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Politique

En marche pour une guerre sociale sans borne

Elisabeth Borne 1ère ministre : Macron nomme une spécialiste en contre-réforme à Matignon

Privatisation des transports, greenwashing, casse de l'assurance-chômage… Macron avait promis de nommer une 1ère ministre « sociale » et « écolo », il nous sert Elisabeth Borne, une de ses spécialistes en contre-réformes libérales, persuadée d’être de « gauche » en dépit d’un parcours explicite.

lundi 16 mai

Crédits photo : Ludovic Marin/AFP

Après des semaines de suspense, on apprenait finalement l’identité de la nouvelle première ministre. C’est Elisabeth Borne qui remplacera Jean Castex à Matignon, qui a remis aujourd’hui sa démission à l’Elysée. Alors que Macron promettait lors de son investiture « un mandat nouveau » et un premier ministre « attaché à la question sociale, environnementale et productive », il choisit finalement une fidèle de la macronie, figure de proue des réformes anti-sociales du précédent quinquennat.

Elisabeth Borne : une spécialiste des contre-réformes à Matignon

Passée par les cabinets de ministres socialistes, Elisabeth Borne, qui a intégré La République en Marche dès 2017 pour devenir la ministre chargée des transports, est en effet celle qui a menée l’une des premières contre-réformes du premier quinquennat Macron, la réforme du rail en 2018. Au programme : ouverture à la concurrence et à la privatisation, suppression du statut de cheminot, destructions des conditions de travail des travailleurs du rail… Un projet contre lequel les cheminots ont lutté pendant plusieurs mois. Vous avez dit social ?

Sur le terrain « écologique », il n’y a pas grand-chose à tirer non plus. Nommée Ministre de la transition écologique en 2019, prenant la suite de François de Rugy, elle fait par exemple passer la loi d’orientation des mobilités (LOM). Celle-ci ouvre notamment la voie à l’ouverture à la concurrence des transports publics en Ile-de-France et à leur privatisation, et vise sur le terrain écologique à faire payer la crie écologique aux plus précaires. Pour le reste, son bilan est maigre : la Ministre de l’écologie apparaît surtout comme une ministre du greenwashing, qui fait rimer « transition » avec « privatisation ». Bref une écolo à la sauce macronienne.

Finalement, c’est en tant que Ministre du Travail qu’Elisabeth Borne a incarné la pointe avancée de la politique anti-sociale de la macronie. Elle y a notamment fini de mettre en œuvre la contre-réforme de l’assurance-chômage, durcissant l’accès au chômage et réduisant le montant des allocations. Un projet de guerre aux chômeurs présenté comme permettant d’« inciter à trouver un emploi ». Mais Elisabeth Borne ne s’est pas limitée à cette réforme, et n’a pas cessé de s’attaquer aux plus précaires durant tout son mandat, multipliant les sorties scandaleuses – à l’image de ses déclarations en décembre dernier, lorsqu’elle assumait le refus du gouvernement de donner un « coup de pouce pour le Smic ».

Une soldate de la macronie pour mener la guerre sociale dans le « dialogue »

Après des semaines d’attente, c’est donc une fidèle de la macronie que le Président des riches aura finalement nommé. Un choix qui masque mal son échec à trouver la 1ère ministre dont il rêvait, alors que plusieurs personnalités visées ont refusé son offre. Qu’importe, le gouvernement est bien déterminé à faire passer Borne pour une incarnation de son « aile gauche », s’appuyant pour cela sur son passé de conseillère au ministère de l’Éducation Nationale sous Jospin et de directrice du cabinet de Ségolène Royal au ministère de l’Écologie. Surtout, il compte bien profiter du fait d’avoir nommé une femme pour la 2ème fois sous la Vème République afin de se doter d’un vernis progressiste.

En ce sens, Elisabeth Borne a expliqué lors de son investiture vouloir « dédier cette nomination à toutes les petites filles en leur disant ’allez au bout de vos rêves’ ». Dans le même temps, elle a insisté sur sa conviction, partagée avec Jean Castex, que « les politiques publiques doivent se bâtir dans le dialogue avec les élus, les partenaires sociaux, les associations », avant de pointer son attachement à « l’intérêt général, la cohésion de notre pays, l’égalité des chances » et de souligner l’importance du « défi climatique ».

De la langue de bois qui indique que Borne aura cœur de chercher à renouer le dialogue avec les corps intermédiaires et de donner des gages symboliques sur sa gauche pour pallier à la faible légitimité de Macron, et surtout garantir au mieux le passage de son programme de guerre sociale. A commencer par la retraite à 65 ans, à laquelle Borne marquait son attachement en avril dernier.

A condition qu’elle reste en poste après les législatives, le mandat ne s’annonce en tout cas pas de tout repos, et Elisabeth Borne va devoir faire face à une opposition importante ces cinq prochaines années. Non seulement à l’Assemblée Nationale, où en tant que cheffe de la majorité elle devra faire face à une opposition parlementaire renforcée grâce l’union de la gauche scellée. Mais aussi et surtout dans la rue, alors que la guerre en Ukraine, l’inflation, et les contre-réformes du gouvernement pourraient rapidement mettre le feu aux poudres de la colère social.

Ainsi, alors que la nomination d’Elisabeth Borne est à l’image du quinquennat anti-social qui a précédé, notre réponse doit s’inscrire dans la continuité des luttes radicales qui ont traversé la France ces cinq dernières années. Des luttes qu’il faut plus que jamais organiser, coordonner, doter d’un programme et d’un plan de bataille, en commençant par refuser net les promesses de « dialogue social » agitées par Borne et préparer une mobilisation unitaire pour l’augmentation des salaires !



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