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Santé Publique France coupe les fonds au suivi des cancers de l’amiante

Pendant que le cancer du roi Charles III fait les gros titres, le magazine Santé et Travail révèle que Santé Publique France cesse son suivi du mésothéliome, le cancer lié à l’exposition à l’amiante, qui tue des milliers de travailleurs chaque année.

Seb Nanzhel

9 février

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Santé Publique France coupe les fonds au suivi des cancers de l'amiante

Pendant que les journaux télé tournent en boucle sur le cancer du roi Charles III, le magazine Santé et Travail révélait le 8 février une information passée sous les radars : Santé Publique France cesse son suivi du mésothéliome, le cancer lié à l’exposition à l’amiante, qui tue des milliers de travailleurs chaque année.

Exploitée massivement au cours du XXe siècle, et encore utilisée dans certains pays comme l’Inde, la fibre d’amiante est notamment employée dans le BTP pour ses propriétés isolantes. L’exposition à ces fibres extrêmement cancérigènes, même en faible quantités, entraîne des cancers très violents et létaux des poumons, dont le mésothéliome. Des cancers qui ont tué entre 61 000 et 118 000 personnes entre 1995 et 2009 rien qu’en France, et devraient en emporter jusqu’à 100 000 de plus d’ici à 2050..

Parmi les victimes de l’amiante se comptent majoritairement des travailleurs du BTP et de l’industrie ayant manipulé ces fibres dans le cadre de leur travail. Une étude relève ainsi qu’en Europe, entre 4,1 et 7,3 millions de travailleurs sont exposés à l’amiante. A l’issue d’une longue lutte syndicale, scientifique et de malades contre « la fabrique du doute » mise en place par les industriels avec la complicité de l’Etat, l’amiante est finalement interdit en France en 1996, mais il reste présent dans de nombreux bâtiments, produits, déchets …

Une épidémie qui fait encore rage, comme le montrent les plus de 1000 nouveaux cas reconnus chaque année, et les 4000 décès annuels relevés, mais qui n’empêche pas Santé Publique France de cesser son suivi. Comme le relève le magazine Santé et Travail, « Dans un mail adressé le 21 décembre à une trentaine de spécialistes du mésothéliome, Santé publique France a annoncé « se résoudre à interrompre » le Programme national de surveillance des mésothéliomes (PNSM) et renonce au déploiement du Dispositif national de surveillance des mésothéliomes (DNSM) qui devait le remplacer. » La clôture de ce programme est justifiée par un manque de moyens, et n’a encore fait l’objet d’aucune annonce officielle.

Cette fermeture impactera lourdement la surveillance du nombre de cas et invisibilisera cette épidémie massive de cancers, tout en véhiculant le message que l’époque des cancers de l’amiante est close. De plus, elle réduira la possibilité pour les malades de faire reconnaître leur maladie comme une maladie professionnelle indemnisable, et de faire reconnaitre la responsabilité de leur patron dans la maladie qui brise leur vie. En effet, l’institut de recherche et d’expertise Mesopath, qui réalise des diagnostics ouvrant la voie à une reconnaissance en maladie professionnelle et étudie des traitements, dépend financièrement pour un tiers du programme stoppé.

C’est donc une attaque frontale contre les malades, qui participe à couvrir les responsables en col blanc de ce « crime industriel » pour reprendre la formulation de la sociologue de la santé Annie Thébaud-Mony. Selon elle, « Leur responsabilité est double. Tout d’abord, alors que tout était connu des dangers de l’amiante depuis le début du 20e siècle, ils ont développé un marché mondial de cette fibre qu’ils savaient mortelle. Et, pour ce faire, ils ont, au sein du cartel mondial de l’amiante, construit une stratégie de désinformation et de mystification. »

Comble de l’obscénité, cette révélation qui concerne des millions de travailleurs semble absente du paysage médiatique, trop accaparé par le cancer de Charles III. Une nouvelle preuve s’il en fallait que nous ne pouvons compter que sur nos propres forces pour nous battre pour notre santé et notre vie, contre les politiques austéritaires et les industriels qui nous tuent


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