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Politique

2022

Comédie présidentielle ? TF1, M6 et C8 diffuseront des films le soir du 1er tour dès 21h30

Absence de débats, de contradictions, non égalité du temps de parole, barrages anti-démocratiques, … les signes que les élections présidentielles constituent une mascarade électorale ne manquent pas. Derniers exemples en date, les décisions de TF1, M6 et C8 de déprogrammer le premier tour de leur programme télévisuel.

vendredi 25 mars

A quelques semaines du premier tour des élections présidentielles, la situation est inédite. Si le désintérêt général que semble susciter cette élection présidentielle n’est pas à détacher de la crise économique et sociale, et de sa réactivation par le Covid et la guerre, la forme particulière prise par cette campagne est à considérer. Dernier exemple en date, pour la soirée du premier tour, TF1, M6 ou encore C8 ont récemment annoncé leur décision de « décommander les présidentielles ».

Sur TF1, les pitreries des Visiteurs remplaceront celles des professionnels de la politique, sur M6 plutôt que de s’intéresser au futur de la monarchie présidentielle, il sera possible de suivre les aventures d’Astérix et Obélix au service de sa majesté, tandis que C8 est revenu sur les déclarations de Cyril Hanouna qui prévoyait fin février une grande soirée électorale pour passer à la place le film Les bidasses s’en vont en guerre. Seule France 2 proposera une soirée électorale sur ses antennes.

TF1 assume son choix et le justifie par le fait que « les usages, les goûts et les attentes des téléspectateurs ont évolué », comme l’indique Thierry Thuillier, directeur général adjoint du pôle Information du groupe, à l’AFP.« En tant que chaîne leader […] nous considérons que dans la partie chaude d’une heure et demie (à partir de l’officialisation des résultats à 20 heures, ndlr), on peut avoir donné l’intégralité des faits, des résultats, des réactions, des commentaires ».

Il est vrai que les sondeurs prévoient une abstention historique, mais les patrons de chaîne et les promoteurs télévisuels ont beau jeu d’en appeler à la « dépolitisation généralisée » . Rarement le caractère farcesque de la démocratie bourgeoise n’aura autant pris le feux des projecteurs qu’à l’occasion de cette campagne, dont on pourrait souligner, si on s’autorisait une pointe d’ironie, que le premier temps fort électoral constituera une métaphore assez aboutie.

Notons en guise de rappel que depuis le lancement de la campagne officielle, le président-candidat soliloque, les chaînes composent devant ses desiderata, et les candidates et les candidats acceptent les formats les plus baroques pour grappiller quelques minutes de temps de paroles et espèrent-ils quelques voix précieuses. C’est qu’en 2022, la campagne n’aura pas lieu, le président-candidat s’en est assuré. Trop heureux de pouvoir capitaliser sur la crise ukrainienne et sa posture de chef de guerre, après avoir mis en scène celle d’épidémiologiste les deux années précédentes, trop heureux aussi d’échapper aux débats sur un quinquennat traversé par les crises et les luttes. 

La première grande messe électorale télévisuelle sur TF1, lundi 14 mars, avait de ce point de vue servi de piqûre de rappel. Durant l’émission -sobrement intitulée « la France face à la guerre »-, nulle trace de Philippe Poutou ou encore de Nathalie Arthaud, non conviés. En sus du caractère anti-démocratique, cette mise à l’écart avait aussi un sens politique : celui d’empêcher que la question sociale et les aspirations démocratiques n’aient voix au chapitre. C’est que quand il s’agit de débattre, il faut que cela se fasse en vase clos.

Si les jeux ne sont pas encore faits, même pour Macron en dépit de son importante dynamique sondagière, du fait des faiblesses importantes de tous les partis, une leçon peut déjà être tirée. La démocratie bourgeoise est une mascarade et cette fois ses acteurs n’essaient même pas de le cacher.
En cela, cette campagne est bien le symptôme d’un système à bout de souffle qui peine à faire jouer les rouages traditionnels de fabrique du consentement.



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