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STEF Transport. Deux militants CGT mis à pied pour avoir dénoncé le racisme dans leur boîte

Dans l'entreprise de transport frigorifique STEF en Vendée, deux élus CGT Yoann et Mehdi sont mis à pied pour avoir dénoncé le racisme sur leur lieu de travail. Nous avons interviewé Yoann.

jeudi 8 juillet

Yoann et Mehdi sont élus CGT au CSE de l’entreprise de transport frigorifique STEF aux Essarts, en Vendée. Suite à des propos racistes à répétition de la part de collègues et de clients (surnoms, allusions culinaires à répétition, « blagues déplacées »), à l’origine de plusieurs départs de collègues, et au silence de la direction face aux signalements, Yoann et Mehdi ont réagi en déclenchant une enquête pour atteinte aux droits des personnes - une procédure inscrite dans le droit du travail. Cela a fort déplu à la direction et à son fidèle syndicat, la CFTC, qui ont lancé une opération anti-CGT.

Le point culminant a été atteint le jour d’une réunion du CSE. Avant la réunion, Yoann et Mehdi ont été bousculés par un salarié proche de la direction, qui avait déjà insulté la CGT de "preneurs d’otage" et de "terroristes", puis ils ont subi des provocations à répétition lors de la réunion. L’objectif a été atteint : le ton est monté, quelques affaires ont volé, sans pour autant qu’aucune menace ou contact physique n’aient eu lieu.

La direction a saisi cette occasion pour décider d’une mise à pied conservatoire pour les deux élus, avec entretien préalable au licenciement le 6 juillet. Lors de la réunion du CSE qui a suivi, les élus ont voté : 5 CFTC pour le licenciement, 4 CGT contre. "Franchement, on savait que notre engagement à la CGT posait des problèmes mais là ça dépasse l’entendement et le raisonnable. La STEF a détruit ma vie, mais j’ai fait le choix de la consacrer aux opprimés et à ceux qui sont sans cesse abîmés et abusés par la direction", raconte Yoann. "Aujourd’hui, par le biais d’un tract diffamatoire d’un syndicat complaisant avec la direction et par le biais d’une manipulation mentale et grossière de la part de la direction, on assiste à l’opération anti-cgt par excellence…Désormais accusés de violences physiques, menaces, intimidations voire de comportement sexiste avec propositions indécentes, la direction construit un dossier à charge, sans jamais nous donner d’éléments, mais surtout pour semer le doute dans la tête des salariés et toucher notre intégrité et nos familles."

Cette histoire n’est pas sans rappeler l’acharnement patronal dont ont été victimes Ahmed Berrahal à la RATP ou encore Rozenn à Chronodrive dernièrement. Le patronat est à l’offensive dès que des délégués syndicaux agissent contre le racisme ou le sexisme dans leurs boîtes. "Nous sommes dérangeants parce que nous sommes des militants syndicaux, à la CGT. Sur un sujet comme le racisme, on le voit : deux élus déclenchent une enquête sérieuse et la réponse de la direction c’est de les exclure… il faut s’interroger", souligne Yoann. "Le mardi 6 juillet la direction a saboté l’outil de travail en interdisant à 85% des salariés de venir travailler, chose inédite puisque la boîte tourne 24 sur 24. Pourquoi ? pour éviter de rétablir la vérité auprès des salariés et nous empêcher tout contact avec eux.

Vendredi et lundi derniers, en amont des entretiens, une mobilisation a eu lieu en solidarité avec les militants réprimés : des soutiens venus de différents secteurs, des organisations politiques ainsi que des Gilets jaunes ont répondu présents. "Le rassemblement avec plus de 100 personnes démontre que seules la solidarité et l’unité comptent. Beaucoup de camarades de STEF étaient venus de toute la France pour dénoncer les atteintes à un droit fondamental et constitutionnel : celui de pouvoir exercer une activité syndicale sans discrimination ou dénigrement.".




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