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Éducation : la grève du 22 avril ne peut rester isolée, il faut un plan pour élargir la lutte !

Dans un contexte de mobilisation profonde dans l'éducation, Gabriel Attal annonçait ce jeudi une surenchère autoritaire destinée à mater toujours plus la jeunesse. Alors que plusieurs départements appellent à ne pas faire leur rentrée le 22 avril, il y a urgence à élargir la lutte et à dessiner un plan de bataille offensif afin de mettre un coup d'arrêt à l'offensive néolibérale et autoritaire du gouvernement.

Hélène Angelou

20 avril

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Éducation : la grève du 22 avril ne peut rester isolée, il faut un plan pour élargir la lutte !

Alors que le secteur de l’éducation est secoué par une mobilisation profonde dans le 93 depuis maintenant six semaines, le premier ministre annonce une nouvelle offensive contre l’école publique visant plus précisément la jeunesse.

Une nouvelle offensive autoritaire du gouvernement contre l’éducation publique et la jeunesse des quartiers populaires

Ce jeudi 18 avril, Attal a annoncé de nouvelles mesures autoritaires et répressives. Le premier ministre a égrainé une salve de mesures de nature pénale, visant à remettre en cause l’« excuse de minorité », à travers notamment l’instauration de travaux d’intérêts généraux destinés aux jeunes de moins de 16 ans, ou encore la possibilité d’une comparution immédiate devant le tribunal pour les jeunes à partir de 16 ans. Pour mener à bien son offensive, Attal a remis une nouvelle fois au centre l’institution scolaire, comme l’illustre l’obligation de rester de 8h à 18h dans leur collège pour les élèves de zones d’éducation prioritaire, ou la mention « fauteur de trouble » dans le dossier Parcoursup des élèves considérés comme « perturbateurs ».

Ces mesures, d’une grande brutalité vis à vis de la jeunesse des quartiers populaires qu’elles stigmatisent, s’inscrivent dans une série d’offensives depuis les révoltes de l’été 2023 et constituent un pas supplémentaire dans la fuite en avant autoritaire et répressive du gouvernement. La mise au pas des élèves est par ailleurs le revers de la politique de casse néolibérale de l’école, à l’image des coupes budgétaires et de la réforme du collège, dite du « choc des savoirs » qui accélère le tri social par l’instauration de groupes de niveau. Une politique de casse de l’éducation publique contre laquelle se mobilisent précisément les travailleurs de l’éducation, les élèves et leurs parents dans le 93 et qui s’étend ces dernières semaines à d’autres départements.

Dans le même sens, les élèves qui se mobilisent aux côtés de leurs enseignants ont été ciblés par une répression particulièrement dure, à l’image des lycéens de Cachan, violemment arrêtés à leur domicile et mis en garde à vue pour avoir bloqué leur établissement. A ce titre, les mesures autoritaires qui ciblent la jeunesse au nom d’une rhétorique sécuritaire digne de l’extrême-droite, instrumentalisant les rixes, comme le meurtre de Shamseddine, visent en réalité à mater une jeunesse qui se politise.

Pas de rentrée le 22 : La mobilisation pour « un plan d’urgence » se poursuit

Dans ce climat nauséabond de surenchère sécuritaire autour de l’école, la mobilisation du secteur dans le 93 tranche par son caractère progressiste. En Seine-Saint-Denis, cela fait six semaines que les enseignants, les élèves et leurs parents luttent pour un « plan d’urgence pour le 93 » dont les revendications sont à la fois des moyens supplémentaires face à une institution scolaire délabrée, et une lutte contre l’instauration de groupe de niveaux au collège. Une mobilisation inédite par l’alliance créée avec les élèves et leurs parents, mais aussi par le retour d’une dynamique à l’auto-organisation des grévistes qui a permis d’organiser autour des enseignants des réunions de quartier afin de construire la mobilisation.

Ces dernières semaines, la mobilisation s’est par ailleurs étendue à d’autres départements, qui à leur tour revendiquent un « plan d’urgence », à l’image de la dynamique importante du 94, et surtout pendant les vacances de la zone C (comprenant l’Île-de-France, l’académie de Montpellier et de Toulouse), une forte mobilisation de l’académie de Nantes. La dynamique y est particulièrement importante : « La particularité de ce mouvement, c’est d’être imprévisible. On est parti pour quelque chose qui échappe à tous les cadres habituels. Les familles prennent le relais des enseignants en grève en n’envoyant pas les enfants en cours », détaillait ainsi Sylvain Marange, délégué Snes-FSU auprès de France 3. Après plusieurs journées de grève et d’écoles mortes, cinq cents personnes se sont réunies jeudi 11 avril dans une soirée pour l’école afin de préparer les suites de la mobilisation.

Si la mobilisation est inégale, à l’image du déclin relatif de la mobilisation dans le 93, ces épisodes de lutte témoignent de la profondeur de la colère et de la politisation du secteur. Une dynamique qui n’a toutefois pu s’exprimer pleinement à échelle nationale faute d’un plan de bataille national. Ces grèves sont en effet marquées par une dynamique locale qui, si elle a su mettre en ordre de bataille le monde de l’éducation en Seine-Saint-Denis, ne suffit pas à imposer un rapport de force suffisant pour arracher une victoire. Le modèle de la grève départementale victorieuse de 1998 se heurte en effet à la situation de crise économique actuelle et à la radicalisation du régime qui l’accompagne qui exigent un rapport de force bien plus conséquent. En ce sens, la ministre de l’éducation a opposé une fin de non-recevoir à l’intersyndicale 93 qui était reçue au ministère lundi 15 avril. L’intersyndicale du 93 affirme dans son communiqué avoir été reçue à plusieurs reprises à Matignon et au ministère de l’éducation nationale et revendique le dialogue social qu’elle a continué à entretenir avec le gouvernement durant la mobilisation. « Ils bafouent les principes élémentaires de la démocratie sociale, contribuant à aggraver un peu plus la crise de notre démocratie. Dangereux et irresponsable. », conclut le communiqué.

Si nous ne sommes pas contre la négociation par principe, ces discussions s’inscrivent dans le cadre d’une conciliation autour du dialogue social. Ce ne sont pas de réelles « négociations » où l’on pourrait arracher des victoires mais un cadre qui permet de canaliser la profonde colère du monde enseignant. Contre la participation à ces discussions, les directions syndicales locales devraient plutôt concentrer leurs forces pour chercher à résoudre les contradictions en cours dans la mobilisation. Pour cela, loin de maintenir la stratégie d’une grève départementale comme appelle à le faire l’intersyndicale du 93 dans un nouveau communiqué, qui ne fait même pas mention des mobilisations qui ont lieu ailleurs en France.

A rebours d’une telle stratégie, plusieurs assemblées générales de grévistes, dans le 93, en Île-de-France et à Toulouse appellent à la grève dès la reprise le 22 avril, sous le mot d’ordre « pas de retrait, pas de rentrée ». Un signal fort qui témoigne de la volonté de poursuivre la mobilisation et de l’élargir. A ce titre, au-delà de la grève du 22 avril, la reconduction dans les départements concernés est à nouveau sur la table et de nouvelles journées écoles mortes sont organisées, notamment le mardi 23 et le jeudi 25 avril.

La lutte « pour un plan d’urgence » doit se doter d’un plan de bataille à la hauteur

La grève du 22 avril et l’extension de la mobilisation à quelques départements au-delà de la Seine-Saint-Denis sont ainsi des perspectives importantes. Pour autant, la construction d’un véritable rapport de force implique d’une part de rompre avec le repli local, de faire jusqu’au bout le pari d’une nationalisation de la mobilisation, et les assemblées générales du 22 avril ont en ce sens un rôle crucial pour renouer avec une dynamique de grève marchante et interpeller les directions syndicales nationales pour qu’elle rompe avec leur plan de journée isolée et appellent à construire un vrai plan de bataille qui cherche à nationaliser les mobilisation en s’appuyant sur les mobilisations locales.

D’autre part, la dynamique de politisation profonde du secteur face au projet autoritaire et néolibérale du gouvernement pour l’école exige une réponse politique offensive. En ce sens, les nouvelles annonces d’Attal doivent être l’occasion d’approfondir encore l’alliance subversive entamée avec les parents d’élèves et les élèves eux-mêmes qui déborde des questions corporatistes traditionnellement allouées aux mobilisations enseignantes pour se placer sur un terrain plus politique et faire de l’école un enjeu de société. Loin de cette perspective, les directions syndicales de l’éducation continuent de se placer dans une dynamique de dialogue social avec le gouvernement, voire accompagnent la logique sécuritaire, plutôt que de la dénoncer. Sur France Info, Sophie Venetitay a ainsi déclaré « On ira bien sûr à la concertation » prévue pour aboutir à des mesures concrètes suite aux annonces d’Attal, avant d’ajouter « il faut nous donner les moyens d’agir sur le long terme, plutôt que de faire un discours qui va marquer les esprits pendant quelques heures et qui après nous laissera seuls avec nos difficultés au quotidien dans les collèges et les lycées ».

« On fait rarement grève contre l’incivilité. On ne fait pas souvent de grandes manifs pour l’autorité à l’école, on ne fait pas de mouvement social contre la violence » a osé Gabriel Attal durant son discours, faisant allusion pour la première fois à la grève de l’éducation face à la réforme qu’il a porté pour le collège. Une provocation qui témoigne toutefois de l’affrontement entre deux projets pour l’école et la jeunesse. Aux grévistes de l’éducation de lui répondre par une lutte pied à pied non seulement contre ses projets de réforme néolibérale de l’éducation, mais aussi contre la stigmatisation de nos élèves qui, loin des clichés racistes que le gouvernement véhicule, ont démontré leur politisation. Macron fait de l’école une pièce maîtresse de son offensive autoritaire et idéologique, faisons de l’école un enjeu politique, autour duquel organiser non seulement les personnels de l’éducation, mais aussi les habitants des quartiers populaires pour un autre projet.

Contre la casse de l’école et la mise au pas de la jeunesse, pour construire un mouvement large à même d’unir profs élèves et parents, la journée du 22 avril devra être un point d’appui pour renforcer l’auto-organisation et imposer par en bas ce plan de bataille.


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