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Jusqu’ici tout va bien

100 jours après, Borne et la crise politique se maintiennent

Depuis plusieurs mois, Elisabeth Borne était sous la menace d’un limogeage. Finalement Macron a annoncé qu’il la maintenait comme Première ministre. Incapable d’obtenir l’apaisement même pour 100 jours, Macron garde Borne, faute de mieux, alors qu’il doit gouverner sans majorité.

Joël Malo

18 juillet 2023

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100 jours après, Borne et la crise politique se maintiennent

Le passage en force de la réforme des retraites, et surtout la puissante résistance des travailleurs, a aiguisé la crise politique ouverte suite aux dernières élections législatives, en démontrant que le macronisme est non seulement largement minoritaire socialement mais aussi incapable de tisser de majorité à l’Assemblée, y compris sur des textes a priori consensuels pour la droite comme la réforme des retraites. Dans ce cadre, la course à la succession à Matignon est ouverte depuis plusieurs mois avec Elisabeth Borne sur la sellette, tandis que les dents de Darmanin rongent le parquet. Finalement, le 17 juillet, les communicants de l’Elysée ont annoncé qu’Elisabeth Borne était maintenue par Macron au poste de Première ministre, et qu’un remaniement de quelques ministres seulement aurait lieu d’ici au 23 juillet.

« L’objectif des 100 jours a été tenu et le calme est revenu. Le 14 juillet a été un succès » ose affirmer le gouvernement, encore effrayé par la révolte des quartiers populaires, au point de mobiliser plus de 40.000 flics ce jour-là et d’annuler des feux d’artifice dans tout le pays. Une situation qui oblige Macron à maintenir Borne alors que l’instabilité sociale s’accentue, tandis que de nouveaux épisodes de crise politique pourraient de nouveau surgir à la rentrée.

Gouverner pour une minorité… mais toujours sans majorité

« Stabilité » et « travail de fond », voilà les raisons évoquées par l’Elysée pour justifier le maintien de Borne. Stabilité par la matraque, l’envoi du RAID dans les quartiers populaires et l’acharnement judiciaire et carcéral peut-être, mais sur le terrain politique Macron doit constater son échec dans sa recherche désespérée d’une majorité. Alors qu’il avait chargé Borne de trouver un deal de long terme avec une bonne trentaine de parlementaires des Républicains (LR) afin de pouvoir passer des lois de manière plus assurée, ceux-ci refusent toujours de se lier à un navire qui menace de couler. Le maintien de Borne illustre en premier lieu une situation qui oblige Macron à esquiver le plus possible le Parlement. « On passe trop par la loi dans notre République » se plaignait-il après avoir utilisé le 49-3 pour les retraites.

Dans ce cadre, la rentrée promet ainsi une nouvelle avalanche de 49-3, pour passer un budget 2024 déjà annoncé sous le signe des coupures brutales dans le budget de l’Etat et des services publics. Des 49-3 qui serviront à passer en force des mesures anti-sociales comme la hausse des prix de l’énergie juste avant l’hiver, la réduction du remboursement des dépenses de santé etc. Aussi, Borne devra probablement recourir au 49-3 pour faire passer la loi raciste, anti-migrants, de Darmanin que les LR espèrent rendre encore plus ignoble.

A lire : Le gouvernement prépare le durcissement de la loi immigration pour draguer LR

L’autre raison qui préside au maintien pour le moment de Borne au poste de Première Ministre est que le macronisme ne fait plus rêver. Alors que la guerre de succession est déjà ouverte, il n’y a pas grand monde qui accepte de rejoindre l’équipe macroniste. Et pour cause, en moins d’un an le pouvoir a dû faire face à une grève très puissante des raffineurs, un mouvement politique profond de l’ensemble de la classe ouvrière contre la réforme des retraites qui a mis à nu le caractère des plus anti-démocratiques de la la Vème République, et une révolte d’ampleur des quartiers populaires qui a ouvert une crise profonde pour la macronie. Alors que les quatre prochaines années s’annoncent tout aussi compliquées, mieux vaut ne pas abattre toutes ses cartes. Autant griller Borne jusqu’au bout et garder la cartouche du remaniement pour plus tard.

Un Premier ministre venu de la droite aurait pu permettre de soudoyer quelques députés, mais alors qu’aucun candidat sérieux ne se présente, cela aurait pu relancer les hostilités avec Les Républicains à l’aune d’une rentrée compliquée avec la loi immigration.

Darmanin Premier ministre ? Sa nomination aurait été l’expression d’un durcissement encore plus prononcé vers la droite. Alors que l’instabilité sociale est très importante comme en témoigne la révolte des quartiers populaires. Face à une situation éruptive, la macronie préfère s’en tenir à un « en même temps » toujours plus à droite pour tenir les deux bouts à l’heure où Macron veut prôner « l’apaisement » sur fond de tentative de « dialogue social ».

Carotte, bâton, dialogue social et répression

Sans majorité au Parlement, Macron doit user le plus possible des moyens antidémocratiques de gouvernement de la Vème République, mais également s’appuyer sur les « partenaires sociaux », ouvriers et patronaux, pour légitimer ses attaques. La méthode est celle mise en œuvre avec les accords sur le partage de la valeur. Un accord négocié, co-construit et signé en pleine bataille des retraites, pour éviter l’augmentation des salaires.

Elisabeth Borne a au moins obtenu un succès pour briser un peu l’isolement du gouvernement en arrimant de nouveau les directions syndicales au « dialogue social ». Après avoir été poussées à la lutte par la pression des travailleurs contre la réforme des retraites, celles-ci se félicitent désormais de pouvoir reprendre les discussions avec le gouvernement et le patronat. « Il y a clairement un changement de méthode », a ainsi applaudi Yvan Ricordeau, numéro 2 de la CFDT, après la réunion du 12 juillet à Matignon, tandis que Sophie Binet de la CGT s’est réjouie d’« une reprise en main qui marque le début des quatre prochaines années ».
Un nouveau directeur de cabinet a d’ailleurs spécialement été nommé auprès d’Elisabeth Borne pour continuer d’appâter les directions syndicales par le dialogue social. Il s’agit de Jean-Denis Combrexelle, directeur de cabinet de Dupond-Moretti jusqu’à ces derniers jours. Il est un de ces hauts-fonctionnaires, membre du Conseil d’Etat, qui sont l’armature de l’Etat bourgeois, fourmis inamovibles et fidèles au grand patronat que l’on soit sous un gouvernement de gauche ou de droite. Directeur général du Travail au ministère de 2001 à 2014, il a notamment conseillé Xavier Bertrand puis Manuel Valls pour défaire le Code du Travail et favoriser les accords d’entreprise locaux, qui ont servi à tant de baisses de salaire ou de restructurations sous la menace de licenciements. Ainsi il est un des inspirateurs directs de la Loi Travail de Myriam El-Khomri de 2016.

De quoi en faire la bête noire des syndicats ? Pas le moins du monde. Combrexelle fait passer ses attaques par la concertation, et ça suffit pour plaire aux bureaucrates. « Combrexelle est fiable » assure auprès de Marianne Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC et de poursuivre : « « Il est également sensible aux conditions de travail des salariés, lesquelles à ses yeux doivent être correctes, et non pas sacrifiées à la recherche à tout prix du profit par leur entreprise. Enfin, ouvert et accessible, il apportera peut-être au gouvernement une capacité d’écoute qui pouvait lui manquer jusqu’à présent. ». Du côté de l’UNSA, on le juge « ultra compétent sur le social », tandis que la CFDT avait déjà apprécié en 2015 son rapport qui préfigurait la loi Travail. Le ton est à peine plus mesuré à la CGT : « On va voir à l’oeuvre ! Au moins, il connaît les questions du travail et les organisations syndicales ».

Le dialogue social est absolument clef pour un pouvoir qui ne tient en définitive que grâce à la répression et à la conciliation des directions syndicales qui veulent nous faire croire qu’il serait possible de reprendre ce que Macron nous a volé en discutant avec sbires. La rupture du dialogue social et la préparation et l’organisation d’un combat décidé et inflexible contre l’autoritarisme de Macron et le patronat est la seule voie faire évoluer la situation favorablement pour les travailleurs.

En l’absence d’une réponse unifiée et puissante de la classe ouvrière, le gouvernement pourra continuer à imposer ses attaques et faire monter par la même occasion les courants les plus réactionnaires, les plus racistes et policiers, de ce pays. Le maintien d’Elisabeth Borne exprime le maintien fragile de ce statu quo, mais aussi la persistance d’une crise politique qui, si elle n’est pas exploitée par les travailleurs en obtenant des victoires par la lutte, finira par profiter à l’extrême-droite. L’attentisme et la collaboration de classe ne peuvent plus être des options.


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