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Politique

IMPUNITÉ BOURGEOISE

Dîners clandestins. Brice Hortefeux en aurait « mal dormi » et Duhamel réclame « la bonne foi »

Une semaine après le début de la polémique des dîners clandestins, Mediapart révèle qu'Alain Duhamel, journaliste chez BFMTV, et Brice Hortefeux, élu au parlement européen, auraient déjeuné dans un restaurant clandestin du VIIIème arrondissement. Alors que la liste des noms s’allonge, la bourgeoisie ne sait plus comment se justifier et enchaîne les incohérences.

lundi 12 avril

Crédits photo : Fred DUFOUR / AFP et Gonzalo Fuentes / Reuters

Il fait la une de tous les journaux depuis une semaine pour ses fameux dîners clandestins au palais Vivienne : Pierre-Jean Chalençon était en garde-à-vue vendredi. Interviewé sur BFMTV à sa sortie, il remercie la police d’avoir été « au top » et les qualifie de « gens tout à fait délicieux ». Le collectionneur paraît tout à fait serein après sa garde à vue qu’il semble avoir très bien vécue, évoquant même une audition plutôt qu’une garde à vue. Un discours qui montre une nouvelle fois la répression à deux vitesses du gouvernement lorsque l’on sait que certains se font violenter par la police pour non-respect des gestes barrière, alors que d’autres qui organisent de grands dîners dans des palais privés se voient offrir des tribunes sur les grandes chaînes bourgeoises pour évoquer leur version des faits.

En effet, Jean-Pierre Chalençon ne semble pas très inquiet : il apparaît sur tous les plateaux, accepte toutes les interviews quitte à souvent se contredire quant au nombre de personnes invitées, à la nature du rassemblement, etc. Il déclare même : « j’ai énormément de soutien n’ayez pas peur », toujours sur BFMTV. S’il peut s’agir d’une phrase quelconque, elle témoigne de toute l’immunité dont Pierre Jean Chalençon est sûr d’être bénéficiaire au vu de ses nombreuses connaissances au gouvernement mais aussi dans les médias. Son profil instagram en est un beau témoignage, même s’il n’a rien publié depuis le début de la polémique. On peut l’entendre prévoir de voir prochainement le président Emmanuel Macron dans un post du 31 mars 2021 ou encore poser aux côtés de la première dame sur un post du 14 juillet 2020. Qu’il s’agisse encore de mensonges ou de blagues, dont il semble être un grand amateur, il est sûr qu’il est bien protégé. Peut-être par ses amitiés mais surtout par la politique du gouvernement qui permet de laisser planer le doute, et en entamant très tardivement et très lentement une enquête aussi importante, alors que le week-end dernier des promeneurs ont récolté 405€ d’amende pour un verre de rosé sur la plage.

Si l’enquête du gouvernement prend son temps, Mediapart s’est penché sur le dossier. Dans un papier paru ce week-end, on apprend que Brice Hortefeux, élu au parlement européen, aurait déjeuné mardi 30 mars avec le journaliste Alain Duhamel et un troisième convive. Ce déjeuner se serait tenu dans un appartement privé reconverti en restaurant clandestin dans le VIIIème arrondissement de Paris. Ce sont des menus entre 110 et 580€ que le chef Leroy propose à cette clientèle triée sur le volet.

Cherchant difficilement comment se défendre, Brice Hortefeux se dit piégé, pour lui il s’agissait d’un endroit tout à fait légal : « Il y a beaucoup de monde qui passe, des entreprises, des élus… Quand vous savez cela, vous vous dites que vous êtes dans les clous ». Dans cette défense on apprend juste à quel point ces dîners clandestins sont prisés par ceux qui nous enferment chez nous et mènent une politique ultra répressive notamment dans les quartiers populaires.

L’élu au parlement européen semble malgré tout avoir quelques remords ; en effet, il précise : « Je n’en suis pas mort, mais j’ai mal dormi quand même. ». De son côté, Alain Duhamel avoue qu’il n’était pas très serein à son arrivée : « Comme je suis plutôt bien élevé, je n’allais pas faire un esclandre en m’en allant, mais j’étais tellement troublé qu’en sortant, je me suis trompé de Uber et ne m’en suis aperçu qu’au bout de 300 mètres. ». Pour ne pas avoir respecté les gestes barrières, on a donc deux hommes dont l’un a « mal dormi » et l’autre s’est trompé de Uber. Pour la défense finale, Brice Hortefeux plaide la « bonne foi ». C’est l’hôpital qui se fout de la charité quand on sait qu’à Saint-Denis, des dizaines de policiers ont violemment réprimé la population pour avoir fait un barbecue en plein air.

Alain Duhamel et Brice Hortefeux ne sont pas les seuls noms dévoilés par Mediapart : on parle aussi de l’ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy et actuel maire de La Baule, Franck Louvrier, qui aurait aussi déjeuné dans cet endroit. Une attitude tout à fait hypocrite quand on sait qu’il s’exprimait ainsi sur BFMTV à propos des rave party en Bretagne : « ces jeunes rebelles insultent les personnels soignants ».

Ces révélations de Mediapart montrent à quel point nous ne vivons pas tous dans le même monde et surtout que la crise sanitaire n’a pas du tout le même impact sur chacun. Quand Macron demande, au bout d’un an, aux soignants des efforts supplémentaires et que les travailleurs de la première ligne continuent de s’exposer au virus en travaillant toujours plus, les riches de ce monde se retrouvent dans de beaux appartements parisiens aux couleurs de Napoléon.




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