×

Démonstration de force

Argentine. Le succès de la grève générale du 9 mai montre qu’il est possible de faire reculer Milei

La réussite de la journée de grève générale ce 9 mai en Argentine a montré qu’il existe une force énorme pour faire reculer Milei et ses projets ultralibéraux. Mais alors que les directions syndicales ont confirmé leur stratégie de pression, une grève active avec une mobilisation massive doit être imposée par en bas.

Facebook Twitter
Audio
Argentine. Le succès de la grève générale du 9 mai montre qu'il est possible de faire reculer Milei

Crédit photo : La Izquierda Diario

La journée de grève générale de ce jeudi 9 mai constitue clairement un point d’inflexion dans la lutte contre Milei et son offensive ultra-libérale. Sa massivité est le symptôme d’une colère qui se généralise dans le pays contre le gouvernement d’extrême-droite. Entre les licenciements, les baisses de salaires quotidiennes dues à une inflation massive et les annonces d’un début de dépression économique, le décalage entre discours du gouvernement de Javier Milei et la réalité des conditions de vie des Argentins n’a jamais été aussi clair.

L’adhésion à la grève montre que le mouvement ouvrier a la force pour imposer un échec à Javier Milei

Dès 22 heures ce mercredi 8 mai, la plupart des usines et des plus grandes concentrations ouvrières du pays ont vu leurs productions mises à l’arrêt. Les lignes de production des grands groupes de multinationales de la Zone Nord de Buenos Aires comme Mondelez Pacheco, les usines de Coca-Cola, du producteur de pneus SUTNA, du groupe Techint, les salariés de la métallurgie et les graisseurs de AcerlorMittal, les grandes raffineries de la zone sud de la capitale, les travailleurs sous-traitants et titulaires de la compagnie aérienne menacée de privatisation Aeriloneas Argentinas, les transports en commun de tout le pays ; en bref, le pays a connu une véritable paralysie dès la nuit du mercredi au jeudi.

La grève ne s’est pas arrêtée à la capitale : à Neuquen, Cordoba, Mendoza, Santa Fe, les grandes villes du pays ont vu les portes de leurs écoles, de leurs banques, de leurs services publics intégralement fermées. En d’autres termes, la classe ouvrière Argentine a fait hier une démonstration de sa force et de sa vitalité et a rappelé, le temps de 24 heures, qui était le véritable propriétaire de la maison.

Parmi les quelques passants interviewés par la chaîne C5N hier, on retrouve des témoignages qui montrent comment la grève générale a coalisé les colères du quotidien : « J’ai perdu ma mère l’année dernière d’un cancer. Et je ne peux pas m’empêcher de penser chaque jour que c’était peut-être mieux ainsi, car nous n’aurions jamais pu payer ses traitements avec mon père ». La dégradation accélérée du système de santé et la privatisation continue de la recherche dans le secteur publique fait partie des raisons de la colère : « je travaille dans le secteur de recherche oncologique, je n’ai jamais vu ça. Dans mon travail nous n’avons plus d’eau potable, nous n’avons plus de médicaments ».

A la recherche de témoignages contre la grève, la chaîne de télévision de droite TN se retrouve face à la réalité « Bien sûr que je soutiens la grève. Je n’ai jamais fait grève de ma vie. Mais ce que fait ce gouvernement, c’est cruel. Un retraité ne peut pas vivre ». Une situation à des années lumières des récentes négociations et discussions au sein du Congrès et du Sénat, où le gouvernement essaie d’enregistrer sa première réussite parlementaire.

Parmi les mesures de la loi « Bases » au centre des débats et des raisons de la grève, une réforme ultra-régressive qui servirait de point d’appui pour vendre les grandes ressources du pays et sa main d’œuvre à bon prix aux grandes multinationales et aux géants économiques argentins, la mise en place de zones franches pour les grandes entreprises multinationales de l’extractivisme, ainsi qu’une attaque massive aux salaires et aux retraites et la délégation de certains pouvoirs du législatif à l’exécutif.

Et maintenant ?

Si le gouvernement de Javier Milei a tout fait hier pour surjouer une tranquillité face à la journée de grève générale, il a eu bien plus de mal que le 24 janvier dernier à montrer des rues bondées et des petits magasins ouverts. Et pour cause, à la différence du 24 janvier dernier, la grève de ce jeudi a été appelée dès minuit et pour 24 heures, dans l’écrasante majorité des transports en commun. Pas un avion en vol, des bus à l’arrêt : la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, figure d’ultra-droite du gouvernement, s’est ridiculisé en cherchant un des seuls bus en circulation pour montrer que le pays continuait à travailler.

Malgré une telle réussite, c’est la question de l’après qui se pose désormais. Si Milei fait face à sa seconde journée de grande grève générale en 6 mois de gouvernement, il a bénéficié jusqu’ici d’une attitude conciliatrice du péronisme (qui a cherché à maintenir l’opposition à la portion congrue du parlementarisme et des négociations partielles) et des bureaucraties syndicales. Hier, les deux principales figures des directions syndicales, Moyano et Daer, ont annoncé une prochaine journée de mobilisation sans grève tout en insistant sur le besoin de négocier avec le gouvernement. Une attitude de conciliation absurde, étant donné que les mesures proposées par Milei iraient dans le sens d’une restriction importante du pouvoir des organisations syndicales et de leur financement. En d’autres termes, malgré les discours pseudo-combatifs des directions syndicales, leur stratégie reste celle d’une négociation des attaques austéritaires massives qu’est en train d’organiser le gouvernement, main dans la main avec le FMI et les patrons.

De son côté, l’extrême gauche organisée au sein du Front de Gauche et des Travailleurs – Unité ainsi que le Plénier du Syndicalisme Combatif (qui organise de nombreux secteurs de travailleurs indépendants des directions syndicales) ont salué la force de la mobilisation d’hier. Sans se méprendre sur les intentions des directions syndicales, la façon dont les travailleurs ont adhéré massivement à la grève montre la disponibilité à combattre qui existe dans la classe ouvrière. Les dernières mobilisations comme celle du 23 avril, où le mouvement étudiant était présent de manière massive dans la rue contre l’austérité dans les facs, ont été une démonstration que l’humeur est en train de changer.

Face à cette situation, la gauche révolutionnaire défend l’urgence de formuler un programme qui cherche à unifier l’ensemble du monde du travail, contre la casse de l’éducation, des services publics, pour les salaires, en lutte contre les privatisations massives, ainsi qu’un rejet total de la loi « Bases ». De plus, elle défend le besoin d’un plan de bataille et d’une stratégie réelle pour imposer une défaite au gouvernement. Plutôt que de maintenir un plan de journées de grèves isolées, l’heure est à la construction d’un véritable mouvement d’ensemble qui s’appuie sur la disposition à lutter du mouvement ouvrier. C’est dans cette perspective et pour la préparation de la généralisation de la grève, qu’il s’agit d’imposer par en bas un appel à une grève de 36 heures, contre Milei, avec manifestation, lors du passage de la loi « Bases » au Sénat. Les éléments d’auto-organisation comme les assemblées de quartier et les syndicats combatifs pourraient s’armer de ce plan de bataille pour construire cette perspective dans les masses ouvrières.


Facebook Twitter
Génocide à Gaza : Biden prêt à sanctionner la Cour pénale internationale pour protéger Netanyahou

Génocide à Gaza : Biden prêt à sanctionner la Cour pénale internationale pour protéger Netanyahou

Ilan Pappé : « pourquoi j'ai été arrêté et interrogé sur Israël et Gaza dans un aéroport américain »

Ilan Pappé : « pourquoi j’ai été arrêté et interrogé sur Israël et Gaza dans un aéroport américain »

Kanaky : la vie chère imposée par les grands groupes attise les révoltes

Kanaky : la vie chère imposée par les grands groupes attise les révoltes

L'offensive russe en Ukraine et le spectre d'une situation « pré-1914 »

L’offensive russe en Ukraine et le spectre d’une situation « pré-1914 »

Californie : 48 000 travailleurs de l'Université votent la grève pour le droit à soutenir la Palestine !

Californie : 48 000 travailleurs de l’Université votent la grève pour le droit à soutenir la Palestine !

La Norvège, l'Espagne et l'Irlande reconnaissent l'État palestinien : nouveau revers pour Israël

La Norvège, l’Espagne et l’Irlande reconnaissent l’État palestinien : nouveau revers pour Israël

Famine organisée : Les colons israéliens multiplient les attaques de convois humanitaires destinés à Gaza

Famine organisée : Les colons israéliens multiplient les attaques de convois humanitaires destinés à Gaza

« Mission de dialogue » : Macron en Kanaky pour légitimer la répression et poursuivre le passage en force

« Mission de dialogue » : Macron en Kanaky pour légitimer la répression et poursuivre le passage en force