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Non à l'instrumentalisation

Cortège pro-Israël dans la manifestation du 25 novembre : que s’est-il vraiment passé ?

Si le récit des tensions entre manifestantes pro-Israël et soutiens de la Palestine le 25 novembre font le bonheur de la presse, celui-ci masque le plus souvent les fondements d'une action instrumentalisant les violences sexuelles pour s'opposer à toute convergence entre mouvement féministe et mouvement de solidarité avec la Palestine.

Du Pain et des Roses

28 novembre 2023

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Cortège pro-Israël dans la manifestation du 25 novembre : que s'est-il vraiment passé ?

Crédit photo : @bourgeonphoto

Depuis la manifestation contre les violences sexistes et sexuelles du 25 novembre à Paris, différents journaux font état d’une « polémique » liée à la présence place de la Nation d’un « collectif du 7 octobre » renommé depuis « Nous vivrons ». Dans un article publié le lundi 27 novembre, Le Parisien explique ainsi : « un collectif qui souhaite porter la voix des victimes de viols israéliennes lors des attaques du 7 octobre assure avoir été empêché de manifester de la marche parisienne de samedi contre les violences faites aux femmes. »

Un récit repris dans Causette, Libération, Le Point, Le Figaro ou l’Express, qui dénoncent tous le « traitement » de manifestantes qui auraient voulu simplement apporter un soutien aux femmes israéliennes à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. L’occasion de mettre en cause la gauche et l’extrême-gauche qui seraient à la manœuvre.

Dans l’article de Libération publié le 27 novembre, une manifestante présente dans le cortège de « Nous vivrons » va jusqu’à expliquer : « (alors qu’on faisait le tour de la place en attendant le démarrage de la manif, on a été prises à partie par des mecs du NPA et de Révolution Permanente ». Des récits qui relaient essentiellement la parole de ces militantes qui déforment la réalité en donnant l’impression que celles-ci auraient été empêchées de manifester par des militant-es de Révolution Permanente, du NPA ou encore de la France Insoumise. Pourtant, cela n’est pas ce qu’il s’est passé : prenons le temps de revenir sur les faits.

« Féministes complices » : qui a pris à partie qui le 25 novembre à Paris ?

Ce samedi, un cortège était appelé par Urgence Palestine « contre les violences de genre, sociales et d’Etat », composé entre autres de militant·e·s de Du pain et des roses – le collectif féministe de Révolution Permanente -, du NPA, ou encore de la CNT. L’objectif était de faire converger la dénonciation du génocide en cours en Palestine avec la journée internationale de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Les slogans et pancartes étaient très explicites à ce sujet : « Gaza ! Gaza ! Les féministes sont avec toi ! » ou encore « violences sexistes, violences coloniales, même combat contre le capital ».

Au départ de la manifestation place de la Nation, alors que tous les cortèges étaient en train de se constituer, un cortège composé de plus d’une centaine de personnes a commencé à faire le tour de la place avec des pancartes « #MeToo unless you are jew », en scandant des slogans comme « Hamas terroriste, féministes complices », « Féminicide de masse, féministes à la Hamas » ou encore « LGBTQ, avec le Hamas vous seriez pendus ». Des mots d’ordre dirigées contre le soutien de secteurs féministes à la Palestine, qui amalgament la défense de la Palestine avec l’antisémitisme et le soutien au Hamas.

Sur la place de la Nation, ce cortège s’est arrêté face au cortège en formation d’Urgence Palestine pour scander ses mots d’ordre en signe de provocation, donnant lieu à un court moment de tension qui s’est essentiellement traduit par un échange de slogans, à bonne distance, ponctué d’une très brève empoignade entre des militant·e·s et le journaliste Frédéric Haziza, accusé d’agressions sexuelles et soutien inconditionnel de l’Etat d’Israël, filmé en train de pousser une militante.

Contrairement à ce qu’affirment les militantes de « Nous vivrons », dont la parole est relayée avec complaisance par la presse, ce sont bien elles qui étaient venues avec des intentions hostiles à la manifestation. Il s’agissait pour elles de venir hurler aux féministes qu’elles étaient des « complices » des « terroristes », en visant particulièrement les cortèges aux couleurs de la Palestine appelés à l’occasion de ce 25 novembre. Une provocation pour laquelle « Nous vivrons » s’était d’ailleurs muni d’un large service d’ordre, dans lequel des militants antifascistes auraient reconnu des membres de la Ligue de Défense Juive, organisation d’extrême-droite.

Finalement, ce sont les forces de police qui auraient ensuite recommandé aux militantes de ne pas manifester pour « leur sécurité ». Un avis suivi par les organisatrices du cortège, qui ont abandonné sur place leurs pancartes, après avoir réalisé leur coup d’éclat réactionnaire, désormais relayé par l’ensemble de la presse.

« Nous vivrons » : un cortège pro-Israël qui instrumentalise les violences sexuelles

Les brèves tensions du 25 novembre sont ainsi directement liées à une initiative hostile d’un petit collectif venu s’en prendre aux féministes et aux expressions de soutien à la Palestine dans la manifestation. Une politique dans laquelle les viols commis par le Hamas contre des femmes israéliennes le 7 octobre servent de prétexte, dans le cadre d’une instrumentalisation ignoble.

Si nous condamnons évidemment les crimes commis le 7 octobre, utilisant les violences sexuelles comme arme de guerre, l’initiative de ce cortège s’inscrit en effet dans une campagne nationale et internationale de dénonciation du « féminicide de masse du 7 octobre » qui vise d’abord à s’attaquer aux convergences entre féministes et mouvement palestinien et à légitimer la politique de l’État d’Israël qui mène un génocide à Gaza.

A ce titre, si les manifestantes de « Nous vivrons » prétendent œuvrer à ce que « toutes les femmes » soient défendues, leur discours ne comporte pas un mot sur le génocide en cours à Gaza, la situation coloniale en Palestine, les plus de 14.000 personnes mortes ces dernières semaines, dont des milliers de femmes, ou encore les 50.000 femmes palestiniennes enceintes qui subissent les conséquences de la destruction des services de santé et sont forcées dans les circonstances à subir des césariennes sans anesthésie mettant en péril leurs vies.

« "Nous avons reçu beaucoup de témoignages de femmes qui se sont senties mal à l’aise car elles pensaient participer à une manif pour défendre les femmes et ont eu l’impression de se retrouver dans une manif pour défendre la Palestine", ajoute la militante, qui vise en particulier l’activisme du collectif Du pain et des roses » note Libération dans son article. Nous réaffirmons qu’en effet, en tant que féministes anti-impérialistes, nous militons depuis plus d’un mois pour l’existence de cortèges féministes dans les mobilisations pour la Palestine et, réciproquement pour l’existence d’un cortège pro-Palestine dans la principale mobilisation féministe de l’automne.

Oui, « défendre les femmes » et les personnes LGBTQI+ passe aussi par la défense de l’autodétermination du peuple palestinien dans le cadre du combat contre toutes les formes d’oppression. A l’heure où des militantes veulent instrumentaliser des violences sexuelles pour intimider les soutiens de la Palestine, nous apportons tout notre soutien aux organisatrices de la manifestation, telles que #NousToutes, harcelées ces derniers jours, et appelons à poursuivre la construction d’un front féministe solidaire du peuple palestinien, qui lutte vraiment contre toutes les violences faites aux femmes, dont les violences coloniales brutales en cours à Gaza.


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