nommé en février 2019 par Gérard Larcher

Profil similaire pour François Pillet, avocat, politicien local, conseiller général du Cher pendant 9 ans, maire pendant 16 ans, puis Sénateur pendant 11 ans.

En 2016, il soutient la candidature de François Fillon pour la présidentielle, rejoignant ainsi le programme de celui qui promettait de faire une « blitzkrieg » contre les droits des travailleurs. Manque de bol, à une histoire de costard près, c’est Emmanuel Macron qui a dû s’en charger. François Pillet est tout de même retombé sur ces pattes en étant nommé au Conseil constitutionnel par Gérard Larcher.

Alain Juppé nommé en février 2019 par Richard Ferrand

Alain Juppé figure au premier rang des ennemis des travailleurs de ces dernières décennies. Politicard confirmé, Premier ministre de Jacques Chirac, il a fait la douloureuse expérience de la grève générale de 1995 qui lui a coûté son fameux « plan Juppé ». Un plan qui s’attaquait pêle-mêle aux services publics, à la sécurité sociale et… aux retraites ! Après que Balladur avait augmenté le nombre d’annuités de cotisation de 37,5 à 40 pour les travailleurs du privé en 1993, Juppé voulait en faire de même pour le public.

En 2004, il est condamné à dix ans d’inéligibilité (peine ramenée à un an seulement en appel) pour sa participation au réseau mafieux des emplois fictifs de la mairie de Paris, mis en place par Jacques Chirac. Battu par François Fillon à la primaire des LR en 2016, il quitte la mairie de Bordeaux, son fief, lorsqu’il est nommé au Conseil constitutionnel en 2019 par le président de l’Assemblée nationale LREM d’alors, Richard Ferrand, un fidèle de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron.

Jacqueline Gourault nommée en mars 2022 par Emmanuel Macron

Jacqueline Gourault est une vieille giscardienne, opposée au mariage pour tous et un des piliers du Modem, le parti de Bayrou qui compose la majorité macroniste. En 2016, elle soutient Juppé pour la primaire des LR.

Elle a écumé et cumulé tous les postes possibles dans le Loir-et-Cher : maire pendant 25 ans, conseillère régionale pendant 9 ans, conseillère générale pendant 3 ans, elle préside l’agglomération de Blois pendant 4 ans. Elle n’interrompt sa carrière de sénatrice de 15 ans que pour devenir, de 2017 à 2018, ministre déléguée auprès de Gérard Collomb, premier ministre de l’Intérieur de Macron. Elle retrouve la stabilité de l’emploi en remplaçant Jacques Mézard comme ministre de la Cohésion des territoires jusqu’à la fin du premier mandat de Macron. Celui-ci la recase pour 9 ans au Conseil constitutionnel en 2022.

François Seners nommé en février 2022 par Gérard Larcher

François Seners est un de ces technocrates qui font fonctionner l’État bourgeois au quotidien. Formé à l’ENA, conseiller d’État, il a été directeur de cabinet de plusieurs préfets, s’est notamment fait la main dans la politique coloniale en supervisant l’application des accords de Matignon pour la Nouvelle-Calédonie. En 2011, il est intégré à la « task force » de la Commission européenne en charge de dépecer (« restructurer » dans le jargon) l’État grec.

Seners est un homme de cabinet. Il est ainsi nommé comme conseiller dans les gouvernements de gauche comme de droite, sous Rocard, Juppé, Jospin. Entre 2008 et 2009, il est directeur de cabinet de Rachida Dati (ministre de la Justice sous Sarkozy). Directeur de cabinet de Gérard Larcher au Sénat entre 2014 et 2017, il est remercié de ses bons et loyaux services par sa nomination au Conseil constitutionnel.

Véronique Malbec nommée en février 2022 Richard Ferrand

Véronique Malbec est la réfutation en acte du mythe libéral de la séparation des pouvoirs. Magistrate de haute volée, elle est nommée en 2020, directrice de cabinet de Dupont-Moretti. Sa nomination au Conseil constitutionnel ouvre la voie à de nombreuses spéculations. Certains y voient un recasage, alors que Véronique Malbec ne s’est pas fait que des amis dans son corps de métier en travaillant pour Dupont-Moretti : Le Monde dévoile ainsi qu’il aurait été envisagé de la nommer préfète. Finalement un poste s’est libéré au Conseil constitutionnel. D’autres mauvaises langues vont jusqu’à supputer un échange de bons procédés puisque c’est le procureur de Brest qui a classé sans suite l’enquête visant Richard Ferrand dans la magouille des Mutuelles de Bretagne. Procureur de Brest qui officiait sous la direction de la procureure générale de la cour d’appel de Rennes, une certaine Véronique Malbec.

Dans tous les cas, Véronique Malbec a toutes les raisons d’être reconnaissante envers le pouvoir macronien. Si elle a été nommée au secrétariat général du ministère de la Justice par Nicole Belloubet, puis dans le cabinet du ministre par Dupont-Moretti et au Conseil constitutionnel par Ferrand, c’est bien Emmanuel Macron himself qui a nommé son mari, Frédéric Veaux, Directeur Général de la Police Nationale.

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