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Colonialisme

Kanaky : après l’adoption de la loi coloniale, l’État réprime la révolte dans le sang

Hier soir, le dégel du corps électoral en Kanaky a été adopté à l’Assemblée nationale. Une loi coloniale que l’État a décidé de faire passer au milieu de révoltes qui se poursuivent. Tout en appelant hypocritement au dialogue, le gouvernement réprime durement, main dans la main avec des milices caldoches, faisant 3 morts cette nuit et des centaines de blessés.

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Kanaky : après l'adoption de la loi coloniale, l'État réprime la révolte dans le sang

Alors que le mouvement de révolte en Kanaky ne cesse de s’intensifier depuis deux jours, le projet de loi du gouvernement Macron visant à dégeler le corps électoral pour les élections provinciales sur ce territoire a été adopté hier soir par l’Assemblée nationale. Ce projet de loi constitutionnelle, adopté par le Sénat le 2 avril, puis en commission des lois à l’Assemblée nationale le 7 mai dernier, vise à revenir sur les accords de Nouméa de 1998, en élargissant le corps électoral à des secteurs de résidents venus de la métropole. Un moyen pour l’État, sous couvert de considérations démocratiques, d’enterrer toute perspective d’exercice du droit à l’autodétermination pour ce territoire, sous domination coloniale française depuis 1853.

Pour imposer cette loi, le gouvernement Macron a pu compter sur le soutien de la droite et de l’extrême-droit, qui avaient déjà donné leurs voix au projet lors de son passage au Sénat. « Le dégel du corps électoral est un impératif pour garantir une démocratie authentique et représentative en Nouvelle-Calédonie » arguait, par exemple, le député RN Yoann Gillet. Un écho aux revendications du mouvement loyaliste, rassemblant toutes les forces politiques en faveur du maintien de la domination coloniale française.

Des arguments totalement hypocrites alors que dans un contexte colonial, les règles institutionnelles sont pensées pour assurer la perpétuation de la domination. Le passage en force du gouvernement Macron pour le maintien du troisième référendum d’autodétermination en décembre 2021, en pleine pandémie de coronavirus, est une illustration éloquente du rapport du gouvernement à la « démocratie » en Kanaky. Celui-ci s’était soldé sans surprise par la victoire du camp loyaliste, alors que les militants indépendantistes et le peuple kanak avaient massivement boycotté le scrutin pour dénoncer les conditions scandaleuses de vote.

La révolte s’intensifie, le gouvernement et les milices répriment dans le sang

Dans ce contexte, le mouvement pour l’autodétermination du peuple kanak s’est fortement radicalisé ces derniers jours, avec la mobilisation de jeunes kanaks qui ont procédé à des blocages d’axes routiers, des barrages filtrants, brûlé des commerces et se sont affrontés avec les forces de répression. Une révolte qui se poursuit malgré une répression brutale, avec l’envoi du GIGN, de la CRS 8 et du RAID, et un véritable « permis de tuer » accordé aux policiers par le représentant de l’État sur l’île.

D’après Nouvelle-Calédonie-La Première, le bilan des derniers jours s’établit à 33 personnes interpellées en « zone gendarmerie » et 147 interpellations en « zone police ». Les affrontements se sont poursuivis dans la nuit de mardi à mercredi malgré le couvre-feu imposé à la population depuis hier 18h. Face à la colère de la jeunesse kanak, la répression coloniale a opéré un saut, en faisant au trois morts kanaks selon un porte-parole du gouvernement de Nouvelle-Calédonie et des centaines de blessés. L’un d’eux aurait été tué par un civil et les militants indépendantistes rappellent que de véritables milices loyalistes servent ces derniers jours de supplétifs aux forces de répression sur l’île, démontrant à nouveau le caractère colonial de la répression d’État en Kanaky.

Derrière les appels aux négociations, le gouvernement se prépare à durcir encore la répression

Malgré le caractère explosif de son projet de loi, examiné quelques jours après le 5 mai, date commémorative du massacre de la grotte d’Ouvéa, perpétré par l’armée française contre des militants indépendantistes kanaks, le gouvernement assume de passer en force, tout en mimant le dialogue. En ce sens, Gabriel Attal, a bousculé son agenda hier afin de se rendre à la séance de questions au gouvernement pour reprendre en main le dossier géré par Darmanin, et expliquer sa « volonté de trouver un accord politique le plus large possible avec les indépendantistes et non indépendantistes. »

Dans un courrier adressé cette nuit aux représentants de Nouvelle-Calédonie, Macron a affiché la même ligne, avec un appel artificiel à un accord, et la promesse qu’en « l’absence de cet accord, que je continue d’appeler de mes vœux, et qui est souhaitable à tous égards pour les Calédoniens, le Congrès se réunirait avant la fin juin ». Une attitude totalement hypocrite, fixant d’ores et déjà un cadre ultra contraignant pour une négociation, face à laquelle une grande partie des forces indépendantistes, débordées par la mobilisation de la jeunesse kanak, semble malgré tout ouverte à la discussion.

Dans un communiqué publié mercredi matin, le FLNKS appelle ainsi au « calme et à l’apaisement » et explique que le « climat social délétère (…) met en lumière de manière manifeste la volonté d’une partie de la population d’être entendue (…). Pour autant, cette situation ne saurait justifier la mise en péril de la paix et de tout ce qui a été mis en œuvre et construit pour permettre au vivre ensemble de s’installer durablement » avant d’apporter son « soutien aux chefs d’entreprises et salariés impactés » et de demander la « levée des barrages ». Le FLNKS appelle ensuite le président à « ne pas convoquer tout de suite [le congrès de Versailles] afin de donner une chance au dialogue et au consensus » et affirme qu’il s’agit d’une « opportunité que le FLNKS souhaite saisir afin que les revendications de chacun, dont ceux qui manifestent, puissent être entendus et prises en compte. ».

Une logique qui tente de canaliser la révolte sur le terrain de discussions minées, dans lesquelles le gouvernement et les forces loyalistes seraient nécessairement en situation de force après le vote du dégel du corps électoral. Pourtant, le gouvernement n’a évidemment pas l’intention de négocier alors qu’il a d’ores et déjà commencé à réprimer brutalement les révoltes de ces derniers jours, et compte bien continuer.

Ces derniers jours, les loyalistes, dont Sonia Backès, ancienne ministre macroniste, la droite et l’extrême droite française plaident activement pour la mise en place d’un état d’urgence voire même d’une intervention militaire. Olivier Marleix, président du groupe LR à l’Assemblée nationale a appelé « à mobiliser l’armée », de même que Louis Le Franc, haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie qui explique « s’il le faut je ferai appel aux forces militaires ». Ce mercredi matin, face à l’explosivité de la situation Emmanuel Macron a déplacé le conseil des ministres et convoqué en urgence un conseil de défense et de sécurité

De leurs côtés, l’Union calédonienne et l’Union nationale pour l’indépendance, membres du FLNKS, sont allées jusqu’à signer un communiqué commun avec des forces anti-indépendantistes telles que les Loyalistes et Le Rassemblement-LR, appelant au « calme et à la raison », affirmant que c’est par « le dialogue et la résilience que nous pourrons sortir collectivement de cette situation » et expliquant « qu’un accord est possible ».

Aucune confiance dans des négociations minées, soutien à l’auto-détermination du peuple kanak !

Pour obtenir l’abandon de ce projet de loi, mais également pour l’autodétermination du peuple Kanak, l’État colonial français ne sera jamais un allié. Depuis le processus de Nouméa, les solutions institutionnelles ont montré toutes leurs limites pour garantir le droit à l’auto-détermination. Alors que la Kanaky, quatrième productrice de nickel au monde et position géostratégique centrale pour la politique « Indo-Pacifique » de la France, constitue un enjeu central pour la bourgeoisie française, seul le rapport de forces et la construction d’un grand mouvement pour le droit à l’auto-détermination peut dessiner une issue.

Alors que les universités françaises se mobilisent pour dénoncer le génocide commis par l’état colonial israélien, faisant écho aux mobilisations étudiantes pour le Vietnam des années 60 et 70,, le retour au premier plan de la question de l’impérialisme et des luttes de libération nationale est un point d’appui pour le peuple kanak. Dans ce cadre, sa lutte pour l’auto-détermination doit pouvoir compter sur la solidarité la plus large du mouvement ouvrier et de la jeunesse en France.


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