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Cadences infernales, salaires ridicules : des internes hospitaliers appellent à la grève reconductible

Les internes en médecine et leur syndicat l'ISNI (InterSyndicale Nationale des Internes) appellent à une grève de 48h ces 18 et 19 juin pour le respect et le décompte des 48 heures de travail hebdomadaires. Ils dénoncent l’horreur des conditions de travail de ce secteur, véritable variable d’ajustement à l’hôpital, et qui a été en première ligne face à la pandémie.

vendredi 18 juin

Crédits photo : AFP - 2019

Un rassemblement national a été prévu samedi à Paris. Il est difficile de quantifier l’ampleur de la mobilisation à niveau national. En Alsace, celle-ci est qualifiée de « modérée ». Mais après la grève des 500 hospitalier-e-s à Bordeaux ce 15 juin et la grève nationale des technicien-ne-s de laboratoire en mai, nous voyons que maintenant que la crise épidémique connait une relative décrue, les travailleur-euse-s de la santé qui n’avaient pas ces derniers mois la possibilité de s’organiser massivement en raison de la crise, commencent à former une base contestatrice quant au manque de financements dans le service de la santé.

L’internat, troisième cycle des études de médecine, débute sept ans après le bac et dure de trois à six ans selon les spécialités. La France compte un peu plus de 30 000 internes travaillant au sein de ses hôpitaux. Les internes sont à la fois considéré-e-s comme étudiant-e-s et comme salarié-e-s. Face à leur cri de désespoir le gouvernement fait la sourde oreille et n’apporte que des promesses vides de substances. Veran propose de faire à nouveau une étude sur le temps et les conditions de travail des internes. Mais comme le dit Hubert Werth, syndiqué à ISNI, « Le ministre propose de faire, cet été, quand on sait que l’activité diminue dans les services une étude pour voir concrètement quel est le temps de travail hebdomadaire des internes… Cela biaise complètement les choses. Et de toute façon, des études, il en existe déjà ! ». Les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé ont sorti aujourd’hui un communiqué de presse bidon « invitant chaque établissement de santé et maître de stage universitaire à se mettre en conformité avec les obligations de service ». Suite au Ségur de la santé de juillet, depuis le 1er novembre, les internes en médecine, pharmacie et odontologie bénéficient d’une augmentation allant jusqu’à 163 euros brut par mois selon leurs années de formation. Cette mesure est plus que partielle compte tenu du nombre insoutenable d’heures engrangées par les étudiant-e-s.

Parce que la réalité d’un interne en période de pandémie mondiale c’est des semaines allant de [58 heures hebdomadaires en moyenne à plus de 100 heures par semaine, comme l’explique France Inter. Cela, alors que le minimum légal, déjà bien trop élevé, est de 48 heures. A France Inter, Olivia, 26 ans et interne en médecine d’urgence affirme avoir déjà travaillé plus de 96 heures par semaine et jusqu’à 26 jours d’affilée sans s’arrêter. Elle a fait un burn-out et a eu 3 semaines d’ITT.

Représentant 40 % des effectifs médicaux, les internes sont surexploité-e-s dans une logique chronophage et désindividualisante qui s’inscrit dans la continuité des études de médecine. Nous nous souvenons des suicides tragiques de deux étudiantes en première année de médecine au mois de janvier. Pour justifier une sur-demande d’investissement de la part des futur-e-s médecin-e-s en raison du manque de financements dans le secteur public, dès la première année on présente le burn-out et la dépression comme une étape logique du parcours étudiant. Cette grève de 48h est l’expression de l’impossible amélioration de ces conditions d’études et de travail au sein d’un système structurellement défaillant. l’ISNI, indiquait que 23,7 % des internes avaient déjà eu des idées suicidaires, 28 % avaient souffert de troubles dépressifs et [66 %, de troubles anxieux. Par ailleurs, la thèse des généralistes Amélie Jouault et Sara Eudeline, montre un résultat sans appel : 93,6 % des internes ayant répondu au questionnaire (soit 2 179 internes, 20 % des effectifs) « ont déclaré avoir subi des violences psychologiques de façon occasionnelle ou répétée au cours des études » ; 53,5 %, des violences de nature sexuelle et sexiste ; 49,6 %, des violences physiques..

Derrière la réouverture en grande pompe et la levée de certaines restrictions, la macronie voudrait passer sous le tapis sa gestion désastreuses de la crise sanitaire. Après avoir priorisé les profits et les intérêts de la bourgeoisie sur nos vies et sur les conditions de travail des secteurs essentiels, soignants en première ligne, le gouvernement voudrait nous faire oublier sa responsabilité. 5 internes se sont suicidé-e-s depuis le début de 2021. Considéré-e-s comme la variable d’ajustement d’un système hospitalier saturé, les soignant-e-s comme les travailleur-euse-s de première ligne se sont retrouvé-e-s au front de la crise et n’ont reçu que des miettes de la part du gouvernement, il est essentiel de s’organiser pour revendiquer de meilleures conditions de travail pour ceux qui font tourner la société pour des salaires minables et sans aucune reconnaissance.




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