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Témoignage

Violente agression de salarié·es de Grisélidis à Albi : « c’est révélateur d’un contexte réactionnaire »

Le 17 mai, deux salarié·es de l'association de santé sexuelle Grisélidis ont été ciblé·es par un guet-apens et violemment agressé·ees dans le cadre d’une mission de réduction des risques à Albi. June, salarié et victime, témoigne.

Gabriella Manouchki

14 juin 2023

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Violente agression de salarié·es de Grisélidis à Albi : « c'est révélateur d'un contexte réactionnaire »

Crédit photo : Grisélidis

Grisélidis est une « association de santé communautaire pour les travailleuses du sexe », qui intervient à Toulouse et environs auprès d’un public précaire, dont l’accès aux soins est souvent difficile voire inexistant. « On essaye d’être présents dans les départements d’Occitanie où il n’y a pas d’association de santé pour les travailleuses et travailleurs du sexe : on fait des maraudes physiques et virtuelles [par le biais des réseaux sociaux] et on propose des permanences dans les CeGIDD [centres de dépistage] », explique June, salarié de l’association. C’est dans le cadre de l’une de ces permanences que, le 17 mai dernier à Albi, June entre en contact sur les réseaux avec une jeune escort pour lui faire connaître l’association et lui proposer du matériel de réduction des risques, notamment un accès à des préservatifs gratuits.

Un guet-apens pour punir des clients sur fond de LGBT-phobie

La jeune femme lui donne alors rendez-vous dans un quartier résidentiel pour établir le contact. Tout se passe alors très vite : « On était à peine garé·es qu’un jeune homme ouvre ma portière. Il y a six jeunes hommes, dont un qui me dit ‘C’est toi June ? C’est toi qui voulait me baiser ?’, et me frappe, me frappe, me frappe. Pendant ce temps, ma collègue crie ‘je suis infirmière’ et moi aussi je crie ‘on est une association de prévention’ ! Ils commencent à détacher ma ceinture, et là je comprends qu’ils veulent me frapper au sol. Après un dernier coup de pied dans mes côtes, ils finissent par partir avec nos téléphones professionnels. Une agression préméditée par l’organisation d’un véritable guet-apens.

« Plus tard, une de nos collègues nous envoie une capture d’écran de la story du compte Instagram de l’association. Puisqu’ils avaient pris nos téléphones, ils avaient accès au compte et posté quelque chose du style ‘allez tous niquer vos mères les putes, nique les LGBT’. Je pense qu’ils ont posté cette story parce que, le 17 mai, c’était la journée internationale contre l’homophobie et j’avais mis des stories en ce sens. », explique June.

« Je ne sais pas qui sont les agresseurs, mais clairement ce n’étaient pas des fachos organisés. » Pour lui, ces jeunes ont agi dans l’idée d’une « chasse aux clients ou aux pédo-criminels », et l’ont assimilé à ce type de catégorie sans envisager que sa collègue et lui puissent être en train de mener une mission « d’aller vers » et de réduction des risques. Un quiproquo sur fond de LGBTI-phobie, dans le cadre de ce qui semble être une expédition punitive visant des clients de la prostitution. June sort de cette agression défiguré, avec une dizaine de jours d’arrêt de travail et des séquelles telles que des vertiges et des nausées. Nous lui adressons tout notre soutien, ainsi qu’à sa collègue.

L’expression d’un climat réactionnaire alimenté par l’extrême-droite et le gouvernement

Les éléments LGBTI-phobes dans le message posté sur les réseaux ainsi que la méthode et la violence de cette agression évoquent les discours réactionnaires qui assimilent les personnes LGBTI à des prédateurs qui menaceraient ceux qui sont vulnérables (les enfants, les femmes en situation de précarité…) : « Le fait que ces ados puissent nous agresser de la sorte montre qu’une ambiance réactionnaire se développe à mesure que la fachosphère prend du terrain, arrive à lancer des polémiques qui sont reprises par les médias, etc… Tout ce climat fait que les débats LGBTI-phobes deviennent légitimes, comme on l’a vu à Toulouse avec celui sur les lectures drag pour les enfants, qui a mené à ce que l’extrême-droite réussisse à les faire annuler. », s’inquiète June. Une agression qui résonne également avec la logique ultra-répressive avec laquelle l’État aborde la prostitution, à l’image de la loi de 2016 qui criminalise les clients et expose les personnes en situation de prostitution et les associations qui les accompagnent à des violences toujours plus importantes.

Pour le salarié de l’association, le dernier plan « contre la haine anti-LGBT » annoncé par le gouvernement n’apportera aucune solution : « Donner plus de moyens à la police pour condamner et sanctionner ces violences ne va pas régler les problèmes de fond. La police ne fait qu’appliquer la politique du gouvernement, or le gouvernement est totalement acteur de cette ambiance réactionnaire en laissant l’extrême droite s’exprimer comme elle le veut et en menant des politiques qui vont dans son sens. »

« Les discriminations et violences sont favorisées par la crise économique, dans laquelle on est poussés à chercher des bouc émissaires : les personnes migrantes, racisées, les LGBTI, etc. Pour moi, la solution se trouve donc du côté des collectifs qui luttent contre les inégalités sociales, mais qui militent aussi sur les questions de genre et de racisme. Contre les LGBTI-phobies, il faut des moyens suffisants pour une éducation sexuelle et affective à l’école, et plus largement pour proposer de vraies perspectives à la jeunesse », affirme le salarié de Grisélidis.

Dix ans après l’obtention du mariage pour tous et peu après l’adoption du droit à la PMA, June s’interroge sur l’avenir du mouvement LGBTI. « On peut se réjouir des droits qui ont été obtenus. Mais il ne faut pas oublier que ce sont les franges les plus privilégiées qui vont avoir accès à ces droits là, quand les plus précaires en resteront exclu·es. Pour moi l’enjeu aujourd’hui, c’est de penser à toutes les réalités de vies que les personnes LGBTI traversent et ne pas céder à des politiques de respectabilité. Car l’envers du décor, c’est d’avoir une partie de la communauté qui arrête d’être militante parce qu’elle a eu ce dont elle avait besoin et laisse les autres sur le carreau. N’oublions pas que le mouvement LGBTI en Occident est né des émeutes de Stonewall, à l’initiative de personnes queers, TDS, racisées. Je pense qu’il faut continuer à se battre jusqu’à ce que tout le monde ait des conditions de vie dignes. »


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